février 23, 2024

The Whole Truth

De : Wisit Sasanatieng

Avec Sutatta Udomsilp, Mac Nattapat Nimjirawat, Nicole Theriault, Tarika Tidatid

Année : 2021

Pays : Thaïlande

Genre : Horreur

Résumé :

Quand un frère et sa sœur découvrent un trou étrange dans le mur de la maison de leurs grands-parents, d’horribles incidents révèlent les sombres secrets de leur famille.

Avis :

En occident, le cinéma thaïlandais est principalement représenté par les films d’action et d’horreur. À bien des égards, on distingue une propension évidente pour le divertissement à travers des mises en scène nerveuses et, bien souvent, exubérantes. On songe, entre autres, à Pirates de Langkasuka et Bang Rajan. Au sortir de ces considérations, les productions horrifiques privilégient une approche frontale avec un travail graphique léché. Par exemple, Shutter ou encore Meat Grinder, excellente incursion qui demeure toujours inédite dans nos contrées. Plus récemment, The Medium s’est avancé comme un faux documentaire intéressant à plus d’un titre (formidable atmosphère sur fond de folklore local), mais perfectible dans son traitement.

Aussi, The Whole Truth semble s’inscrire à contre-courant de cette mouvance. Le métrage de Wisit Sasanatieng s’appuie sur un pitch énigmatique qui n’est pas sans rappeler le concept de certains thrillers psychologiques. Le principal attrait d’un tel exercice est d’entretenir une part de mystère, un élément à même de maintenir le suspense sur la longueur et ainsi préserver l’attention du spectateur. Si l’entame pose les bases d’une caractérisation solide, on se heurte très vite à une première maladresse. En effet, on évente immédiatement ce qui se cache derrière le fameux trou dans le mur. Au lieu de jouer sur des ficelles de circonstances, même éculées, on se confronte à des visions qui annihilent la curiosité et la singularité qui gravitent autour du cœur de l’intrigue.

Par ailleurs, ce choix nous inflige un autre écueil de taille : le traitement horrifique est loin d’être maîtrisé. On se heurte à des passages sans subtilité aucune et parfois répétitifs. Certes, revoir une scène permet de faire la lumière sur un fait divers sordide de manière progressive. Cependant, l’effroi n’est guère de mise. La faute à des trucages grossiers et des effets numériques médiocres. Même les gerbes de sang régurgitées avec force et conviction par le spectre s’apparentent davantage à du sirop qu’à de l’hémoglobine. Mention spéciale à ces séquences qui vont de mal en pis pour jouer de surenchère, quitte à se ridiculiser ou sombrer dans des moments guère percutants.

« A force d’user et d’abuser d’un tel procédé, on aboutit à une sorte de routine narrative »

De surenchère, il y est également question lorsqu’il s’agit de se confronter au fameux secret familial qui plane au-dessus de cette demeure à l’agencement sommaire. Il est aisé de deviner un passé fait de traumas et d’évènements tragiques. Ici, l’idée est d’amorcer une révélation… pour mieux la démentir ; à tout le moins, n’en dévoiler qu’une partie. L’approche est similaire à un mensonge par omission. Seulement, l’élément manquant ne possède pas forcément l’impact escompté. De même, à force d’user et d’abuser d’un tel procédé, on aboutit à une sorte de routine narrative où la progression en devient prévisible. Ou comment se tirer une balle dans le pied tout en ciblant un twist de conclusion soi-disant inattendu.

On peut également évoquer des intrigues secondaires dispensables où, production Netflix oblige, on essaye de contenter tous les profils de public. Cela vaut pour ces incursions scolaires où le cheerleading côtoie des rivalités intestines et des histoires de harcèlement, voire de voyeurisme sous forme de vidéos. À cela s’ajoutent aussi les élans colériques du grand-père, ancien flic, qui s’improvise en adepte de l’auto-justice. Bien sûr, on y distingue une résonance dans les faits qui s’ensuivent, mais ces intermèdes jouent en défaveur d’une ambiance pesante qui finit par s’écarter du huis clos familial et du cadre domestique. Environnement qui, soit dit en passant, se cantonne à un salon conjoint avec la cuisine et une chambre. Très rudimentaire.

Au final, The Whole Truth possédait un véritable potentiel pour étayer un propos acerbe sur les secrets familiaux et les traumas du passé. On apprécie le traitement pour occulter des souvenirs « pénibles » à travers le déni, la folie et la reconstruction de soi-même. Bien que l’interprétation souffre de quelques errances, la caractérisation s’avère correcte, assez éloignée des clichés habituels. Il n’en demeure pas moins un métrage inabouti qui ne parvient pas à trouver son équilibre. L’approche psychologique s’appuie trop sur une multitude de retournements de situation surfaits, tandis que l’horreur se situe à la limite du grotesque. On a beau distinguer de furtives allusions à l’œuvre de Junji Itō (le croquis dans le cahier de dessins), on n’y retrouve guère le côté malsain et dérangeant. On reste partagé avec un sentiment de frustration évident au vu des bonnes idées avancées, mais mal exploitées.

Note : 09/20

Par Dante

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