mars 3, 2024

Têtes de Pioche

Titre Original : Block-Heads

De : John G. Blystone

Avec Stan Laurel, Oliver Hardy, Billy Gilbert, Minna Gombell

Année : 1938

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Vingt ans après l’armistice de 1918, Stan Laurel ne sait toujours pas que la guerre est terminée. Il reste dans les tranchées comme on lui avait ordonné quelques années auparavant. Un jour, quelqu’un le retrouve par miracle après qu’il ait tiré sur un avion français croyant remplir son devoir militaire. Dès son retour, il retrouve son ami Laurel au foyer des anciens combattants et les ennuis commencent…

Avis :

A la fin des années 20 et au début des années 30, les stars du cinéma muet font subir de plein fouet l’arrivée du cinéma parlant. Certains ne s’en remettront jamais, et rares sont ceux qui ont réussi une belle transition. Parmi les plus marquantes, on retrouve bien évidemment le duo Laurel et Hardy. Les deux comiques, dont la rencontre remonte à la fin des années 10, vont réussir à transposer leur humour burlesque au parlant, en jouant dans de nombreux films et en ménageant la chèvre et le chou à travers des scénarios qui mêlent humour visuel et dialogues ubuesques. Parmi leurs plus grandes réussites, Têtes de Pioche figure près de la pole position, s’amusant avec l’après-guerre et les relations de couple. A la fois désuet, grotesque et souvent très drôle, malgré le poids des années, rien ne semble altérer le génie comique de ce moyen-métrage.

L’histoire de ce film est relativement simple. Laurel et Hardy sont engagés dans l’armée américaine pour combattre dans les tranchées durant la Première Guerre Mondiale. Alors qu’Oliver fonce sur le front, Stan doit monter la garde dans la tranchée. Ce dernier n’entend pas la fin de la guerre, et il se rend compte seulement vingt ans plus tard qu’elle est finie. Oliver, alors marié, apprend que son ami est dans un hospice de l’armée, et il décide de le ramener chez lui, alors qu’il doit fêter son anniversaire de mariage. C’est alors le début des ennuis. Derrière ce pitch très simple, on va voir que le duo comique va tenter d’approcher différents thèmes, tout en maintenant un humour burlesque qui ne va jamais s’arrêter. Ici, les gags fusent, et tout est fait pour surprendre dans la bonne humeur, jouant sur différents types d’humour.

« Le burlesque prend constamment le dessus, surtout lorsqu’il s’agit de jouer autour du personnage de Stan. »

Bien évidemment, le burlesque prend constamment le dessus, surtout lorsqu’il s’agit de jouer autour du personnage de Stan. Complètement à côté de ses pompes, toujours à la traine pour comprendre, l’acteur (et le personnage) est le porteur d’un humour graphique. Certains gags sont connus, à l’image de la main qui fait office de pipe, mais d’autres seront des idées qui seront reprises maintes fois dans le cinéma contemporain. On pense bien évidemment au coup de la voiture qui se retrouve recouverte de sable, ou encore au gag du garage avec Stan qui veut essayer la pédale d’ouverture de la porte. Bref, Stan est celui qui fait rire par des situations grotesques. Quant à Oliver, il sera plutôt dans un humour verbal et moqueur. Il est celui à qui il arrive toutes les bricoles et qui doit trouver des solutions pour ne pas être dans la sauce.

Ici, il devra se confronter à un père de famille trop protecteur envers son enfant turbulent. Il devra aussi trouver des compromis pour ne pas vexer sa femme. Toujours dans un délire malchanceux, il fera face à un voisin un peu trop jaloux, dont la femme, trop altruiste, devient bien trop envahissante. Il y a ici un génie comique qui va permettre une douce transition entre deux époques du cinéma, celle du muet, et celle du parlant. Car si Stan sera sur un humour graphique, évoquant le passé du septième art, Oliver lorgnera plus vers le « nouveau » cinéma, celui qui joue sur les situations à travers des dialogues et des situations cocasses proches du vaudeville. L’équilibre est parfait, d’autant plus qu’entre le rythme effréné des gags et la courte durée du film, on n’en perd pas une miette.

« Filmé pendant l’entre-deux guerre, on retrouve ici une petite critique de l’armée américaine. »

Bien évidemment, autour de ces gags, de cet humour, on retrouve quelques éléments intéressants qui font que l’histoire prend de l’ampleur. Filmé pendant l’entre-deux guerre, on retrouve ici une petite critique de l’armée américaine qui oublie parfois ses soldats, et les soigne dans un hospice assez sordide. Mais bien au-delà de ça, c’est surtout le couple qui va être décortiqué ici, notamment avec la relation entre Oliver et sa femme. Une femme aimante, forte, mais qui mène le couple, gère le porte-monnaie et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Une belle évolution pour l’époque qui montre l’importance de la femme dans notre société. D’ailleurs, les deux personnages féminins sont forts et gentils, alors que les hommes sont gaffeurs et mesquins. Par exemple, le voisin jaloux qui se gargarise de tuer des bêtes alors qu’il ment de façon éhontée. Il y a une belle leçon dans tout ça.

Enfin, Têtes de Pioche est un film qui jouit d’une réalisation assez simple, mais qui possède de bonnes idées, qui seront reprises par la suite dans d’autres longs-métrages. On peut par exemple évoquer cette caméra qui monte et descend les étages sans interruption, donnant une certaine dynamique aux séquences répétitives dans les escaliers. On trouvera aussi dans ce film quelques scènes reprises par la suite, notamment sur le nombre d’étages à monter à pied, que l’on retrouvera dans la maison des fous des 12 Travaux d’Astérix. Une preuve que ce moyen-métrage a marqué son époque et demeure l’une des plus belles réussites du duo, sous la houlette John G. Blystone.

Au final, Têtes de Pioche est un film qui est très réussi et qui symbolise bien une époque qui a le cul entre deux chaises. Outre le spectre de la Seconde Guerre Mondiale, nous sommes aussi dans une époque où le cinéma se cherche et tente d’apprivoiser une nouvelle technologie, la parole. Laurel et Hardy trouvent un parfait équilibre entre une époque qui va disparaître, et une autre en pleine évolution, et le résultat est à la fois hilarant et touchant.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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