
De : Jean-Paul Salomé
Avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin
Année : 2026
Pays : France
Genre : Drame
Résumé :
Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France.
Avis :
Jean-Paul Salomé est un réalisateur qui aime les défis et les aventures. Si sa filmographie est loin d’être brillante, on peut toutefois saluer l’envie d’offrir autre chose que de simples productions françaises comme on en voit tous les ans. Au sein de sa filmographie, il y a un élément que le réalisateur apprécie tout particulièrement, c’est la plongée dans une époque, et le film de costumes, comme on dit. « Arsène Lupin » ou « Les femmes de l’ombre » en témoignent, et si Jean-Paul Salomé s’était éloigné de ce genre depuis un petit bout de temps, il y revient aujourd’hui.

Deux ans après « La syndicaliste« , Jean-Paul Salomé est donc de retour avec un film tout autre. Pour son treizième film, le réalisateur nous plonge dans une affaire qui a fait grand bruit au milieu des années 60, mais qui est aussi quelque peu oubliée aujourd’hui. Pour ma part, je ne connaissais pas cette affaire, et même si le film demeure très académique dans sa forme, j’ai pris énormément de plaisir à me laisser embarquer auprès de ce personnage hors norme, et tellement simple à la fois. Entre polar, thriller à suspense, histoire véridique et histoire d’amour, Jean-Paul Salomé livre là l’un des meilleurs films de sa carrière.
« »L’affaire Bojarski« , c’est une histoire aussi extraordinaire qu’atypique »
Jan Bojarski est un ingénieur polonais qui a trouvé refuge en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Jan est talentueux et il a un don pour la falsification. Trafiquant de faux papiers plus grand que nature, il se fait repérer par un gangster. Bien après la guerre, alors que Jan a bien du mal à vivre de ses inventions, il se fait engager par le même gangster pour faire de faux billets. Ce qu’il n’imaginait pas, c’est que faire de faux billets allait devenir sa vie, et plus encore…
Excellent. Oui, le nouveau film de Jean-Paul Salomé est excellent. Comme je le disais, c’est peut-être même l’un de ses meilleurs films. « L’affaire Bojarski« , c’est une histoire aussi extraordinaire qu’atypique. Le film nous raconte comment un réfugié polonais, pour s’en sortir, tombe dans un trafic de faux billets et, plus loin encore, comment il va y prendre goût, au point d’en devenir un artiste, recherché aujourd’hui par des collectionneurs. En effet, Bojarski, c’est un homme qui avait de l’or entre les mains, et c’est en faisant des faux billets plus grands que les vrais qu’il va attiser les curiosités aujourd’hui.
Pour raconter cette histoire et ce portrait, Jean-Paul Salomé nous plonge au plus près de cet homme. Le réalisateur lui colle à la peau et nous raconte cette histoire sur plus de vingt ans. Le scénario est très beau. C’est un scénario solide, qui raconte de manière linéaire les rebondissements d’une vie pas comme les autres. Si le film adopte des allures de film de gangsters au départ, très vite, au gré de la vie de Bojarski, on entre dans une vie solitaire, rythmée par la sortie de nouvelles monnaies, qu’il faut travailler d’arrache-pied pour les reproduire le plus fidèlement possible.
« Personnage qui est d’ailleurs magistralement campé par Reda Kateb«
Le réalisateur, tout comme son acteur, prend soin d’apporter du détail à son récit. S’il mélange parfois les genres, Jean-Paul Salomé veut rester dans un film qui ne soit pas grandiloquent. « L’affaire Bojarski« , c’est un film simple, à l’image de ce personnage qui ne sort jamais des clous. Ce monsieur-tout-le-monde qui reste sous les radars, qui ne fait pas de vagues, qui veut passer inaperçu. D’ailleurs, si le film demeure très académique, n’osant pas grand-chose dans sa réalisation, on peut dire qu’il colle parfaitement à l’image de son personnage.
Personnage qui est d’ailleurs magistralement campé par Reda Kateb, qui nous prouve encore une fois l’immense acteur qu’il est. Avec ce personnage calme et mesuré, il offre une prestation très touchante, très vibrante et criante de simplicité, ce qui la rend magnifique. Le reste du casting est tout aussi excellent, que ce soit Sara Giraudeau, qui tient un personnage tout en délicatesse, ou le très en vogue Bastien Bouillon, qu’on n’arrête plus et qui arrive ici avec un personnage à l’opposé de ce dans quoi on l’avait déjà vu. Seul Pierre Lottin dénote, avec un personnage qui ressemble à Pierre Lottin, sauf qu’en plus de ça, il tient un accent russo-polonais qui laisse quelque peu dubitatif.

« L’affaire Bojarski » se pose donc comme un bon, très bon, film de Jean-Paul Salomé. Certes, il lui manque du caractère dans sa réalisation pour pleinement marquer, mais ça ne l’empêche pas d’être un bon film, de nous faire passer une excellente séance de cinéma et, plus encore, au vu de la discrétion de son personnage, cette réalisation qui ne déborde jamais rime très bien avec lui. Pour ma part, j’ai franchement adoré découvrir cette histoire que je ne connaissais pas, et plus que ça, j’ai adoré découvrir ce personnage hors du commun. Alors, aussi académique soit le film de Jean-Paul Salomé, il se pose comme l’une des plus belles sorties de cette semaine. Et puis, en plus, avec plus de neuf-cent salles de cinéma, il est impossible de passer à côté.
Note : 15/20
Par Cinéted
