novembre 30, 2021

Livide

livide

De : Alexandre Bustillo et Julien Maury

Avec Chloé Coulloud, Félix Moati, Catherine Jacob

Année : 2011

Pays : France

Genre : Horreur

Résumé :

En Bretagne, la nuit d’Halloween. Lucie Clavel et deux copains décident sur un coup de tête de cambrioler la maison de Deborah Jessel, une professeure de danse classique, aujourd’hui centenaire énigmatique plongée dans le coma. Durant cette nuit tragique et fantastique, Lucie perse le mystère de cette maison et le secret de Deborah Jessel.

Avis :

La France est un pays frileux en matière de cinéma fantastique et horrifique, laissant partir ses meilleurs éléments outre atlantique, pays où les entraves du politiquement correct sont moins présentes. C’est le cas pour Alexandre Aja ou encore Pascal Laugier. Les seuls irréductibles gaulois restant dans leur pays pour faire leur film d’horreur sont Alexandre Bustillo et Julien Maury. Les deux sont les responsables du film gore à outrance A L’Intérieur avec Béatrice Dalle, Alysson Paradis et Nicolas Duvauchelle. Leur deuxième métrage, Livide, qui nous intéresse maintenant est un film qui axe son scénario sur le fantastique et notamment sur les vampires. S’éloignant des fondements du genre, ils vont proposer leur version, et montrer que l’horreur et le gore peuvent aussi aller de paire avec un certain lyrisme, une certaine poésie, macabre bien entendu. Partisan d’un cinéma indépendant et volontairement osé, les deux compères vont s’essayer à quelque chose de nouveau, de plus difficile et surtout, de plus travaillé. Alors que vaut le résultat final ? Entrons dans le manoir de Déborah Jessel et voyons voir son trésor.

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Si dans leur premier film, les deux réalisateurs avaient préféré un visuel fort et des effets gores presque grossiers, il n’en est pas de même avec Livide. S’inspirant des légendes vampiriques avec un mélange de conte breton, le film possède un scénario plus intelligent et surtout plus travaillé que le précédent métrage. On va donc suivre Lucie, une apprentie infirmière qui va suivre un stage avec une infirmière à l’air débonnaire et plutôt sympathique. Elle va faire la rencontre de Déborah Jessel, une vieille dame dans le coma qui ne survit que grâce à des transfusions sanguines. Une légende voudrait que cette professeure de danse ait un trésor caché dans son vieux manoir. Elle raconte cela à son petit ami marin qui décide, avec son frère de cambrioler la baraque pour retrouver le trésor. Malheureusement pour eux, ils vont réveiller quelque chose qu’ils n’auraient jamais du réveiller. Si la trame reste classique, les deux bonhommes ont privilégié un univers purement lyrique et purement poétique pour coller au mieux à une ambiance baroque. Relativement ingénieux dans son déroulement, l’histoire reste prenante, interpellant le spectateur sur le secret de cette vieille femme et sur cette demeure encombrée et lugubre. Ne s’arrêtant pas là, ils vont aussi rajouter une pointe de magie et d’univers parallèle, dénotant avec l’aspect général du film, mais donnant une autre dimension sur l’existence des vampires et leurs raisons d’être.

Mais la plus grande force du métrage ne réside pas dans l’histoire en elle-même puisque finalement, on pourrait se dire qu’il y a juste une introduction, le cambriolage, et le passage en enfer avec un final plus que bizarre. Après des effets gores visuellement surprenant, voir répugnants, on change de registre pour aller vers une ambiance sombre, glauque, faisant référence à des légendes bretonnes comme l’ankou par exemple. Les choix des décors, de la ville, de l’ambiance générale en fonction de la météo a été méticuleux et il faut dire que le rendu global est excellent. Les plans choisis montrent aussi une grande évolution dans le domaine artistique, présentant un manoir grandiloquent, mais poussiéreux ou encore des passages sombres mais combinant des éléments qui font que l’ambiance se révèle étouffante. Prenons par exemple le sympathique cadavre sur sa boîte à musique, ou encore la magnifique dinette où les poupées ont des têtes d’animaux empaillés, ou bien la salle d’opération, sans portes ni fenêtres avec de vieux instruments. Bref, tout est fait pour distiller une ambiance poisseuse, sale. Mais la présence des fillettes, les flashbacks expliquant le passé de la professeure et de sa fille, le coup des papillons, tout cela donne aussi une certaine poésie lugubre à l’ensemble et happe le spectateur malgré quelques longueurs sur le début. Les effets de lumière sont aussi bien trouvés, dans les teintes jaunâtres, renforçant ce sentiment de suffocation.

