mai 26, 2024

Ring – Koji Suzuki

Auteur : Koji Suzuki

Editeur : Pocket

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Kazayuki Asakawa déglutit, les yeux rivés sur l’écran de télévision. Au fond de lui-même, il sait que c’est vrai, que ce n’est ni une plaisanterie, ni une menace en l’air.
Il sait que les quatre adolescents, dont sa propre nièce, qui ont regardé ensemble la cassette vidéo avant lui sont morts. Juste au même moment.
S’il veut survivre, il lui faut comprendre d’où vient cette cassette, le sens de ces images énigmatiques et inquiétantes, de cette malédiction absurde.
Et il ne lui reste plus que sept jours. Même moins de sept jours !
Et pas la moindre piste…

Avis :

La plupart des films qui sortent chaque année sont issus de romans qui ont eu plus ou moins de succès, ou tout du moins qui ont plu à un scénariste qui trainait dans le coin. Et si on a souvent tendance à succomber au spectre de la fainéantise en regardant le film plutôt que lire le roman, il est bon, parfois, de pouvoir comparer les deux. Ce qui amène souvent à un drame, et à une réflexion étrange en fonction de ce que l’on a vu/lu en premier. Les amateurs de pages diront que le film n’est pas fidèle, voire pourri, alors que les addicts à l’écran trouveront le livre peut-être moins intéressant, ou moins punchy. C’est là toute la distance qu’il faut savoir prendre entre deux œuvres qui s’inspirent du même matériau de base, mais qui ont des visions différentes, celle d’un auteur, et celle d’un réalisateur.

Prenons un exemple concret et parlant, Ring. Lorsque l’on en parle comme ça, la plupart des gens vous citeront le film d’Hideo Nakata, et non pas l’œuvre de Koji Suzuki, ce qui peut se comprendre vu le succès monstre du long-métrage, qui amènera dans son sillon une vague de j-horror, comprenez des films d’horreur avec des fantômes venant du Japon. Pour autant, il est toujours intéressant de voir les différences qu’il y a entre le film, très réussi, et le roman, qui fut un best-seller lors de sa sortie en 1991, et verra ses ventes boostées sept ans plus tard grâce au film. Car on tient là deux œuvres qui prennent le même matériau de base, mais qui usent d’axes différents pour raconter la même histoire, celle d’un journaliste qui se retrouve victime d’une malédiction se trouvant dans une VHS et qui serait le fait de Sadako Yamamura.

Si le film est une pure œuvre horrifique, jouant constamment avec les textures et les sonorités, le roman va partir vers autre chose, faisant la part belle à l’enquête d’Asakawa pour s’en sortir et sauver sa peau ainsi que celles de sa femme et de sa fille. Assez loin de toute horreur frontale comme pourrait le proposer Graham Masterton (par exemple), on est ici centré sur un personnage qui va effectuer une course contre la montre afin de ne pas mourir dans d’atroces souffrances. Ainsi, Asakawa va s’acoquiner d’un ami, Ryuji, avec lequel il va étudier des pistes, chercher des réponses et faire des corrélations avec un passé étrange, aussi bien autour d’une famille que de l’histoire même du Japon. De ce fait, la peur va prendre différentes formes pour cet homme qui cherche à sauver sa peau et celle de sa famille par la même occasion.

La structure même du roman est faite pour que l’on soit au plus près d’Asakawa et le petit problème qui se pose, c’est que l’on ne va pas ressentir de l’empathie pour le personnage. Il est assez simpliste, mais il est aussi assez égoïste, et certaines de ces réactions sont assez pénibles. D’ailleurs, il n’hésite pas à mettre en danger certains de ses camarades pour l’aider dans son enquête, et cela démontre un aspect un peu puant. De plus, le style de Koji Suzuki est assez particulier, très clinique, assez froid, et il dresse parfois des correspondances bizarres, comme mettre en lien la malédiction avec un virus qui se propage et contamine d’autres gens, ou encore les cas de variole, maladie qui fit des ravages au Japon. On ne voit pas bien le rapport avec l’enquête, ou encore le passé de Sadako, qui restera de toute façon lugubre.

De même, certains passages auraient pu être plus intéressants, plus maladifs, plus protéiformes. A titre d’exemple, les éléments qui se suivent sur la VHS sont bizarres, décousus, mais il manque un aspect plus frontal, plus rentre-dedans. Le problème vient sûrement du fait qu’avec le film, le travail autour du son est tellement important que lorsque l’on lit le livre, il manque cette sensation. Cependant, Ring n’est pas un roman raté, loin de là, car il pose un constat sur un pays en changement, qui efface son passé pour construire de nouveaux loisirs, et qui a encore du mal dans le relationnel. Les rapports homme/femme sont souvent troubles, avec une société patriarcale qui impose le silence des femmes, alors même que les hommes font des choses affreuses. Sadako n’est-elle pas le fruit d’une haine irréversible envers les hommes, et notamment ceux qui cachent leur mauvaise nature.

Au final, Ring, le roman, est très loin du film, ou tout du moins, il est différent dans le sens où il se focalise sur l’enquête d’un homme pour se sortir d’une malédiction, et non sur une malédiction qui va faire plusieurs victimes. D’ailleurs, Sadako est réduite à une sublime femme androgyne possédant les deux sexes, et non pas un yurei aux longs cheveux noirs, atténuant dès lors son aspect horrifique. Koji Suzuki est plus sur un thriller fantastique que sur de l’horreur et cette vision de l’histoire est tout aussi intéressante que celle d’Hideo Nakata, montrant que l’on peut traiter le même sujet avec des regards bien différents.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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