avril 17, 2024

Le Troisième Œil 2

Titre Original : Mata Batin 2

De : Rocky Soraya

Avec Jessica Mila, Nabilah Ratna Ayu Azalia, Sophia Latjuba, Jeremy Thomas

Année : 2019

Pays : Indonésie

Genre : Horreur

Résumé :

Une employée d’orphelinat rencontre une ado qui affirme entendre une voix. Alors qu’elles cherchent à en savoir plus, la situation vire au cauchemar.

Avis :

En l’espace de quelques métrages réalisés, produits et écrits à la fin des années 2010, Rocky Soraya s’est avancé comme une figure populaire du cinéma horrifique indonésien. S’il rencontre le succès commercial, on peut toutefois déplorer que ses films se caractérisent par des redites de références occidentales. On songe surtout à Annabelle, The Conjuring et Insidious. De même, le rapport aux phénomènes paranormaux à tendance à s’écarter des croyances locales pour se complaire dans des considérations éculées. Cela sans compter sur une propension à se perdre dans le gore et une approche trop explicite, là où l’amorce et l’évolution psychologiques auraient gagné à prendre le pas.

Au sortir des frasques de Suzzanna : Buried Alive, Rocky Soraya revient à un traitement plus sérieux avec la suite de Mata Batin. Aussi, Le 3e œil 2 s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Cela ne tient pas à l’intrigue qui reste indépendante et intelligible sans avoir vu le premier opus, mais plutôt à la présence de figures connues. En l’occurrence, il s’agit des sœurs Alia et Abel, ainsi que leur guide spirituelle en la personne de madame Windu. Au demeurant, on a beau assister à une nouvelle histoire, il n’en demeure pas moins que les enjeux et les mécanismes d’exposition sont strictement les mêmes. Au regard de ses précédentes réalisations, Rocky Soraya se contente de calquer un modèle narratif qu’il use sans le moindre scrupule.

« Le 3e œil 2 s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. »

On passera outre l’aspect ultra-référentiel. Ce dernier fait écho à ce qui a pu être avancé pour le premier volet. Cela vaut aussi bien pour les manifestations que pour les cas de possession. Le cinéaste se complaît donc dans une paresse créative. L’absence de remise en question ou de renouvellement de la formule de base prévaut sur toute autre forme de considération. On aurait pu néanmoins apprécier le cadre de l’orphelinat qui offre d’intéressantes perspectives. Malgré quelques plans notables, la vastitude des lieux se résume vite à l’entrée extérieure, une partie annexe, ainsi que deux chambres dans le bâtiment principal. Du reste, on occulte une progression fluide entre les différents secteurs.

À cela s’ajoutent quelques apparitions spectrales honnêtes, même si leurs venues restent standardisées et attendues. Celles-ci se démarquent surtout par une bonne gestion de l’obscurité, ainsi qu’une photographie correcte pour instaurer une atmosphère sépulcrale. Celle-ci est prompte à instiller le trauma d’évènements passés. En revanche, la suggestion d’une présence indiscernable cède vite le pas à des confrontations brutales et sans subtilité aucune. Au passage, on notera l’incapacité de nuancer les contacts entre le monde physique et invisible. Certes, cela permet de flouer les frontières de la réalité, mais ce choix délaisse plus d’invraisemblances dans son sillage, au lieu de jouer sur la nature ou le pouvoir des entités.

« Sans être exécrable, le film de Rocky Soraya réitère une formule éculée. »

Si les effets numériques sont réduits à minima, les maquillages restent pour le moins douteux. Cela concerne essentiellement les personnages possédés où les prothèses sont grossières et les différentes couches sont superflues. Ce qui accentue l’artificialisation des trucages. Cela sans compter sur des trépassés qui empruntent les atours et la gestuelle de zombies, non de fantômes errants. Quant aux effets gores, ils montent crescendo jusqu’au dénouement. Néanmoins, les blessures ne sont pas aussi exacerbées que dans le premier volet. Enfin, on remarquera des considérations religieuses manichéennes où l’on évoque le paradis et l’enfer, notamment lors de l’incursion dans un purgatoire qui s’apparente à l’antichambre du marquis de Sade.

Au final, Le 3e œil 2 est une suite aussi convenue et moyenne que son prédécesseur. Sans être exécrable, le film de Rocky Soraya réitère une formule éculée où les grandes révélations du scénario surviennent à mi-parcours. Entre deux confrontations d’outre-tombe, on n’échappe guère aux séquences de fuite, d’exorcisme et d’exploration de l’au-delà. L’ensemble a beau faire preuve de constance dans son rythme, il n’en demeure pas moins que ce second volet ne dépasse jamais le stade d’un divertissement conventionnel et sans ambition. Preuve en est avec ces péripéties dont les conséquences restent aussi prévisibles qu’une fin ouverte, comme si Rocky Soraya était incapable de trouver une conclusion à ses projets.

Note : 09/20

Par Dante

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