décembre 3, 2023

Gatsby le Magnifique – F. Scott Fitzgerald

Auteur : F. Scott Fitzgerald

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Drame

Résumé :

Raconté par un voisin devenu son ami, le roman tourne autour du personnage de Gatsby, jeune millionnaire charmant au passé trouble qui vit luxueusement dans une villa toujours pleine d’invités.

Avis :

Bien souvent, il arrive que l’on regarde un film sans que l’on sache que ce dernier est en fait l’adaptation d’un bouquin. Et il se peut que par la suite, l’on ait envie de lire ce livre. En ce sens, le cinéma peut être une fabuleuse porte d’entrée vers la littérature. Cependant, une adaptation cinématographique peut aussi être décevante, et nous pousse alors à lire le livre, surtout quand ce dernier est un best-seller, ou un classique de la littérature d’un pays. C’est le cas de Gatsby le Magnifique, qui fut adapté plusieurs fois pour le grand écran, et dont la dernière itération, signée Baz Lurhmann, fut une amère déception (en même temps, il faut adhérer à la mise en scène du monsieur). Considéré comme le deuxième plus grand roman américain du XXème siècle, il ne fallait pas rester sur un mauvais apriori, d’autant plus quand il s’agit d’une relecture.

L’histoire de ce roman se concentre sur un unique été. Le narrateur, Nick Carraway, vient habiter une petite bicoque dans le West Egg, jouxtant alors un château qui appartient à un certain Gatsby. Ce dernier organise des fêtes gargantuesques où se presse le tout New York afin de se faire bien voir et de profiter. C’est avec sa cousine, Daisy, et son mari, Tom, que Nick va faire la connaissance de son voisin, et en apprendre un peu plus sur le monde bourgeois qui l’entoure. Et c’est entre tromperie, sourire de façade et rumeurs que Nick va en apprendre plus sur son voisin, et découvrir un monde fait de faux-semblants et de non-dits. Bref, nous sommes sur un récit de vie qui décrit avec un œil acéré la société post Première Guerre mondiale. Et c’est sans doute pour cela que le roman de Fitzgerald possède une telle aura.

Car clairement, dans les faits, le roman n’a rien de vraiment extraordinaire. La structure narrative est assez linéaire, même si Nick fait parfois des ellipses pour raconter des souvenirs plus pugnaces que d’autres. On reste sur une chronologie qui suit son cours, avec une montée crescendo de la jalousie, où les masquent vont tomber, du moins pour qui prend la peine d’en apprendre plus sur l’autre. Cependant, entre des phrases trop longues et des formules ampoulées au possible, la lecture n’est pas si aisée que cela. De même (mais peut-être cela vient-il de la traduction), on a du mal parfois à savoir qui parle dans les dialogues. Certains personnages manquent de description, et on a du mal à se les représenter. Cela entache un peu le plaisir de lecture, et parfois même la compréhension de ce qui se passe.

Car les codes sociaux des années 20 ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui, tout comme les relations amoureuses ou les relations hommes/femmes, on a parfois du mal à comprendre les sous-entendus. Mais l’intelligence de F. Scott Fitzgerald réside surtout sa volonté de se concentrer uniquement sur cinq personnages qui seront redondants. Des personnages avec des traits de caractère forts, qui répondent à des codes sociaux bien précis. Car si Gatsby est l’organisateur mystérieux des fêtes, qui devient le centre des rumeurs les plus abjectes, ce sera bien Tom, le mari de Daisy, cousine de Nick, le narrateur, qui sera le personnage le plus détestable. En effet, celui-ci a le droit de tromper sa femme, mais cette dernière n’a aucunement le droit de tomber dans les draps d’un autre homme. L’auteur juge bien ce rapport inégal et se veut presque féministe avant l’heure.

De plus, malgré ses défauts, le roman est une formidable critique de la société bourgeoise. Ici, les invités ne font pas cas de Gatsby, ils ne savent même pas à qui il ressemble, mais ils alimentent de fausses rumeurs pour se faire mousser, allant même jusqu’à penser qu’il fut un espion à la solde des allemands pendant la Première Guerre mondiale. L’écrivain dépeint un monde factice où les gens sont des opportunistes, où la morale a foutu le camp, puisque personne ne semble déranger par le fait de profiter d’une fête organisée par un soi-disant traitre à sa nation. Là encore, F. Scott Fitzgerald fait preuve d’une grande modernité dans son histoire, en pointant du doigt une société décadente, faite de profiteurs et de tricheurs. Des profiteurs qui tournent autour des gens fortunés quand ces derniers sont en vie.

La fin du récit se révèle à la fois touchante et révoltante. Touchante car on va en apprendre davantage sur Gatsby, et sur son chemin de vie, sur l’apparition de sa fortune. La vérité éclate alors, montrant que personne n’avait vraiment pris la peine de connaître cet homme, qui va prendre alors une place particulière dans le cœur de Nick. Derrière les paillettes et le paraître se cachait alors un homme sensible et amoureux, à la recherche d’un amour perdu. Mais cette fin est aussi révoltante car elle montre bien l’image d’une classe sociale sans aucune empathie, qui ne cherche qu’à profiter à moindre coût. La vie de Gatsby va passer de la notoriété à un anonymat quasi-total sans que cela ne cause le moindre problème de conscience à qui que ce soit. On pourrait presque y voir une sorte de nihilisme autour de l’être humain.

Au final, Gatsby le Magnifique est un bon roman, qui fut très en avance sur son temps. Et c’est peut-être pour cela que le découvrir aujourd’hui a moins d’impact. Si Fitzgerald critique bien la bourgeoisie et une société faite de faux-semblants et de mensonges, le cadre semble un peu désuet et certaines formules de phrases sont trop complexes pour la simplicité du récit. Quoi qu’il en soit, on peut comprendre aisément le statut d’œuvre culte de ce roman, et même s’il perd un peu de sa force aujourd’hui, car les thèmes ont été maintes fois rabâchés, on reste dans un récit avant-gardiste, court, concis et qui a tous les atours d’une œuvre séminale.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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