avril 24, 2024

L’École du Bien et du Mal

Titre Original : The School for Good and Evil

De : Paul Feig

Avec Sophia Anne Caruso, Sofia Wylie, Kerry Washington, Charlize Theron

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

À Gavaldon, deux filles pas comme les autres, Sophie et Agatha, partagent la même passion pour les mondes enchantés. Sophie, couturière aux cheveux blonds, rêve d’échapper à sa morne existence pour devenir princesse, tandis qu’Agatha, avec son esthétique plus austère et sa mère excentrique, a l’étoffe d’une sorcière. Une nuit, sous une lune rouge sang, une force irrésistible emporte les deux amies jusqu’à l’École du Bien et du Mal, l’endroit où tous les contes de fées commencent vraiment. Une fois sur place, rien ne se passe comme elles l’auraient voulu : Sophie est catapultée à l’École du Mal dirigée par la très chic Lady Lesso à la langue acérée, et Agatha débarque à l’École du Bien supervisée par la gentille et solaire professeure Dovey. Aller en classe avec les enfants de la méchante sorcière, avec ceux du Capitaine Crochet ou avec le charmant fils du roi Arthur est déjà bien difficile, mais selon le maître d’école, seul un baiser d’amour véritable peut changer les règles et envoyer les jeunes filles vers les écoles et les destins qui leur correspondent vraiment. Et pour couronner le tout, un sinistre personnage mystérieusement lié à Sophie refait surface et menace de détruire l’école et le reste du monde. Pour connaître une fin heureuse, les deux amies inséparables n’auront pas d’autre choix que de survivre d’abord à leur véritable conte de fées.

Avis :

Le phénomène Harry Potter a eu sa de bien, entrainer dans son sillon une flopée de jeunes lecteurs qui se sont trouvés une passion. Néanmoins, cela a aussi eu un côté un peu néfaste, voir débouler des tonnes et des tonnes d’ersatz par des auteurs opportunistes qui ont voulu surfer sur la vague de ce succès monstre. Avec plus ou moins de réussite, on peut évoquer Tara Duncan, Le Pays des Contes ou encore L’Ecole du Bien et du Mal. Netflix, toujours avide de nouvelles productions et voulant attirer un public adolescent, s’est donc mis en tête de produire cette dernière saga, sous l’égide de Paul Feig et sa boîte de production. Piochant dans tous les contes connus, racontant une amitié entre deux amies que tout oppose au sein d’une école de magie qui sépare le bien du mal, on est clairement dans une transposition des romans de J.K. Rowling.

Ici, on va donc suivre Sophia et Agatha, deux amies qui vivent à Gavaldon, un lieu où elles sont considérées comme des sorcières. Sophia rêve d’être une gentille de conte, alors qu’Agatha est persuadée que tout cela n’existe pas. Jusqu’au jour où les deux filles sont envoyées manu militari dans l’école du bien et du mal. Sauf que les choses ne vont pas se passer comme prévu, puisque Sophia est envoyée dans l’école du mal pour devenir une sorcière, et Agatha se retrouve du côté du bien, avec les princes et princesses. Bien entendu, tout cela va entrainer des conséquences sur ce lieu imaginaire, mais surtout sur l’amitié des deux jeunes femmes. Sans grande surprise, L’Ecole du Bien et du Mal raconte comment deux personnages vont devoir embrasser leur côté « caché » et bousculer un lieu plein de connivences et de préjugés.

D’un point de vue scénaristique, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Le film s’adresse principalement à un public adolescent, et les thèmes brassés sont donc en conséquence. On y verra une Sophia qui se rêve princesse, mais qui va se découvrir sorcière de par son comportement et sa volonté d’avoir plus de pouvoir. La jeune femme va se faire une place de choix au sein d’un milieu plutôt violent et sans concession. Quant à Agatha, elle qui est plutôt négligée, elle va devoir apprendre à sourire et se faire belle pour plaire aux princes charmants. Mais elle ne peut combattre son côté franc et n’arrive pas à faire semblant. Le but est bien évidemment de montrer que l’on peut être soi-même partout, même dans les endroits où l’étiquette est primordiale. Une façon de parler de l’émancipation des femmes tout à fait sympathique.

