novembre 26, 2022

Hocus Pocus 2 – Mauvais Sort

De : Anne Fletcher

Avec Bette Midler, Kathy Najimy, Sarah Jessica Parker, Doug Jones

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

Les horribles sœurs Sanderson sont de retour ! Dans cette nouvelle aventure, le trio infernal – tout droit surgi du XVIIe siècle et assoiffé de vengeance – va une fois de plus s’acharner sur la ville de Salem. Mais en cette veille de Toussaint, trois courageux lycéens vont tenter le tout pour le tout pour empêcher ces sorcières en furie de ravager la ville…

Avis :

S’il y a bien quelque chose de très gênant chez Disney, c’est sa faculté de jouer sur la fibre nostalgique, tout en essayant, avec cynisme, d’engranger un maximum de blé. A l’heure où sa plateforme de streaming marche bien, notamment grâce au catalogue Disney et Marvel, la boîte aux grandes oreilles se décident à faire des remakes live et de suites, afin de surfer sur des longs-métrages passés plus ou moins cultes pour certains. Il suffit de voir les derniers projets en date, avec notamment Pinocchio de Zemeckis, ou encore cette suite inattendue et inutile de Hocus Pocus. Sortie en France en 1994, cette comédie fantastique a eu son petit effet, notamment auprès des jeunes de l’époque, jusqu’à devenir un film presque générationnel. Aujourd’hui tombé un peu en désuétude (et on comprend pourquoi si on le découvre maintenant), il semblerait que Disney ait mis des billes dans un nouveau projet.

Alors certes, on peut déjà se réjouir de ne pas découvrir un remake avec de nouvelles actrices. Il faut dire qu’elles sont le sel même du premier opus, et il était presque impensable de mettre quelqu’un d’autre. De ce fait, Disney mise sur la suite. Une suite qui va devoir trouver une bonne raison d’exister, tant le film originel se suffit à lui-même. Et c’est à partir de là que l’on va voir que niveau scénario, on est très loin du compte. Le film démarre comme une origin story, avec la jeunesse des trois sœurs et comment elles sont devenues sorcières. L’idée est bonne et intéressante, jouant en plus sur la place de la femme dans la société. On y voit une jeune femme qui est forcée de se marier avec un garçon qu’elle n’aime pas, et fuit avec ses sœurs dans un bois interdit. C’est malin.

Mais le film ne va pas s’en tenir qu’à ce pitch. Une fois l’introduction passée, on se retrouve de nos jours, à Salem, en plein Halloween. On va y trouver trois amies où la complicité est mise à mal à cause d’un petit ami débile et de non-dits. Bref, le film va tenter d’explorer les limites de l’amitié auprès d’adolescentes en plein changement, rien de bien neuf là-dedans. Les deux amies qui restent ensemble décident alors de faire un petit rituel dans les bois, mais par mégarde, elles font revenir les trois sœurs, qui décident de tuer le maire de la ville, ancêtre du prélat qui les a fait fuir dans les bois. Vont alors s’en suivre des quiproquos, des situations ubuesques et une volonté de renvoyer ces sorcières loin de Salem. Encore une fois, on sent que les scénaristes ne se sont pas foulés.

Le problème avec cette histoire, c’est qu’elle brasse beaucoup de vide. Le démarrage est cahoteux et on ne sait pas très bien où le film veut nous amener. On va de sketch en sketch, on a parfois un soupçon de comédie musicale (au secours !), mais les enjeux sont très minces et ils ne sont jamais renouvelés ou bien reconduits sur autre chose. En gros, les sorcières sont méchantes, elles veulent se venger avant de partir à nouveau, jusqu’à ce qu’elles découvrent un sort interdit pour devenir encore plus puissantes. Ce n’est pas vraiment intéressant, et le seul thème vraiment travaillé concerne l’amitié. Une amitié entre trois copines qui trouvent des résolutions différentes. Pour les jeunes, elles rendent compte qu’elles peuvent compter les unes sur les autres. Pour les vieilles, elles se rendent compte qu’elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre. C’est malheureusement trop téléphoné et classique.

Alors on aurait pu avoir l’espoir de se rattraper sur les effets comiques, qui se retrouvent dans l’écriture de l’histoire, mais aussi dans les situations. Mais là, c’est clairement la douche froide. On sent que cette suite a été écrite pour des gamins qui n’ont pas plus de dix ans. Par exemple, la visite du centre commercial où les trois sorcières bouffent des crèmes anti-âges pensant que cela contient des âmes d’enfant, on est à deux doigts d’un film de Jean-Marie Poiré. Le coup des balais volants où l’une des sorcières utilise deux robots aspirateurs, c’est d’une nullité crasse. Et même le coup de ces mêmes machines qui vont aider les sorcières à se sortir d’un piège, on est proche d’une blague potache d’une série Disney pour enfants. Il ne manquait plus que les rires enregistrés.

Mais le pire dans tout ça réside clairement dans la mise en scène. On se fout ouvertement de notre gueule. Si le script trouverait sa place dans un épisode des Sorcières de Waverly Place, il en va de même pour la réalisation. C’est bien simple, il n’y a aucun plan sympathique, il n’y a aucune recherche du beau ou du macabre. Tout fait faux, tout pue le fake à plein nez, à l’image de cette pleine lune en arrière-plan qui ressemble à un vieux drap tiré en arrière de plateau. De plus, les effets spéciaux sont complètement désuets et desservent le film. Déjà que ça ne volait pas bien haut, c’est encore pire. Anne Fletcher, qui n’est pourtant pas une manche, n’arrive pas à se détacher d’un visuel enfantin et cheap, pour tenter d’offrir des plans plus jolis, ou tout du moins plus inspirés.

Finalement, le seul et unique bon point du film réside dans la forme olympique de Bette Midler. L’actrice en vole la vedette à tout le monde et retrouve un rôle qui lui colle à la peau. A ses côtés, Kathy Najimy et Sarah Jessica Parker ne sont que des faire-valoir, mais elles restent dans leur rôle de l’époque et semble prendre un malin plaisir. Mais le casting est en total déséquilibre avec les nouvelles actrices, qui sont fades et ne dégagent absolument aucun charisme. Il faut dire que leurs personnages sont insipides à souhait, et rien n’est fait pour les rendre plus sympathique. En fait, les personnages sont peu travaillés, et on ne ressent aucune empathie pour eux. Triste constat qui renvoie à une écriture au rabais, sans enjeu, sans thème et sans protagoniste fort.

Au final, Hocus Pocus 2 est une abominable suite. Non seulement elle ne sert à rien, mais en plus de cela, elle pue le cynisme à plein nez, avec une volonté de surfer sur un succès qui a aujourd’hui près de trente ans. Ça veut draguer un nouveau public plus jeune, en le prenant pour un débile avec des blagues potaches, et ça tente vainement de séduire les fans de la première heure en reprenant les codes du premier métrage. Mais quand c’est fait avec si peu de passion, ça se voit à l’écran, et Disney échoue dans sa tentative d’un revival de toute façon mort-né.

Note : 04/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.