mai 26, 2024

Pas de Vagues – Troubles dans l’Education Nationale

De : Teddy Lussi-Modeste

Avec François Civil, Shaïn Boumedine, Bakary Kebe, Toscane Duquesne

Année : 2024

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Julien est professeur au collège. Jeune et volontaire, il essaie de créer du lien avec sa classe en prenant sous son aile quelques élèves, dont la timide Leslie.

Ce traitement de faveur est mal perçu par certains camarades qui prêtent au professeur d’autres intentions. Julien est accusé de harcèlement.

La rumeur se propage. Le professeur et son élève se retrouvent pris chacun dans un engrenage.

Mais devant un collège qui risque de s’embraser, un seul mot d’ordre : pas de vagues…

Avis :

Teddy Lussi-Modeste, la quarantaine bien passée, est un cinéaste qui a débuté il y a une vingtaine d’années. Ayant un parcours atypique, Teddy Lussi-Modeste vient d’une famille de gitans et grandit du côté de Grenoble. Il fait des études à l’université de Grenoble, puis intègre la Fémis en 2004, dans la section scénario. Par la suite, il devient professeur de français dans un collègue d’Aubervilliers. À la même époque, il commence à tourner ses premiers courts. Enfin, c’est à la fin des années 2000 qu’il laisse de côté le professorat pour pleinement se consacrer au cinéma. Un cinéma qui lui ressemble, et dans lequel il va mettre énormément de lui.

Et en parlant d’y mettre de lui, pour son troisième long-métrage, Teddy Lussi-Modeste s’inspire de son propre vécu. Ayant été un jeune professeur, Teddy Lussi-Modeste a été accusé à tort d’harceler une élève de treize ans, et c’est fort de cette expérience qu’il nous plonge alors dans un film passionnant. Un film engagé qui s’inscrit dans le mouvement de #pasdevague, mouvement qui avait pour but de libérer la parole du corps enseignant face à une hiérarchie qui les abandonne. Passionnant dans ce qu’il raconte et dans les portraits qu’il dresse, aussi bien de son professeur que de l’éducation nationale, ou encore des élèves, ce « Pas de vagues » se pose comme un bon film, qui se fait même essentiel et fort dans son message.

« Il y a comme un cinéma-vérité qui se dégage de ce film. »

Julien est un jeune professeur de français plein d’idéal. Impliqué dans son travail, il essaie de créer un lien de confiance entre lui et ses élèves. Parmi ses élèves se trouve Leslie, une jeune fille de treize ans, renfermée sur elle-même. Lors d’un cours comme un autre, quelque chose se passe, et bientôt le jeune prof se retrouve accusé de harcèlement sexuel sur l’adolescente, et pour arriver à se défendre, cela va être bien plus compliqué qu’il n’y paraît, car la machine s’emballe et surtout, Julien va devoir faire face, en plus de ça, à sa hiérarchie qui n’a qu’un seul mot à la bouche… S’il vous plaît, pas de vague Monsieur Keller.

L’école, l’éducation, le métier de professeur, les problèmes, les espoirs, le cinéma s’est très souvent aventuré à parler de l’école. Il l’a fait du côté de la comédie, du drame, de la caricature ou encore dans le documentaire. Mais si le cinéma parle beaucoup de l’école, on y trouve assez peu de films qui peuvent sonner comme plus fort que les autres, et aujourd’hui, avec ce « Pas de vagues« , le film de Teddy Lussi-Modeste peut aisément prétendre à s’élever au-dessus d’autres.

« Pas de vagues » est un film qui sonne crédible dans beaucoup des points qu’il aborde. Il y a comme un cinéma-vérité qui se dégage de ce film, et l’on suit cette descente en enfer avec beaucoup d’intérêt et d’émotion. Et ça, même si Teddy Lussi-Modeste a choisi de couper son film de manière brutale, presque en nous laissant sur notre faim, ce qui abîme quelque peu la séance, et en même temps, ça prolonge et laisse le film gravé dans nos têtes.

« Le réalisateur/scénariste secoue l’éducation nationale dans sa lâcheté. »

Très bien écrit, « Pas de vagues » est un film qui porte beaucoup de sujets en lui. Comme je l’écrivais plus haut, Teddy Lussi-Modeste fut professeur de français et la mésaventure qu’il fait vivre à son personnage, c’est du vécu pour le réalisateur (et c’est aussi peut-être pour cela que l’ensemble sonne juste et véridique). Pour ce film, le réalisateur/scénariste secoue l’éducation nationale dans sa lâcheté. Évitant tout sensationnalisme, au travers de ce récit, le cinéaste veut parler de l’école, de ses professeurs et de ses élèves, et son ensemble peut se poser comme un miroir de notre société actuelle.

Ici, on appréciera toute la palette et les nuances pour peindre ses personnages. Que ce soit en classe ou dans la salle des professeurs, dans le bureau du principal, ou même dans l’intimité au sein du foyer de ce professeur abandonné, « Pas de vagues » regorge de personnages qui sont intéressants et qui aident le récit. Puis avec eux, Teddy Lussi-Modeste aborde aussi bien la solitude du professeur, que la lâcheté de la hiérarchie, ou encore le corporatisme des professeurs. Le film peint aussi la difficulté d’enseigner dans certains lycées, tout comme il parle de l’effet de groupe. Puis avec ça, le film parle de justice, d’amour, et d’autres sujets de société qu’on garde silencieux, pour ne pas tout dévoiler ici.

«  »Pas de vagues » est un film qui est tenu par un extraordinaire François Civil. »

« Pas de vagues » est un film qui est tenu par un extraordinaire François Civil, qui trouve là un rôle bien différent des autres qu’il a pu tenu, ce qui lui permet d’étonner et démontrer qu’il est un acteur sur lequel on peut décidément compter. Face à lui, ou avec lui, le film révèle Toscane Duquesne et Mallory Wanecque (qu’on avait déjà remarqué dans « Comme un Prince » cette année). À noter aussi un touchant Shaïn Boumedine, et plus largement tous ceux qui incarnent le corps enseignant, car en plus d’être excellents, pour le dire plus vulgairement, pour certains d’entre eux, ils ont vraiment la tête de l’emploi.

Réaliste et sans artifice, ce troisième long-métrage pour Teddy Lussi-Modeste est une belle réussite et qu’importe finalement si le cinéaste coupe son film en pleine action, nous laissant en quelque sorte frustré, avec le sentiment d’avoir un goût d’inachevé, car, de manière paradoxale, c’est avec ce choix et ce final que le film s’ancre en nous. Essentiel dans ce qu’il raconte de l’éducation nationale, et tous les problèmes (ou du moins une grande partie), sur les derniers films sur l’école que le cinéma a pu faire, ce « Pas de vagues » peut aisément prétendre à être au-dessus, porté justement par les vagues qu’il crée. À voir assurément.

Note : 15/20

Par Cinéted

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