
Avis :
Il y a des groupes dont les chiffres donnent le vertige tellement ils sont impressionnants, et pourtant, leur succès reste minime dans certains pays. Ce n’est pas nouveau, mais de nombreux groupes américains mènent une carrière solide dans leur pays, mais ce succès est tout relatif en Europe, ou tout du moins en France. Prenons comme exemple Sevendust, pilier de la scène alternative aux States. La formation date de la fin des années 90, le succès est immédiat, et aujourd’hui, le groupe en est à quinze albums studio, et plus de huit millions d’albums vendus. Des chiffres sensationnels, mais à chaque fois qu’une tournée est affichée en France, il n’y a qu’une date à Paris, et dans une « petite » salle (le Bataclan pour cette année 2026). Ou alors, ils supportent un groupe plus « gros », comme ce fut le cas avec Alter Bridge.
Bien évidemment, ce succès tout relatif dans d’autres pays n’empêche pas le groupe de continuer à sortir des albums. Trois ans après leur précédent opus, voici que déboule One, un nouvel album qui ne fait guère de promesse, et qui n’annonce aucun changement. Le line-up est toujours le même, Lajon Witherspoon reconnait être dans une certaine continuité, lâchant en interview qu’ils sont redevables aux fans, et donc qu’ls fournissent un travail qu’ils espèrent de qualité, mais qui ne renouvelle pas la sauce. Et c’est réellement ce qui se passe à travers cet album. La recette est la même, on retombe sur un métal alternatif très calibré qui plaira aux fans, mais qui reste dans un tout-venant un peu décevant quand on connait les qualités techniques de tous les membres. En clair, c’est un bon album, mais il lui manque ce petit grain de folie.
Tout commence avec One, une entrée en matière assez discrète, qui rentre clairement dans les stéréotypes du métal alternatif américain, c’est-à-dire celui qui peut passer à la radio là-bas. On a bien une petite introduction qui laisse planer une ambiance un peu sombre, mais globalement, ça reste très timide. Cela va être encore pire sur Unbreakable. Certes, le refrain marche du tonnerre, il y a une volonté de mettre en avant une atmosphère un peu mélancolique, mais par la suite, on tombe dans un Nu Métal qui a des années de retard, faisant penser à du Linkin Park post Meteora. C’est sympa, mais ça ne révolutionne rien. Heureusement, Is This the Real You va venir nous titiller les esgourdes. Les riffs sont lourds et menaçants, le chant est plus profond, et surtout, le refrain fonctionne à plein régime. On est sur l’un des meilleurs morceaux de l’album.

De plus, le morceau évoque les portraits factices que les gens arborent à l’extérieur. Un thème intéressant et plutôt bien trouvé. Mais derrière ce gros morceau, on va avoir droit à deux titres bien en deçà. Threshold manque de mordant, et même s’il joue la carte de l’émotion, on sent qu’il manque un truc pour vraiment en faire un titre intéressant. Ici, on est sur du mid-tempo assez redondant. Il en ira de même avec We Won, un titre assez timide et qui manque de percussion. Certes, le refrain est bien catchy, mais on est dans du tout-venant. Cependant, cela donne plus de crédit à Construct, qui va balancer la sauce avec une intro plus sombre qu’à l’accoutumée. Là encore, les riffs sont plus puissants, et on entre pleinement dans un registre métal. Et on sent que les membres du groupe prennent de plaisir là-dessus.
L’ascenseur émotionnel en reprend un coup avec Bright Side. Le morceau n’est pas forcément inintéressant, mais il coche une to-do-list qui nous est montré en plein visage. Le groupe s’enferme dans un genre radiophonique qui est un peu dommage. Alors oui, c’est très accessible, mais ça reste vraiment timide. The Drop rentre aussi dans cette vague. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ça reste très mainstream, et l’ensemble manque de moment un peu plus instrumental, ou tout du moins avec un peu plus de technicité. Chose que l’on retrouvera avec Blood Price. Là, on est vraiment sur du métal qui crache et qui percute. Le growl est de retour, les riffs sont incisifs et on va prendre une grosse mandale dans la tronche. Résolument le meilleur morceau de l’album. Puis Misdirection clôture l’ensemble avec un côté plus langoureux et presque progressif.
Au final, One, le dernier album de Sevendust, n’est pas un mauvais album en soi, il rentre dans la continuité de ce que propose le groupe depuis des années. La prise de risque est absente, et on fait face à un effort aux thèmes forts, mais qui rentre dans un carcan attendu par les fans, et à quelque part, c’est un peu dommage. Néanmoins, on peut aussi voir cet album comme une bonne porte d’entrée dans le métal, de façon douce et progressive.
- One
- Unbreakable
- Is This the Real You
- Threshold
- We Won
- Construct
- Bright Side
- The Drop
- Blood Price
- Misdirection
Note : 14/20
Par AqME
