juin 25, 2024

L’Invasion des Piranhas

Titre Original : Killer Fish

De : Antonio Margheriti

Avec Lee Majors, Karen Black, Margaux Hemingway, Marisa Berenson

Année : 1978

Pays : Etats-Unis, France, Italie, Brésil

Genre : Horreur

Résumé :

De superbes pierres précieuses sont enfouies dans les eaux sauvages d’une jungle équatoriale. Des voleurs cherchent à s’en emparer. Mais leur ignorance risque de leur coûter cher : les eaux sont infestées de piranhas…

Avis :

Alors qu’Alfred Hitchcock a fait office de précurseur dans le genre avec Les Oiseaux, le survival animalier a trouvé ses lettres de noblesse au cours des années 1970. Dans le domaine maritime, Les Dents de la mer a amorcé les hostilités. Depuis, le chef d’œuvre de Steven Spielberg est devenu indétrônable. Par la suite, on a eu droit à Orca, sensiblement différent dans la tonalité, puis Piranhas. En l’occurrence, le film de Joe Dante s’est avéré une itération très respectueuse avec des prédateurs aquatiques d’autant plus voraces qu’ils compensent leur taille par leur nombre. Avec L’Invasion des piranhas, on tient là une redite somme toute facile dont la portée est bien moins glorieuse que les références précitées.

D’emblée, le métrage d’Antonio Margheriti assume son statut de série B par un vol rocambolesque. Afin de présenter les personnages et d’avancer le prétexte, les péripéties s’enchaînent de manière décousue. Traitement épars qui, soit dit en passant, devient une constante au fil de séquences qui relèvent du film de casse avant d’évoluer vers l’aventure et la catastrophe. Dans un melting-pot des genres guère percutant, on assiste à tous les poncifs imaginables pour étayer le propos. À commencer par le cadre exotique du Brésil où l’ambiance dépaysante se pare d’atours insouciants, légers, n’en déplaise à la teneur du métrage.

« L’histoire reste balisée dans une évolution complaisante, voire paresseuse. »

De même, la caractérisation tient lieu d’un travail caricatural pour faire cohabiter une brochette de personnages sans relief. On a droit à la figure du héros impassible et téméraire ; séducteur à ses heures perdues. Pour lui tenir compagnie, on l’assiste de l’ingénue de service et d’une rivale aux intentions nébuleuses. L’antagoniste est, quant à lui, l’archétype du type cupide, prêt à tout pour atteindre ses objectifs. Les seconds couteaux constituent des clichés de remplissage pour donner le change. Mention spéciale à ce photographe replet, au maniérisme affiché. Autant d’éléments vides de sens qui ne parviennent pas à combler les carences d’un scénario rafistolé avec une imagination empêtrée dans le limon de l’Amazone.

Du casse initial jusqu’à la cache du magot, sans oublier ces échanges qui rendent l’ensemble poussif et long à s’engager, l’histoire reste balisée dans une évolution complaisante, voire paresseuse. On s’attarde surtout sur des amourettes de pacotilles, des inimitiés ou de vaines tentatives pour faire main basse sur les diamants. Les premières incursions des piranhas s’avèrent donc tardives et ne semblent guère prêter à conséquence sur les motivations des intéressés. Pour qu’ils se manifestent, on met en avant de mauvais nageurs qui gesticulent, hurlent et se dépêtrent dans une eau qui se gorge de leur sang. Qu’importe ! On continue de plonger au même endroit, et ce, en dépit de sa dangerosité avérée.

« Les séquences aquatiques sont imbuvables, tandis que les trucages souffrent de mouvements rigides et de bruitages dispensables. »

Sensiblement plus palpitante, la dernière partie de l’intrigue officie dans le registre du survival avec ce bateau échoué, non loin du rivage. L’idée demeure intéressante, ne serait-ce qu’avec la lente coulée du navire pour suggérer le sentiment d’urgence. Malheureusement, on assiste à des situations convenues, d’actes désespérés et héroïques qui présentent un niveau de stupidité similaire à ce qui a pu être commis jusqu’alors. Les séquences aquatiques sont imbuvables, tandis que les trucages souffrent de mouvements rigides et de bruitages dispensables. Piètre consolation : on assiste à de rares plans rapprochés sur le festin des poissons. À noter la présence de carcasses bovines pour se substituer à la chair des victimes humaines…

Au final, L’Invasion des piranhas est une production désuète et opportuniste. Le film d’Antonio Margheriti se rapproche davantage de Barracuda que de Piranhas. Affublée de clichés ambulants dont le casting en tire une indifférence notable, l’histoire ne mène guère à plus de tolérance face à un déroulement inconstant, sans vigueur ni intérêt. En dépit d’éléments horrifiques aussi rares que décevants, il faut se contenter d’une incursion aventureuse dépourvue d’enjeux, ainsi que de maquettes fauchées pour traduire explosions, raz-de-marée et naufrages. Quant aux poissons aux dents de rasoir, ils jouent les retardataires pour déguster un buffet au rabais au lieu de profiter d’un festin digne du métrage de Joe Dante.

Note : 07/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.