novembre 30, 2022

Assassin’s Creed Origins

Résumé :

Le titre vous fait visiter les terres mystérieuses de l’Egypte antique dans la peau de Bayek, nouveau héros d’un épisode nous dévoilant les origines de la création de la confrérie des assassins.

Avis :

Au même titre que Call of Duty et d’autres franchises au succès international, Assassin’s Creed a souffert d’une annualisation de sa formule. Imposant un schéma par trop similaire aux joueurs et des contraintes éditoriales toujours plus difficiles à tenir pour les développeurs, les derniers opus en date n’ont guère convaincu. Pire, la saga qui voit s’opposer assassins et templiers démontrait de grands signes de fatigue tant sur le fond que sur la forme. D’intrigues décevantes en titres perclus de bugs, le concept d’open-world historique n’encourageait guère à une exploration poussée de périodes pourtant non dénuées d’intérêt. Preuve en est avec le Paris révolutionnaire ou le Londres victorien avec les derniers opus en date.

La première impression n’est pas forcément la bonne…

Avec Assassin’s Creed Origins, Ubi Soft semble conscient de ses erreurs. D’une part, on oublie le modèle économique d’un jeu par an, proprement intenable pour fournir des productions qui concilient ambitions et qualités. D’autre part, on s’oriente vers l’action-RPG et non vers l’action/aventures. De plus, ce nouvel opus marque une incursion plus approfondie dans la genèse de l’histoire ; celle de la saga, comme celle des époques dépeintes. À ce titre, ne dit-on pas que la civilisation égyptienne fut l’une des premières à être qualifiée comme telle ? Les développeurs font donc table rase des errances passées, quitte à prendre des risques et à déstabiliser, du moins dans un premier temps.

En effet, la première heure constitue une véritable découverte. Une fois n’est pas coutume, les novices auront davantage de facilités à appréhender cette nouvelle approche que les joueurs familiers de la saga. Cela tient tout d’abord à ce mode de combat totalement repensé qui oublie le système de contre-attaques. De prime abord, on a l’impression que la démarche perd en subtilité, que l’on se calque sur d’autres action-RPG en reniant ce qui faisait la force des anciens titres. Cet état de fait n’est pas forcément contredit par la suite, mais il se nuance par une orientation artistique et des choix de gameplay assumés ; qu’ils plaisent ou non.

L’art d’apprendre à tuer (de nouveau)

L’un des grands changements initiés par Assassin’s Creed Origins est donc de repenser entièrement les fondamentaux des combats. On dispose d’un système de blocage, pas toujours très fluide pour les affrontements avec plusieurs adversaires. Le joueur doit aussi faire la distinction entre les coups lourds (lents et dangereux) et légers (plus rapides, mais moins forts). Au regard de la vitesse des ennemis, la seconde approche est souvent la plus efficace pour ne pas leur laisser le temps de répliquer. Toutefois, les combos ne peuvent s’enchaîner indéfiniment, obligeant à faire preuve d’un minimum de stratégie pour ne pas subir de contre-attaques. Certes, les aptitudes sont améliorables.

Cependant, l’équipement et le choix des armes présentent un rôle non négligeable dans l’issue d’une bataille. Le joueur a la possibilité de privilégier les joutes au corps-à-corps, les éliminations à distance grâce au tir à l’arc ou les assassinats furtifs. Ce dernier point n’a que peu évolué avec les exécutions aériennes ou lorsqu’on se dissimule dans de hautes herbes ou un chariot de pailles. À ce titre, l’intelligence artificielle demeure à un stade basique où les ennemis rivalisent de stupidité ou de clairvoyance dans des situations passablement contradictoires. Un défaut majeur qui n’est pourtant pas endémique à la saga d’Ubi Soft, mais généraliste à l’industrie vidéoludique depuis près d’une vingtaine d’années.

Un pied dans l’action-RPG : une évolution sensible d’Assassin’s Creed

Comme évoqué précédemment, la saga phare d’Ubi Soft s’insinue dans l’action-RPG. Cette évolution du genre est significative dans le gameplay, comme le système de combats, mais aussi au niveau de la gestion de l’inventaire et des équipements. Les menus sont clairs et ergonomiques pour personnaliser l’arsenal, améliorer le matériel de protection ou optimiser les aptitudes via une arborescence dédiée. Pour ce dernier point, on peut privilégier les compétences d’attaque, d’assassinat à distance ou de furtivité. Sans être innombrables, les possibilités offrent un large panel de facultés.

L’action-RPG implique également plusieurs activités principales et secondaires. En cela, on apprécie la variété proposée pour maintenir l’intérêt. À titre d’exemple, on peut évoquer des investigations dédiées à des crimes rituels, une assistance aux factions rebelles, la fouille de pyramides et d’anciennes ruines ou encore l’exécution de personnalités peu scrupuleuses. À cela s’ajoutent des parties de chasse indispensables pour améliorer son équipement, la recherche d’artefacts et la libération de zones occupées par l’ennemi. La map et les régions à visiter sont aussi vastes que conséquentes.

