
Autrice : Elizabeth Hand
Editeur : Bragelonne
Genre : Horreur
Résumé :
Holly Sherwin se bat depuis de longues années pour faire décoller sa carrière de dramaturge, et la bourse d’écriture qu’elle vient de recevoir pour sa pièce La Nuit de la sorcière lui offre enfin une chance de connaître le succès. Ne lui manque qu’un lieu où travailler avec son équipe. Lorsqu’elle tombe par hasard sur Hill House lors d’un week-end à la campagne, loin de New…
Avis :
À la fin des années 1950, Shirley Jackson marque la scène littéraire avec un roman d’épouvante « majeur ». La réputation de La Maison hantée (ou Hantise) avançait une œuvre fondatrice pour le genre. Bien qu’il s’agisse d’un bon livre, il n’est en rien exceptionnel. Certes, on peut apprécier la double lecture du récit avec des théories rationnelles et surnaturelles qui se valent. La propriété de Hill House dégage aussi une aura oppressante et pleine de mystères. Néanmoins, on regrette une caractérisation inégale et, surtout, des séquences plus ou moins probantes en de telles circonstances. Cela sans compter des dialogues maladroits, voire dispensables. Plus de 60 ans après la parution de l’ouvrage, La Colline hantée s’avance comme une suite aux intentions semblables…
Le livre d’Elizabeth Hand (à qui l’on doit notamment L’Armée des douze singes) s’inscrit dans un environnement contemporain. Néanmoins, il reprend peu ou prou les mêmes ingrédients que son prédécesseur. Cela tient à un cadre similaire et à un groupe de quatre personnes qui investit les lieux. Cependant, les intéressés n’effectuent guère de recherches sur le paranormal, mais souhaitent disposer d’un lieu de villégiature pour leurs répétitions théâtrales. L’intrigue présente tout d’abord une amorce laborieuse qui monopolise près d’un quart du livre. On vivote sur les démarches locatives et les déambulations locales pour étayer le contexte et les personnages. La première approche se montre verbeuse et lénifiante, à même de traduire des craintes quant à la teneur du séjour.
Et la suite ne nous trompe guère sur ce qu’il advient au fil des pages. Il faut se contenter d’une découverte de façade et néanmoins interminable des lieux. À cet instant ou plus tard, il ne s’agit pas d’explorer le manoir, mais de s’extasier face à la démesure de la bicoque et de son état de délabrement. Pour ce faire, on a droit à des dialogues creux qui, à plusieurs reprises, s’avèrent redondants. Certains sujets de conversation reviennent en boucle sans vraiment apporter une approche différente ou une explication quant aux évènements. D’ailleurs, ces derniers relèvent d’une interprétation biaisée ou de phénomènes anodins. On est bien loin de l’ambivalence qu’instillait l’ouvrage de Shirley Jackson.
Ici, l’auteure se montre incapable d’instaurer une ambiance angoissante et malsaine. Son style complaisant multiplie les facilités et les clichés en tous genres. Des grincements de planchers aux portes qui claquent en passant par les murmures perçus çà et là, l’enchaînement de ces manifestations fait peine à considérer. À aucun moment, on ne ressent du malaise ou une angoisse nous étreindre. Non seulement le récit n’effraie guère, mais il se montre ennuyeux. Quant aux phénomènes les plus préoccupants, il s’agit d’un magazine aux visages découpés et d’une nappe tachée de vin (ou d’un autre liquide rougeâtre). Mention spéciale au lièvre qui tombe dans la cheminée, fait des grimaces ou apparaît n’importe où.
À noter que les protagonistes ne savent même pas faire la distinction entre un lièvre et un lapin. Les intervenants constituent un autre écueil notable. Loin d’être marquants, ils se montrent agaçants, égocentriques et superficiels. Aucun n’est en mesure de se différencier et surtout pas Holly Sherwin, eu égard à son tempérament capricieux, obsessionnel et possessif. Certaines de ses observations peuvent la rendre stupide, sinon détestable. Quant aux domestiques, on a droit à un portrait calqué sur le couple Dudley du premier opus. L’ensemble s’affuble de caricatures ambulantes, aux signes distinctifs trop exacerbés et convenus pour se départir des poncifs propres à leur statut social, leur parcours et leurs valeurs. On songe, par exemple, à ces jugements complaisants sur la consommation de substances illicites.
Au final, La Colline hantée est un piètre hommage au roman de Shirley Jackson et une histoire d’épouvante d’autant plus médiocre. Elizabeth Hand multiplie les longueurs et les errances narratives pour dépeindre une mauvaise troupe de théâtre aux talents discutables. Il n’y a qu’à constater l’appropriation d’une pièce existante et leur interprétation bancale pour s’en convaincre. L’intrigue nous laisse le loisir de s’attarder sur de telles appréciations puisqu’on oublie le cadre lugubre et d’éventuels phénomènes paranormaux. Hill House n’est plus qu’une bicoque délabrée. L’auteure n’évoque même pas le concept de sa structure labyrinthique aux multiples détours et éléments alambiqués pour perdre ses occupants. Quant au passé des lieux, il n’est pas mentionné, à deux ou trois allusions prêtes. Une incursion éprouvante, mais pas dans le sens où on peut l’entendre.
Note : 07/20
Par Dante
