novembre 30, 2022

Vous n’Aurez pas ma Haine – Père Courage

De : Kilian Riedhof

Avec Pierre Deladonchamps, Camélia Jordana, Thomas Mustin, Christelle Cornil

Année : 2022

Pays : France, Allemagne, Belgique

Genre : Drame

Résumé :

Comment surmonter une tragédie sans sombrer dans la haine et le désespoir ? L’histoire vraie d’Antoine Leiris, qui a perdu Hélène, sa femme bien-aimée, pendant les attentats du Bataclan à Paris, nous montre une voie possible : à la haine des terroristes, Antoine oppose l’amour qu’il porte à son jeune fils et à sa femme disparue.

Avis :

Réalisateur allemand pas vraiment connu par chez nous, Kilian Riedhof est un cinéaste d’une cinquantaine d’années qui a étudié le cinéma à Hambourg au milieu des années 90. Après ses études, Kilian Riedhof va mettre un peu de temps avant de se lancer dans le cinéma en tant que scénariste et réalisateur. En effet, il va mettre près de cinq ans avant de réaliser, et il va commencer par le petit écran, travaillant sur diverses séries allemandes. Pour le voir réaliser un film de cinéma, il lui faudra attendre encore treize ans.

Affecté comme tout le monde par la série d’attentats sur Paris en 2015, et découvrant le roman d’Antoine Leiris, Kilian Riedhof, pour son deuxième long-métrage, s’est lancé dans un défi compliqué, celui de raconter les attentats, le deuil, la façon de gérer la colère, et le possible pardon au travers de monsieur tout le monde.

Beau et évidemment touchant, « Vous n’aurez pas ma haine » est un film qui parle de la douleur immesurable, et de comment on y fait face. Un brin longuet et allant parfois dans le larmoyant, le film de Kilian Riedhof demeure un film intéressant, et comme je le disais, beau et touchant.

13 Novembre 2015, ce soir-là, Antoine s’occupait de son fils pendant que sa femme est sortie avec un ami pour assister au concert des Eagles of Death Metal au Bataclan. Ce soir-là, Hélène meurt dans l’attentat et Antoine va devoir gérer tout à la fois. La douleur d’avoir perdu l’amour de sa vie, son fils de deux ans, la colère face aux auteurs de l’attentat, l’administratif, le regard compatissant des autres, l’enterrement, la crainte de voir le corps de sa femme… Bref, beaucoup de choses, et s’ajoutera bientôt à cela les réseaux sociaux et l’emballement médiatique, lorsqu’un post du Facebook d’Antoine se retrouve partagé un nombre incalculable de fois.

Troisième film à paraître sur les attentats de Paris, ou du moins sur des attentats, puisque le film d’Alice Winocour racontait lui un attentat fictif. Donc après le sublime « Revoir Paris » et le très méthodique et efficace « Novembre« , voici qu’arrive en salle « Vous n’aurez pas ma haine » (titre qui fait référence au texte qu’Antoine Leiris a écrit et que je vous mettrai en fin de chronique), et c’est peut-être le film le plus « faible » des trois, dans le sens où même s’il est intéressant, qu’il raconte des émotions fortes, il tient un côté larmoyant et répétitif qui a tendance à avoir du mal à se mesurer. Alors pour sa défense, il est vrai qu’un deuil dans ces conditions-là est loin d’être facile, et derrière ça, la vie du personnage n’a rien de vraiment trépidant, d’où le fait que le film a tendance à tourner parfois en rond et à se faire longuet.

Pourtant, le scénario que tient entre ses mains Kilian Riedhof est bon, et aborde tout un tas de sujets essentiels. Fixé sur le personnage d’Antoine, « Vous n’aurez pas ma haine » parle avant tout du deuil et de ce moment où la vie est en accordéon, partagé entre la douleur et des moments où l’on se sent bien. Le film oscille en permanence entre ces deux mesures et compose un très joli et touchant portrait, celui d’un homme qui essaie comme il peut de garder la tête hors de l’eau. Si le film a une tendance à se répéter en milieu de projection, notamment entre les phases de larmes, de souvenirs et ces moments où le personnage reprend du poil de la bête, sur l’ensemble, « Vous n’aurez pas ma haine » demeure un beau film, qu’on suit avec émotion et intérêt.

Au travers de ce portrait, Kilian Riedhof traitera de la colère et du pardon, développant la difficulté à conjuguer ces deux sentiments on ne peut plus opposés, et petit à petit, le cinéaste arrive à livrer un beau film sur la résilience et surtout sur la vie, la vie d’après, la vie qui suit son cours, la vie qui nous entraîne dans son engrenage, la vie qu’on doit aux êtres aimés, perdus, et derrière ça, ceux qui restent. Bref, si le film a ses défauts et son manque de mesure parfois, sur l’ensemble, cette histoire et ce personnage nous tiennent jusqu’à la fin.

Du côté de la mise en scène, « Vous n’aurez pas ma haine » est un film qui est enfermé, un peu à l’image de son personnage. Ici, on est enfermé dans un appartement parisien, enfermé dans l’urgence, enfermé dans la répétitivité d’une vie qui est en pause. Kilian Riedhof filme au plus proche de son personnage, et si le film, en termes de cinéma, n’a rien de vraiment exceptionnel, il arrive toutefois à se faire fort sur quelques scènes, et derrière le manque de mesure, il est aussi sensible, touchant et pudique. Après, comme je le disais plus haut, la vie du personnage n’a rien d’incroyable, et jonglant entre ses émotions, le film a tendance à se faire long, tournant un peu en rond à un moment, cherchant finalement comment revivre, ce qui est à l’image de ce son personnage.

Et quand on parle de personnage, il faut dire qu’Antoine Leiris est bien tenu par Pierre Deladonchamps. C’est vrai que parfois, le film bascule dans le larmoyant, mais Deladonchamps arrive toujours à nous rattraper, et « on apprécie » suivre son parcours, tout comme on apprécie ceux qui l’entourent, Camélia Jordana sublime en début de film, Thomas Mustin, Christelle Cornil, Yannick Choirat, Farida Rahouadj ou Anne Azoulay. Puis il y a la petite Zoé Iorio qui est fabuleuse, le réalisateur a réussi à capturer des moments assez incroyables et lui faire jouer des choses folles pour son tout petit âge.

Moins bouleversant que « Revoir Paris« , moins fort que « Novembre« , « Vous n’aurez pas ma haine » de Kilian Riedhof est un film qui a ses hauts et ses bas, mais dans l’ensemble, même si le côté larmoyant prend trop de place, l’histoire de cet homme, de ce père, qui affronte avec courage et dignité une situation hors normes, demeure belle, intéressante et touchante. Sans être l’essentiel de cette semaine de cinéma, le film mérite qu’on s’y arrête.

Note : 13/20

Pour ceux qui veulent, voici le très beau texte d’Antoine Leiris, qu’il avait écrit sur Facebook.

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus »

Par Cinéted

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