D’autant plus que dans ce film, les hommes sont clairement en retrait. Les princes charmants sont de gentils débiles, ou des personnages imbus d’eux-mêmes et frimeurs. Cela permet à Agatha de s’affirmer et de montrer deux facettes de sa nature, une forte empathie envers les autres et des convictions bien ancrées en elle. De l’autre côté Sophia va aussi prendre de l’assurance et embrasser pleinement son côté obscur pour prendre confiance en elle. Cela va alors nuire aux deux amies, qui se sortent de situations délicates avec de l’entraide, mais en mettant à rude épreuve leur amour. On se retrouve alors avec un triangle amoureux téléphoné, sans grande surprise, mais qui devrait plaire aux jeunes filles qui vont découvrir le film. Il est dommage, néanmoins, que Paul Feig ne prenne pas plus de risque, avec une résolution plus sulfureuse. Nos ados ne méritent-ils pas mieux ?

« Mais le problème réside aussi dans une mise en scène pataude, qui n’arrive jamais à donner de l’envergure à ce monde magique. »

D’autant plus que dans sa forme, le film recèle bien des lacunes, tout comme dans sa narration. Car si les thèmes peuvent paraître intéressants aux yeux d’un public jeune, il n’en est pas de même chez les adultes, qui y verront un simple divertissement qui ne vise jamais plus loin que l’amourette et l’amitié. Et presque deux heures et demi pour raconter cela, c’est long, très long. Surtout que le réalisateur ne joue jamais sur la narration, n’allant pas sur le terrain du flashback pour donner de l’épaisseur à ses deux héroïnes, ni même pour installer plus sérieusement un méchant séculaire. On suit un truc linéaire, qui ne prend jamais de risque et se repose surtout sur un univers féérique générique. Et c’est dommage, car c’est là que le film aurait pu gagner des points, en arpentant les différents contes connus.

D’un point de vue graphique, ce n’est pas la panacée. Les CGI sont assez moches, notamment dans les incrustations, et on ne parlera même pas des fonds verts qui sont légion. C’est d’autant plus triste que les décors naturels sont beaux et que certains décors font clairement illusion. Mais le problème réside aussi dans une mise en scène pataude, qui n’arrive jamais à donner de l’envergure à ce monde magique. On se sent étriqué entre deux bâtiments où méchants et gentils se font une petite guerre à deux balles. Paul Feig ne semble pas à l’aise avec ce monde, filmant tout cela comme une immense cour de récréation dans laquelle végètent quelques hères qui se cherchent des noises, parce que leur nature l’impose. Là encore, on ne peut que constater le manque d’ambition malgré la durée (il y a clairement une heure en trop) et l’univers arpenté.

C’est d’autant plus décevant que le casting aligne de grands acteurs qui se sont perdus dans ce projet. Charlize Theron aurait pu être excellente dans le rôle de la directrice de l’école du mal, mais elle reste un second rôle sans grand éclat. Tout comme Kerry Washington qui, dans son rôle de directrice de l’école du bien, fait la nunuche. Reste alors les apparitions furtives de Michelle Yeoh en professeure de sourire (si, si) et Laurence Fishburne en grand manitou, qui pose sa bedaine autour de table ronde afin de calmer les ardeurs de tout le monde. Comment tout ce petit monde a-t-il pu croire en ce projet ? Le mystère reste entier. Mais les deux jeunes actrices sont assez crédibles, offrant une dualité plaisante, qui jouxte à chaque fois l’amitié féroce. Là-dessus, on ne peut guère leur faire de reproche.

Au final, L’Ecole du Bien et du Mal est un film qui avait bien des arguments pour lui, mais qui loupe le coche de peu. Entre sa durée insupportable, son manque d’ambition et des sujets intéressants mais qui sont à peine survolés, on reste dans l’expectative que ça décolle à un moment ou un autre, mais il ne se passera rien. C’est dommage, car entre l’émancipation des jeunes filles, leur amitié à l’épreuve de l’amour et le fait de combattre des préjugés pour un monde plus juste et métissé, on avait de quoi se faire plaisir. Mais Paul Feig reste sur des bases simplistes, n’arrivant jamais à surélever son récit au-delà de la simple itération pour ado. En espérant que le prochain film, s’il y a (la saga littéraire compte sept tomes), corrige tous ces défauts.

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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