novembre 30, 2022

R.M.N. – La Montée des Extrêmes

De : Cristian Mungiu

Avec Marin Grigore, Judith State, Macrina Barladeanu, Orsolya Moldovan

Année : 2022

Pays : Roumanie, France

Genre : Drame

Résumé :

Quelques jours avant Noël, Matthias est de retour dans son village natal, multiethnique, de Transylvanie, après avoir quitté son emploi en Allemagne. Il s’inquiète pour son fils, Rudi, qui grandit sans lui, pour son père, Otto, resté seul et il souhaite revoir Csilla, son ex-petite amie. Il tente de s’impliquer davantage dans l’éducation du garçon qui est resté trop longtemps à la charge de sa mère, Ana, et veut l’aider à surpasser ses angoisses irrationnelles. Quand l’usine que Csilla dirige décide de recruter des employés étrangers, la paix de la petite communauté est troublée, les angoisses gagnent aussi les adultes. Les frustrations, les conflits et les passions refont surface, brisant le semblant de paix dans la communauté.

Avis :

Ce n’est pas souvent qu’on s’aventure dans le cinéma roumain. Il faut dire que ce dernier arrive assez rarement chez nous. Parmi les cinéastes roumains, Cristian Mungiu fait figure de très belle place, puisque le réalisateur, avec son deuxième film, « 4 Mois, 3 semaines et 2 jours« , avait raflé la précieuse Palme d’Or en 2007. Habitué du festival de Cannes, Cristian Mungiu y est revenu pour chacun de ses films, et par conséquent, chacun de ses métrages est arrivé dans nos salles obscures.

Son sixième film n’échappera pas à cette règle, puisque « R.M.N. » est présenté cette année en compétition officielle, et il en est reparti bredouille. Six ans après « Baccalauréat« , Cristian Mungiu délaisse les écoles pour nous entraîner dans un drame au fin fond de la Tasmanie.

Œuvre politique, œuvre qui fait froid dans le dos, « R.M.N. » est un film qui décrypte la montée des extrêmes en Roumaine, à travers une intrigue qui, si elle est intéressante et réserve de sacrées fulgurances, demeure aussi laborieuse à se mettre en place, ce qui fait qu’on quittera la salle de cinéma avec certes plein de scènes en tête et plein de réflexions, mais on quittera aussi la salle avec des déceptions, et le sentiment de s’être quand même bien ennuyé, voire même d’être un peu largué avec ce film des plus étranges.

Matthias est roumain et il travaille dans un abattoir en Allemagne. Un jour, il s’accroche avec son chef, ce qui le pousse à rentrer chez lui. Matthias habite un petit village perdu au fin fond d’une région assez pauvre de Roumanie, la Tasmanie. Revenu dans son village, il retrouve son ex-femme et son jeune fils. Dans le village, il y a une usine qui fait vivre plusieurs personnes, et cette usine, du moins sa dirigeante, va bientôt exaspérer certains habitants, quand cette dernière engage des travailleurs venus du Sri Lanka.

« R.M.N.« , nouveau film de Cristian Mungiu, est un film qui se faisait attirant sur le papier grâce à son sujet, la montée des extrêmes dans un petit village perdu au fin fond de la Roumanie. Cristian Mungiu a toujours su, au travers de ses films, s’orienter vers des sujets intéressants, comme les sujets de sa Palme d’or, ou encore « Baccalauréat » et « Au-delà des collines« .

Mais si le metteur en scène tient un sujet en or, malheureusement, tout ne sera pas réussi avec ce nouveau film, qui va franchement peiner à se mettre en place. Pour ce film et étayer son propos, Cristian Mungiu a réuni beaucoup de personnages et à travers eux, beaucoup de sujets et de points de vue, et si ça peut être une force (et on le verra pendant une impressionnante scène de réunion), c’est aussi sa faiblesse à plus d’un élément. La première chose qui vient à l’esprit avec ce film, c’est la façon laborieuse qu’il a de se mettre en place. Cristian Mungiu, à travers ses personnages, ne nous montre que des brides de vies et de conversations, et pendant une bonne heure, on se demande où le réalisateur veut aller.

Le montage est assez agaçant, le parti pris de son réalisateur est de même, cassant des scènes et des répliques. Bien souvent, ça se répète et au-dessus de ça, on a bien du mal à comprendre les tenants et les aboutissants, entre les peurs d’un petit garçon, les travailleurs étrangers, le comptage des ours, les histoires de couples et les petites coucheries… Bref, c’est confus et surtout, Cristian Mungiu a bien du mal à mettre son train sur ses rails.

Au milieu de ce flou va toutefois se dessiner une trajectoire, et le film va gagner en intérêt lorsqu’il va décider de s’arrêter sur un sujet, celui des travailleurs étrangers, et toutes les haines, les complots et les réunions que cela peut engendrer. Une fois beaucoup de ces pièces mises en place, Cristian Mungiu n’est vraiment pas tendre, et au détour des conversations, tire à boulets rouge sur l’hypocrisie de l’église, sur le racisme latent de certains habitants et sur le manque de courage des politiques. Si tout ne sera pas captivant, notamment à cause des errances de son réalisateur, « R.M.N. » tient toutefois des moments assez incroyables. Des moments lourds, puissants, voire même terrifiants.

Franchement, une scène de réunion de village est très marquante et révoltante, avec cette parole qui se libère et toutes les peurs, les angoisses, les hypocrites et les intolérances qui explosent d’un coup, ce qui rappelle alors la violence d’une foule en colère, et remet certains curseurs en place. On notera aussi que le réalisateur évoque beaucoup la cohabitation au sein de cette région, entre les Roumains et les Hongrois, ce qui peut expliquer certaines choses, et de manière générale aussi, ça raconte beaucoup, ça apporte beaucoup et c’est intéressant.

Après, cet état de grace ne durera malheureusement pas, et après une deuxième partie qui s’enflamme, Cristian Mungiu se dirige vers une fin troublante. Une fin dont on a bien du mal à en comprendre quelque chose réellement. Certes, la dernière scène peut être libre d’interprétation, et elle est plus complexe qu’elle en a l’air, mais tout ce qui va amener à cette dernière scène est difficilement compréhensible et ça nous laisse sur le carreau, ce qui est dommage.

Cette incompréhension vient aussi du fait qu’on a bien du mal à saisir (et ça sur tout tout le film), quel est le personnage principal, tant il y a trop de personnages. Puis derrière ça, si dans son ensemble le film est plutôt bien tenu par des acteurs qu’on se plaît à découvrir, Marin Grigore, qui tient le rôle de Matthias, est assez inexpressif, ce qui est très étrange, et rend le personnage assez fade et peu attachant.

Le nouveau film de Cristian Mungiu se pose donc comme une déception. Une déception qui est malgré tout très intéressante dans ce qu’elle raconte, car après sa première heure laborieuse et trop longue, le réalisateur offre un film intense et révoltant qui fait froid dans le dos. Une deuxième partie qui traite de l’intolérance, de l’hypocrisie, qui parle des complots et dressant les mêmes propos qu’on peut entendre chez nous et ne serait-ce que pour cette deuxième partie, et tout ce qu’elle peut procurer en émotions et débats, « R.M.N. » mérite qu’on s’y intéresse et qu’on affronte son début et sa fin (quoi que sa fin, on peut s’en faire un avis).

Note : 11/20

Par Cinéted

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