mars 3, 2024

Suzzanna – Buried Alive

Titre original : Suzzanna : Bernapas Dalam Kubur

De : Rocky Soraya et Anggy Umbara

Avec Luna Maya, Herjunot Ali, Teuku Rifnu Wikana, Verdi Solaiman

Année : 2018

Pays : Indonésie

Genre : Horreur

Résumé :

L’esprit d’une femme enceinte assassinée chez elle par des cambrioleurs pris sur le fait se venge de ses meurtriers.

Avis :

Entre croyances religieuses et traditions, l’Indonésie est un pays aux multiples contrastes culturels. Si l’héritage musulman trouve ses origines depuis le XIIIe siècle, au moins, l’archipel compte des milliers d’ethnies, ainsi que des centaines de dialectes et de langues. Fort de cette diversité, le folklore local se veut tout aussi riche à travers des mythes, des légendes et des créatures surnaturelles. On songe au kuntilanak, au leyak ou, en l’occurrence, au sundel bolong. Ce dernier constitue le point de mire de Suzzanna : Buried Alive. Un titre évocateur qui, pourtant, ne laisse guère présager l’entreprise dans laquelle le spectateur vient se perdre…

Sur le papier, le présent métrage n’est autre que le remake de Sundel Bolong, film tourné en 1981 par Sisworo Gautama Putra, avec pour vedette l’actrice Suzzanna. D’emblée, on devine l’hommage appuyé, ainsi que l’intérêt non feint pour revisiter l’un des grands succès du cinéma d’exploitation indonésien de l’époque. D’ailleurs, on a droit à une projection en plein air de la bobine originale. De même, cette coréalisation signée Rocky Soraya et Anggy Umbara joue sur la fibre nostalgique, sans oublier quelques allusions au format Grindhouse. À cela s’ajoute une nouvelle interprétation du mythe du sundel bolong, esprit féminin mort au cours de sa grossesse.

« Les situations rivalisent d’invraisemblances, parfois jusqu’à la stupidité. »

Le potentiel de base n’est donc pas pour déplaire, a fortiori lorsqu’on ancre l’intrigue à la fin des années 1980. Seulement, on se confronte très vite à un mélange des genres indigeste. Dès les premières séquences, on alterne entre une présentation laborieuse et des saynètes dignes des productions de type sinetron (les sitcoms locales). Bien qu’il ne s’agisse pas d’une tentative inédite, on se heurte d’emblée à la contradiction d’une histoire dramatique, voire tragique, face à une approche comique hors de propos. Ce n’est pas uniquement la variation de ton qui déconcerte, mais cette volonté ostensible à forcer le trait pour essayer de faire rire, en vain.

Les échanges et la chute des blagues tombent toujours à plat. Et ce ne sont pas les faciès caricaturaux ou les expressions bovines des seconds couteaux qui changeront la donne, bien au contraire. La moindre répartie sonne faux. De nombreuses réactions souffrent d’un décalage évident par rapport à leur cause ou un contexte précis. De même, les situations rivalisent d’invraisemblances, parfois jusqu’à la stupidité. On songe à ces cambrioleurs du dimanche, responsables d’un accident mortel saugrenu avant que les conséquences s’avèrent sinistres. D’où le titre… Dès lors, cette interminable présentation aboutit à des manifestations paranormales pour le moins irritantes.

« En matière de montage, comme de rythme, rien ne fonctionne. »

Au lieu de jouer sur l’effroi ou le côté glauque du sundel bolong, on est assailli par ses rires pénibles qui ne provoquent qu’un profond agacement. Ses actes usent de concours de circonstances fortuits et rendent les trépas des antagonistes autrement plus ridicules, sans compter sur l’imbécillité caractéristique des personnages. En matière de montage, comme de rythme, rien ne fonctionne. Au sortir de séquences nocturnes, la journée se ponctue de l’errance du fantôme, dans sa tenue virginale. À cela s’ajoute le trio de domestiques qui jouent la carte de la légèreté et, à leur niveau, d’une bêtise tout enfantine.

Il y a bien quelques effets gores notables, mais cette violence exacerbée sombre dans le grand-guignolesque. Au regard de ce qui a été avancé auparavant, on a même l’impression que le premier degré initial semble hors sujet, tant la déroute et l’absence de cohérence dans le traitement prévalent sur d’autres considérations. Épars et confus, on nous inflige un dénouement interminable où le rapport de force s’appuie sur quelques détails mal ficelés pour accentuer la tension. Conclusion qui, soit dit en passant, en oublie les fondamentaux du sundel bolong ou des « lois » censés régir son existence. Entre un happy-end métaphysique et le choix d’une ultime ouverture, on assiste à des conséquences aussi illogiques qu’insensées.

Au final, Suzzanna : Buried Alive est un film et remake indonésien autant médiocre qu’inutile. On aurait pu s’attendre à un hommage appuyé, à une volonté de ressusciter les eighties et le cinéma d’exploitation de l’époque, même si la scénarisation ne présentait aucune surprise. C’était sans compter sur les velléités et les tares des deux réalisateurs pour incorporer de la comédie et du drame à l’horreur. Il en ressort des incursions qui annihilent toute émotion. Les séquences ne sont jamais drôles, tristes ou effrayantes. Il faut se contenter de blagues potaches sans intérêt, d’une tragédie mielleuse et d’effets surnaturels éculés. Un métrage qui se veut généreux et prometteur dans ses intentions, mais qui se solde par un résultat catastrophique. Et cela tient de l’euphémisme…

Note : 05/20

Par Dante

2 réflexions sur « Suzzanna – Buried Alive »

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