août 10, 2022

Vol au-dessus d’un Nid de Coucou

Titre Original : One Flew Over the Cuckoo’s Nest

De : Milos Forman

Avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Brad Dourif, Christopher Lloyd

Année : 1976

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Randle P. McMurphy se fait interner pour échapper à la prison. Il va être touché par la détresse et la solitude des patients. Très rapidement, il comprend que l’infirmière en chef, Mlle Ratched, a imposé des règles strictes et entend bien les faire respecter. Il décide alors de révolutionner ce petit monde, plutôt au départ par jeu.

Avis :

Les romans à succès sont souvent le point de départ d’adaptations cinématographiques. Il faut dire que les sorties littéraires sont si nombreuses, que c’est une manne inépuisable pour les scénaristes. En 1962, Ken Kesey sort son roman Vol au-dessus d’un Nid de Coucou. Le succès est immédiat, à un tel point que les adaptations théâtrales vont fleurir un peu partout, notamment une avec Kirk Douglas dans le rôle principal. Possédant les droits pour en faire un film, c’est finalement son fils, Michael Douglas, qui va mettre la casquette de producteur pour porter l’histoire dans les salles obscures. On connait bien évidemment la destinée incroyable de ce film, qui va rafler cinq Oscar en 1976, dont les prix les plus prestigieux : meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure adaptation et meilleur réalisateur pour Milos Forman. Mais aujourd’hui, plus quarante ans plus tard, le film est-il toujours ce chef-d’œuvre intemporel ?

L’histoire suit l’entrée de R.P. McMurphy dans un hôpital psychiatrique. Ce dernier est considéré comme un prisonnier fainéant et il doit faire l’objet d’une enquête pour savoir s’il est fou. Très rapidement, il s’attire la sympathie des patients de l’hôpital, à un tel point qu’il devient une sorte de modèle à suivre. Faisant face à une infirmière très stricte et sans compassion, il essaye de faire changer les choses pour les malades, jusqu’à les faire fuir pour vivre une belle aventure. Vol au-dessus d’un Nid de Coucou est une histoire qui s’inspire de la vraie vie de l’auteur, Ken Kesey, qui travailla dans un hôpital. Dès lors, on comprend assez rapidement que les méthodes que l’on va voir pour « guérir » les patients sont assez proches de la réalité, et cela fait froid dans le dos. Et c’est d’ailleurs là que le film gagne des galons.

Car si les personnages ont tous une importance capitale dans le développement de l’histoire, ce qui frappe dans le film, c’est la façon rigide dont sont traités les malades. On dirait plus des prisonniers qu’autre chose. Entre des groupes de discussion qui n’amène à rien, des horaires immuables, de la sur-médicamentation ou encore des électrochocs pour les plus récalcitrants, on plonge dans un enfer médical. La mise en scène, assez clinique lorsque ça se passe dans l’hôpital (le film a vraiment été tourné dans un hôpital psychiatrique avec de vrais malades) renforce un sentiment d’insécurité, de fermeté et forcément d’inéluctabilité sur l’avenir des personnages. Comment peuvent-ils se sortir de cette situation si rien ne leur permet d’avoir plus confiance en eux ? Plus de quarante ans plus tard, le film de Milos Forman est diablement intelligent sur le constat de méthodes médicales plus que douteuses.

Bien sûr, tout cela ne serait aussi fort sans des personnages attachants et empathiques. Et avant de citer McMurphy, la plaque tournante de la révolution qui va se mettre en marche, il faut citer tous les malades et leurs différents troubles. On peut citer Martini (Danny DeVito), un homme souriant, affable, mutique, mais qui dégage une sympathie extrême. Comment ne pas nommer Billy (formidable Brad Dourif), ce jeune homme timide, qui ne souhaite qu’un chose, tomber amoureux. Taber (Christopher Lloyd) peut faire peur de prime abord, alors qu’il ne veut que vivre une vie exaltante, ne créant de danger pour personne. Bref, tout ce petit monde trouve bien sa place et va créer une atmosphère presque festive au sein d’un établissement austère. Austère de par la présence de l’infirmière Mildred Ratched (Louise Fletcher), qui croit dur comme fer en ses méthodes et refuse de se remettre en question.

Cependant, il y a deux personnages qui vont ajouter une plus-value émotionnelle incroyable au film. Ce sont bien évidemment R.P. McMurphy, joué par un Jack Nicholson incroyable, et Big Chief, joué par Will Sampson. Ce dernier joue un amérindien massif, que l’on croit sourd et muet, mais qui cache bien son jeu. La révélation de sa supercherie est un moment culte, et la fin du film va nous tirer des larmes, de par les choix de ce personnage atypique. Mais la plus grande force du film, c’est tout simplement de rendre un pédophile notoire (si McMurphy va en taule, c’est qu’il a couché avec une gamine de 15 ans) sympathique, voire même incroyablement touchant. Il sera le rayon de lumière dans cet hôpital, créant le désordre pour le plus grand bien de tous les patients.

Un bien qui se traduit par une transgression permanente des règles. Certes, McMurphy est un perturbateur notoire, et il fait surtout des choix pour lui-même, mais cela ne l’empêche pas d’amener avec lui ses nouveaux amis et de leur faire le plus grand bien. La sortie en mer est l’exemple le plus flagrant, où malgré la folie douce qui habite tous les personnages, ils en ressortent ravis, sans aucune esclandre ou crise de folie. Milos Forman s’évertue alors à montrer que malgré des règles strictes, rien ne vaut le rêve et le retour à une vie trépidante. Et il montre aussi que nous sommes toujours le fou de quelqu’un. Lors du voyage en bus, on voit bien que les gens en dehors de l’hôpital ne sont pas nets, à l’image de ce couple qui regarde la télé à travers la vitrine d’un magasin d’électroménagers.

De même, avec une belle finesse d’écriture, le réalisateur va montrer que pour soigner les gens, il faut les rendre heureux, ce que se refuse à faire Ratched, persuadée de sa méthode protocolaire. Son échec ne sera que plus frappant à la fin de l’histoire, lorsqu’elle découvre la fête qui a eu lieu dans l’hôpital, et le jeune Billy dans un lit avec une femme. Celui-ci, alors bègue, ne bégaye plus, retrouvant une assurance et une joie de vivre, qui sera détruite en quelques secondes par les menaces de cette infirmière frustrée. La prestation des acteurs est folle, et la fin, dramatique, viendra nous tirer les larmes. Difficile de faire plus touchant que le destin de McMurphy, Big Chief ou Billy, des vies brisées par des mauvais choix et de mauvaises rencontres, qui ne feront rien pour arranger les choses.

Au final, Vol au-dessus d’un Nid de Coucou n’a pas pris une ride malgré le temps qui passe, et on le sait, l’intemporalité d’une œuvre fait que c’est un chef-d’œuvre. Les thèmes sont toujours d’actualité, et l’écriture des personnages est d’une telle finesse, qu’il ne faut pas avoir de cœur pour ne pas succomber à tous ces malades sympathiques. Véritable tour de force de Milos Forman, offrant une mise en scène inspirée et innovante, ce film fait partie des grands films qui n’ont pas volé leur renommée, ni leur moisson de récompenses. Et dire que l’auteur du roman s’est toujours refusé de le regarder à cause du point de vue narratif, différent du sien…

Note : 20/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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