mars 3, 2024

La Bête – Froid est l’Ennui

De : Bertrand Bonello

Avec Léa Seydoux, George MacKay, Guslagie Malanda, Dasha Nekrasova

Année : 2024

Pays : France

Genre : Drame, Romance, Science-Fiction

Résumé :

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s’en débarrasser, Gabrielle doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis, son grand amour. Mais une peur l’envahit, le pressentiment qu’une catastrophe se prépare.

Avis :

Dans le paysage du cinéma français, s’il y a bien un réalisateur à part, c’est Bertrand Bonello. Avec son univers organique, avec ses films qui osent aller là où peu vont, Bertrand Bonello s’est acquis une très belle notoriété, et chacun de ses films est attendu comme un petit événement. Pour ma part, Bertrand Bonello est un metteur en scène qui me fascine et qui m’intéresse autant qu’il arrive à très souvent me décevoir, et pourtant, ce n’est pas les projets, les idées et les films qu’il a sortis qui ne m’ont pas intéressé. En remontant sa filmographie, il me faut aller à 2016 et son très beau « Nocturama » pour trouver un film qui m’a offert un joli moment de cinéma.

Ce nouveau Bertrand Bonello, je l’attendais avec beaucoup d’envie, car son idée m’intéressait autant qu’elle m’intriguait, et avec ça, sa bande-annonce annonçait un projet hors norme, et si le film est superbe esthétiquement parlant, tout comme son idée de départ est franchement intéressante, malheureusement pour moi, je suis resté totalement hermétique à cette « … bête« , la faute à une histoire quasi incompréhensible. Une histoire qui traîne sur deux heures et demie de film pour ne rien raconter. Du coup, l’ennui s’invite, et ça, c’est pour être poli, car une fois le générique arrivé (et là, c’est un coup de génie), on est ravi d’enfin se lever et retrouver la vie et ses émotions.

«  »La bête » devient un film qui est franchement difficile d’accès. »

2044, le monde n’est plus tel que nous le connaissons. Aujourd’hui, les émotions humaines pour les I.A sont des menaces. Gabrielle, pour répondre à un entretien d’embauche, décide alors de nettoyer son corps et son ADN de ses émotions. Là, plongée dans un liquide, elle parcourt ses vies antérieures pour tuer ce qui l’animait. Mais très vite, Gabrielle a du mal avec le procédé et quelque chose semble lui résister…

Quelle déception que ce film… Je peux même dire que cette « … bête » risque fort bien de rester comme l’une de mes plus grandes déceptions de cette année 2024. Sur le papier, le nouveau Bertrand Bonello a tous les ingrédients d’un film qui tient une grande idée. Dans un futur proche, les humains, pour être plus performants, se débarrassent de toute émotion et pour arriver à cela, ils s’enfoncent dans une sorte de trip intérieur afin de tuer tout ce qui fait d’eux des humains. Mais voilà ça, c’est sur le papier, car une fois transposé à l’écran, « La bête » devient un film qui est franchement difficile d’accès. D’ailleurs, heureusement que ce synopsis existe, car il est loin d’être évident de comprendre cela au fur et à mesure que le film blablate et passe d’une époque à l’autre, sans qu’on y comprenne quelque chose.

Décousue, « La bête » nous plonge dans des époques différentes, dans des lieux différents et un peu comme le personnage tenu par Léa Seydoux, on s’y perd, et il n’y a rien pour nous rattraper dans cette chute vertigineuse. Alors, c’est vrai que l’idée est bien là, et elle se laisse dessiner, mais il faut s’accrocher pour en voir la moindre petite esquisse. Avec ça, le film est terriblement bavard, et le plus étrange, c’est alors même qu’il ne fait que parler, cette « … bête » ne raconte rien du tout. On essaie pourtant de rester accroché, pensant se retrouver devant un film à la « Mulholland Drive » ou quelque chose qui pourrait s’apparenter à cela, comme un film spirale, mais malheureusement, plus cette « … bête » avance et moins elle se fait intéressante.

« Bertrand Bonello se pose comme un très bel artisan du cinéma. »

Puis on finit par décrocher totalement, laissant ces personnages et ces époques s’entremêler pour ne rien nous raconter, et l’on reste là, piégé, attendant que ça passe, ça se finisse, et deux heures et demie, ça devient très vite long, très long.

Ce qui est agaçant avec ce film, et Bertrand Bonello en général ces dernières années, c’est le fait que ces films, visuellement parlant, sont sublimes. Bertrand Bonello se pose comme un très bel artisan du cinéma, qui cherche et ose aller là où beaucoup ne le conçoivent pas. Ici, les époques sont très bien reconstituées ou imaginées, car le film fait des arrêts à Paris en 1910, lors des grandes inondations, puis il part en 2014 à Los Angeles, pour finalement aller quelque part en 2044, créant alors un avenir froid, dénué de tout. Les trois époques s’entremêlent tel un rêve, mais malheureusement, malgré l’audace, qu’il faut encore une fois saluer, sur l’ensemble, ça ne fonctionne pas et l’on s’ennuie ferme.

On sera encore un peu plus déçu que l’ensemble ne fonctionne pas, car Bertrand Bonello réunit un joli couple de cinéma, Léa Seydoux et George MacKay, et s’il y a bien une alchimie entre les deux acteurs, avec notamment un George MacKay étonnant dans un premier rôle tenu à moitié en français alors qu’il n’en parle pas un mot, malheureusement, l’écrin autour d’eux est si vide, que finalement, malgré le final, et la tristesse qui envahit l’un des personnages, on restera hermétique jusqu’au bout.

Avec tout ça mis bout à bout, malgré l’audace et la démesure, en un sens, du projet, encore une fois ce nouveau Bertrand Bonello me laisse sur le carreau et se pose comme une belle déception. Il y a tellement de bons éléments à l’écran, et c’est terrible de voir que l’ensemble ne fonctionne pas et que l’ennui s’invite très vite. Peut-être n’étais-je pas en condition ce soir-là, et peut-être qu’il faudrait que je m’y replonge dans quelque temps, une fois la déception digérée, mais là, tout de suite, je n’en ai même pas envie.

Note : 07/20

Par Cinéted

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