décembre 3, 2021

La Patience du Diable – Maxime Chattam

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Auteur : Maxime Chattam

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un gofast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue… Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse… Des gens ordinaires découverts morts… de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

Avis :

La conjuration primitive se révélait un thriller qui permettait à son auteur d’atteindre les sommets de son art via une intrigue emballante au possible, une atmosphère immersive et un suspense de tous les instants. Autrement dit, l’un des meilleurs dans sa catégorie depuis les dix dernières années. Maxime Chattam poursuit son odyssée dans les limbes pestilentiels de notre société avec La patience du diable. Ce roman ne s’inscrit pas vraiment dans un cycle précis, mais renoue pour la deuxième fois avec le personnage de Ludivine Vancker. Après avoir rencontré Charybde l’année précédente, sommes-nous sur le point d’affronter Scylla ?

Rares sont les auteurs dont on ne se pose pas de questions en prenant le livre à la librairie du coin. Un nom qui est l’assurance d’un univers singulier, parfois glauque, parfois merveilleux, toujours incroyable. Fort heureusement pour ses lecteurs, Maxime Chattam tend plus que jamais à nous offrir des histoires originales et inquiétantes qui se fondent dans l’ordinaire. Pour La patience du diable, on ne se contente pas d’un tueur en série, mais d’une multitude qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne sont pas des psychopathes de la pire espèce, mais des individus comme les autres qui basculent dans la folie pour une raison obscure.

Avec une intrigue qui aurait tendance à s’éparpiller dans des mains moins habiles, ici l’architecture du roman ne perd jamais de vue sa ligne directrice. La mise en condition est immédiate via des scènes nerveuses et très visuelles qui évoquent la réalisation d’un film. Abrupte et percutante, l’entame ouvre la voie à une histoire qui ne faiblira qu’en de rares moments où les investigations prévalent sur l’action. Il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de lâcher prise tant les chapitres sont agencés avec un sens du suspense et du rythme qui exige une rigueur de tous les instants pour l’auteur. Ce n’est pas une surprise au vu de ses précédents livres, mais s’avère un tour de force dont on ne se lasse pas.

Histoire appuyée par une ambiance délétère aux relents apocalyptiques. Le monde semble devenir fou (à moins qu’il l’ait toujours été), l’insécurité règne tandis que le climat social se dégrade. Une société proche de l’implosion qui arrive au paroxysme de sa bêtise et de son ignorance. Pour développer ces propos pessimistes et néanmoins réalistes, l’auteur choisit d’apporter une touche d’ésotérisme qui flirte avec le fantastique, voire l’horreur. Tel un funambule des mots, il joue sur la corde raide du rationnel et du surnaturel avec un rare brio. Le doute de trouver le diable en personne à chaque coin de rue est permis. Cette volonté à brouiller les cartes fonctionne à merveille.

Pour accompagner le lecteur dans cette tortueuse affaire, la galerie de protagonistes n’est pas en reste. Si vous avez parcouru La conjuration primitive, point de surprise à l’horizon avec des têtes familières, comme Ludivine ou son coéquipier Segnon. Tous disposent d’une identité marquée à l’évolution mesurée et subtile en fonction de ce que l’on connaît d’eux et de ce qu’ils traversent au quotidien. Et les personnages secondaires n’échappent pas à cette règle avec un travail non moins soigné sur leur fond que leur apparence. À noter que les descriptions physiques se montrent tout en retenue avec des phrases fortes et brèves.

Au final, La patience du diable est un nouveau coup de maître. L’intrigue sordide et réaliste se targue d’un message sous-jacent passionnant qui développe une réflexion profonde sur notre société et son avenir. Grâce à son atmosphère à la lisière du fantastique, son suspense permanent et le talent de l’auteur pour magnifier les plus obscures facettes de « l’humanité », le plaisir de lecture est intact du début à la fin. Malgré des difficultés évidentes pour structurer une telle explosion de violence et de rage, Maxime Chattam signe et persiste dans l’excellence de son art. Un thriller sombre et intense.

Note : 18/20

Par Dante

MickeyNote de Mickey: 18/20

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « La Patience du Diable – Maxime Chattam »

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