octobre 6, 2022

Sherlock Holmes et la Bête des Stapleton – James Lovegrove

Auteur : James Lovegrove

Editeur : Bragelonne

Genre : Policier

Résumé :

1894. Voilà cinq ans que le monstrueux chien des Baskerville et son maître, le naturaliste Jack Stapleton, sont morts. Sir Henry Baskerville vit heureux dans son manoir ancestral avec son épouse Audrey et leur fils.
Du moins jusqu’au jour où l’on retrouve sur la lande le corps exsangue d’Audrey. Une nouvelle créature démoniaque hanterait-elle le Dartmoor ? Lorsqu’on les appelle à la rescousse, Sherlock Holmes et le Dr Watson sont confrontés à une véritable créature de cauchemar. Il semblerait que Jack Stapleton ait survécu et qu’il soit décidé à se venger…

Avis :

Dans le canon holmésien, Le Chien des Baskerville s’avère l’une des enquêtes les plus connues du détective de Baker Street. Emblématique de ses talents de déduction, ce roman s’avance également comme un véritable bijou d’atmosphère pour s’immerger en plein cœur du Dartmoor. À la lisière du surnaturel, l’ouvrage a fait l’objet d’un grand nombre d’adaptations, tout support culturel confondu. S’il est toujours délicat d’écrire dans le sillage d’Arthur Conan Doyle, présenter une suite à cette histoire se révèle ambitieuse à bien des égards. Après Les Dossiers Cthulhu et Sherlock Holmes & le démon de Noël, James Lovegrove s’y attelle avec force et conviction.

Sherlock Holmes & la bête des Stapleton se déroule cinq années après la première enquête. Afin de ne pas perdre des lecteurs qui ne connaîtraient pas Le Chien des Baskerville, l’entame s’avance comme une synthèse de luxe. On y évoque tout d’abord la finalité et la résolution de l’affaire avant de revenir plus en détail sur certains points clefs. Ce rappel est laborieux dans le sens où il supplante la présentation de nouveaux éléments perturbateurs. Certes, une mise en contexte demeure essentielle. Pour autant, elle fait ici office de remplissage et n’a pas de réelle utilité pour ce qui va suivre. En effet, l’auteur use des mêmes ficelles et d’un schéma narratif trop similaire à son modèle littéraire.

Cela ne tient pas seulement à un pauvre quidam qui vient requérir l’aide du détective privé, mais à une redite de la précédente enquête sur les deux tiers du présent ouvrage. On inverse seulement les rôles où, cette fois-ci, Sherlock se rend sur place et Watson demeure à Londres. À ce titre, la transition est mal amenée et la formulation de certains passages laisse à penser que Watson fait partie du voyage alors qu’il n’en est rien. En réalité, Holmes lui narre son périple et insère quelques intermèdes de ses conversations à son retour. Cette approche reste confuse et maladroite à plus d’un titre, sans compter qu’elle nuit considérablement à l’immersion par de fréquentes coupures.

Il est vrai qu’on apprécie toujours autant l’ambiance qui émane des landes du Dartmoor, de la propriété des Baskerville et, plus généralement, de la campagne anglaise. Sans être surprenante ou d’une subtilité folle, l’intrigue se laisse suivre sans déplaisir. On n’échappe toutefois pas aux interrogations de circonstances ou aux inspections des alentours. Il n’en demeure pas moins un rythme constant et équilibré. Il est d’autant plus regrettable que la « nouvelle » bête ne suscite pas autant d’ambiguïté dans sa véritable nature. Bien que présent, l’aspect paranormal des faits reste superficiel. En l’occurrence, ce n’est pas la finalité des explications qu’on peut reprocher à l’histoire, mais cette volonté de ne pas entretenir le doute.

Puis, aux deux tiers du livre, on change radicalement de ton pour s’orienter vers un périple au Costa Rica. Avant de se retrouver sur les terres d’Amérique latine, on nous dépeint une croisière houleuse dans tous les sens du terme. À l’image du récit épistolaire dans Sherlock Holmes & les monstruosités du Miskatonic, cette coupure interpelle quant à son véritable objectif. Les intrigues secondaires ne présentent que peu d’importance, tandis que la destination n’amène pas à de nouvelles investigations, mais à un dénouement peu vraisemblable et trop spectaculaire. Les éléments de résolution sont simplistes, sans oublier une ultime confrontation tonitruante qui prête plus à sourire qu’elle n’apporte de tension.

Au final, Sherlock Holmes & la bête des Stapleton n’est pas le digne successeur du Chien des Baskerville. Sans pour autant être un mauvais roman, le récit de James Lovegrove manque cruellement d’originalité et pâtit d’une histoire aux intentions contradictoires. D’un côté, on retrouve une construction narrative semblable à son modèle avec plusieurs maladresses. L’atmosphère est au rendez-vous, mais il n’y a rien de foncièrement surprenant. De l’autre, on s’écarte totalement de l’esprit du livre d’Arthur Conan Doyle pour nous convier à une dernière incursion exotique, hors de propos, voire alambiquée à certains égards. Il en ressort un ouvrage inconstant et néanmoins distrayant qui se distingue essentiellement par cette nouvelle excursion dans la région du Dartmoor. Quant à estimer si le voyage en valait la peine…

Note : 11/20

Par Dante

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