Un open-world au temps des pharaons…

Cela n’est pas une surprise, Assassin’s Creed est réputé pour la constance qualitative de ses reconstitutions historiques. L’immersion en plein cœur de l’Égypte est proprement saisissante. Non seulement on profite d’une cohérence géographique réelle, mais la disparité des lieux et des paysages s’éloigne de la sempiternelle image désertique ou du symbole des pyramides de Gizeh pour illustrer le pays des pharaons. En l’occurrence, la luxuriance des berges du Nil permet l’émergence d’un véritable écosystème, y compris avec sa faune locale ; prédateurs, comme gibiers.

De zones marécageuses à proximité de palmeraies, en passant l’aridité du désert et ses reliefs abrupts, les panoramas se suivent et ne se ressemblent pas. On peut aussi apprécier la découverte de petits villages typiques, puis de grandes villes où le faste des rues côtoie des sites à l’architecture démesurée. De même, on retrouve dans certaines contrées l’influence de la civilisation romaine. Dans un cas, comme dans l’autre, on distingue ces espaces publics prompts aux échanges culturels, politiques et religieux. Pour parfaire le travail, il est possible de naviguer sur le Nil ou de plonger dans ses profondeurs en quête de quelques trésors engloutis. En somme, le concept d’open-world dans toute sa richesse.

Mort(s) sur le Nil

En ce qui concerne l’intrigue, Assassin’s Creed Origins privilégie la simplicité et la sûreté. Le joueur n’a guère droit à de potentielles révélations sur la secte des assassins. La création de cette dernière reste en filigrane et ne prend qu’une signification toute symbolique en guise d’épilogue. Dans le même ordre d’idées, on s’interroge toujours sur la pertinence des intermèdes contemporains. On a beau changer de protagonistes, ces incursions sont clairement dispensables et surfaites. Elles n’apportent strictement rien à l’intrigue globale ou celle qui occupe Bayek.

Cette dernière s’avance comme une quête de vengeance et de drame familial tout ce qu’il y a de plus commun. Certes, elle demeure bien intégrée au contexte, ainsi qu’à certains évènements historiques. L’intrication entre fiction et réalité est maîtrisée. Pour autant, l’enchaînement des contrats et les jeux de faux-semblants politiques sont convenus au possible, renforçant le sentiment de prévisibilité. Une fois n’est pas coutume, ce sont les missions secondaires qui apportent un minimum de variété pour maintenir l’intérêt, et ce, même s’il est nécessaire de faire du leveling pour progresser dans le récit principal.

Un séjour de longue haleine en Égypte antique

En règle générale, la franchise n’a jamais été avare en ce qui concerne la durée de vie. Assassin’s Creed Origins passe néanmoins au niveau supérieur. La seule quête principale nécessite une trentaine d’heures pour en voir le bout. Cependant, ce simple aspect du titre occulte une bonne partie de l’atmosphère et du potentiel du jeu. En se contentant de cette unique perspective, de nombreuses zones et régions demeurent ignorées. Certains éléments narratifs secondaires, sans être indispensables, amènent toutefois à des clefs de compréhension inédites quant aux motivations et réactions des différents intervenants.

On l’a vu précédemment, le contenu annexe est pour le moins dense. Entre l’amélioration des équipements, la recherche de trésors, l’accomplissement des missions annexes, l’exploration pour obtenir de nouvelles activités, l’aventure nécessite environ 70 à 80 heures de jeu pour en faire le tour. Cela sans compter sur la découverte d’armes légendaires, les incursions souterraines des tombeaux ou les extensions pour s’insinuer davantage dans la mythologie égyptienne. Mention spéciale à cette quête annexe qui propose un furtif et néanmoins surprenant crossover avec… Final Fantasy XV !

En conclusion…

Bien souvent avancé comme « l’épisode de la résurrection » pour la franchise, Assassin’s Creed Origins ne démérite pas pour repenser les fondamentaux initiés jusqu’alors. En priorité, cela tient au changement de genre ou à un nouveau système de combat qui, il est vrai, peut manquer de subtilité. Auparavant, un tel changement de cap se résumait à la présence de batailles navales et ajouts plus ou moins artificiels. Quitte à décontenancer aux premiers abords, cette prise de risque s’avère payante pour offrir une expérience sensiblement différente que celle de ses prédécesseurs. On songe à l’exploitation pleine et entière du concept d’open-world pour donner corps à un monde vaste et cohérent.

La direction artistique est particulièrement flatteuse pour dépeindre aussi bien des contrées désertiques que les berges luxuriantes du Nil, sans oublier les grandes cités de l’époque, dont Alexandrie. Le contexte historique est également décrit avec rigueur. Les développeurs proposent une vision exhaustive et immersive de l’Égypte antique. Pour ne rien gâcher, la durée de vie est à la hauteur des enjeux, tandis que l’incursion ne pâtit plus de bugs en pagaille. Hormis un récit facile et un gameplay qui manque de sensations dans certains affrontements et dans les phases d’escalade, on tient là un opus des plus recommandable. Ou comment tirer un trait sur les maladresses du passé…

Note : 15/20

Par Dante

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