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Au niveau des acteurs, on oscille entre le bon et le moins bon. C’est souvent le cas dans les films de ce genre, mais il faut dire que cela est évident dans Livide. En première ligne, nous avons la très charmante Chloé Coullaud, déjà vu dans Neuilly, Sa Mère ! ou encore dans Beur sur la ville, deux comédies. Elle joue ici l’héroïne du film, une apprentie infirmière aux yeux vairons, qui va suivre son petit ami pour trouver le trésor de Déborah Jessel. Assez juste dans son jeu, elle possède aussi une certaine morosité qui colle parfaitement au personnage ainsi qu’à l’aspect général du film. Seulement, ses deux comparses dans le métrage sont assez mauvais. William et Ben dans le film, Félix Moati et Jérémy Kapone dans la vraie vie jouent assez mal leurs rôles. Représentant deux frères qui galèrent un peu dans la vie parce que le père est pêcheur et la mère tenancière d’un bar, ils incarnent les mauvais garçons pas forcément méchants, mais prêts à tout pour s’en sortir avec beaucoup d’argent. Surjouant largement leur personnage, ils ne deviennent pas attachants et ne suscitent aucune sympathie. Par contre, un grand bravo à Marie-Claude Pietragalla, qui incarne parfaitement une professeure de danse sévère, voir démoniaque avec un regard noir et surtout un style vestimentaire strict qui lui sied à merveille. Catherine Jacob est convaincante en infirmière rigolote, mais ça s’arrête là car, sans dévoiler le mystère entourant sa personne, elle ne semble pas du tout croire à cette histoire de vampires et demeure froide, voire inerte.

Chassez le naturel, il revient au galop pourrait être l’adage préféré des deux réalisateurs. Avec A l’intérieur, ils avaient frappé fort en présentant un film gore, générant un certain malaise par moment. Réalistes et saisissants, les effets de boucherie étaient très réussis, variés et nombreux. Voulant s’éloigner de cette image trash, ils vont tout de même mettre quelques petits passages bien sales, générant peut être moins de dégout, mais assez savoureux. Ainsi, on aura droit à une gorge tranchée en gros plan, un tabassage dans les règles pour des petites filles, une succion par le haut du crâne, une plantation de chrysalide de papillon dans la bidoche, ainsi qu’un sympathique petit éclatage de tronche et de colonne vertébrale. Bien entendu, cela est vraiment bien foutu, et donne une dimension gore peut être pas si nécessaire dans le film. En effet, l’ambiance se suffisait à elle-même et je pense qu’il n’était pas nécessaire de rajouter du gore, ou du sale, sachant que les décors, la musique ou même le scénario semblait déjà assez glauque. D’autant plus que le côté poétique en prend un coup, se révélant moins subtil avec tous ces effets gores. La fin reste relativement peu intéressante, impliquant une grosse interrogation de la part du spectateur sur la réaction de l’héroïne et notamment sur son absence totale d’action. Voulant faire dans le poétique féérique macabro-morbide, les deux réalisateurs proposent vraiment une fin qui laisse dubitatif.

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Cendre-y-on pour ses 12 ans est la plus cramée des enfants.

Au final, Livide est un film de vampire complètement à part, possédant une unité propre et un environnement subtil et angoissant. Seulement, entre un casting inégal et des effets gores qui n’ont pas trop leur place, le film se perd dans une volonté de faire trop poétique, trop perché. Le scénario est bien trop mince pour vouloir se la péter aussi haut, et seuls quelques personnages demeurent intéressants. Pas décevant, mais pas mauvais non plus, le film de Bustillo et Maury a l’avantage de présenter un univers glauque et maîtrisé et des vampires bretons assez originaux. Une semi-réussite pour moi.

Note : 13/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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