mai 25, 2022

Ernetti et le Voyage Interdit

Auteur : Roland Portiche

Editeur : Albin Michel

Genre : Polar

Résumé :

Un message menaçant le pape est capté par les radioastronomes. Inquiet, Jean-Paul II confie au père Ernetti, créateur d’une machine révolutionnaire qui permet de voir dans le passé, une mission presque impossible : revenir au commencement de l’univers, il y 13,8 milliards d’années !
Mais en plongeant dans la spirale du temps, Pellegrino Ernetti se confronte à des énigmes inquiétantes : si le Big Bang n’était qu’une porte ouverte sur d’autres mondes ? Si, à force de chercher Dieu, il finissait par le trouver là où jamais il ne l’aurait imaginé ? Et si le pape était menacé par la pire des conjurations ?
Avec l’aide du célèbre physicien Stephen Hawking, et accompagné par sa complice israélienne Natacha, agent du Mossad, le père Ernetti entreprend un fabuleux voyage qui va le mener de la préhistoire à la naissance de la Terre et de l’univers.

Avis :

Avec La Machine Ernetti, Roland Portiche proposait une intrigue aussi curieuse qu’originale ; le tout inspiré d’une histoire vraie. S’ensuivit un second tome, moins surprenant et néanmoins recommandable en matière de divertissement et de qualités narratives. Quant au concept de voir dans le temps (et non de voyager), il demeure intéressant, car il permet de rester ancré dans un cadre rationnel, à la lisière de la science-fiction. Si le premier volume n’appelait pas forcément une suite, cette dernière s’avérait correcte et appréciable dans ses intentions. Au sortir de ce nouveau succès, l’auteur poursuit sur sa lancée avec une troisième itération : Ernetti et le voyage interdit.

De prime abord, le prétexte laisse dubitatif par rapport à ses prédécesseurs. En effet, le message d’outre-espace évoque un avertissement qui ne fait l’objet d’aucune ambiguïté. Pour autant, il se révèle le déclencheur de l’élément perturbateur. Le problème sous-tend une considération paradoxale où l’on se demande si l’intervention d’êtres venus d’ailleurs est la seule cause envisageable. À moins qu’elle implique les velléités toutes humaines à repousser les frontières de la connaissance. Au vu des évènements passés et du caractère du père Ernetti, le propos paraît ironique, presque fataliste puisqu’il aurait suffi de conserver le silence pour ne pas arriver à une telle résultante.

Certes, il n’y aurait pas eu d’histoire, mais celle-ci pâtit immédiatement d’un manque de crédibilité. De même, le principal objectif est de communiquer avec ces interlocuteurs, non à se focaliser sur une période ou un fait précis. Il y a bien l’évocation de l’origine de l’univers, l’appréhension de la découverte du Big Bang. Pour autant, le récit se veut plus décousu qu’auparavant. La structure se ponctue toujours de chapitres courts et dynamiques, mais de nombreux passages font office de remplissage. On songe à ces intrigues secondaires qui s’attardent sur quelque ingérence politique afin d’exacerber les tensions avec l’Amérique latine, plus spécifiquement le Nicaragua.

Là encore, l’idée est bonne, mais le contexte demeure peu développé. Celui-ci survient en filigrane de la trame principale, sans jamais instaurer un climat approprié ou une reconstitution méticuleuse du début des années 1980. En se remémorant le travail réalisé avec les deux précédentes décennies pour les deux premiers ouvrages, on était en droit d’attendre un traitement similaire, à tout le moins approchant. Ici, l’époque est interchangeable et se pare uniquement de quelques éléments symboliques, tant historiques que technologiques. De même, les péripéties et les séquences plus rythmées sont peu percutantes, voire dispensables dans la bonne progression du récit.

Quant à la dernière partie du livre, on s’écarte sensiblement du thriller ésotérique pour s’orienter vers la science-fiction. Comme évoqué précédemment, la machine Ernetti permettait de « voir dans le temps ». Le concept est poussé dans ses retranchements en franchissant le pas du voyage. Le propos n’est guère maîtrisé et mal amené, car il demeure évasif sur des points d’explications essentiels et verbeux sur des aspects anecdotiques. Ajoutons à cela des théories balbutiantes sur les univers parallèles et le multivers, en occultant les conséquences d’interférer avec des faits passés, et l’on obtient une conclusion poussive, presque invraisemblable.

Au final, Ernetti et le voyage interdit atteint les limites du concept avancé par le premier volet. Roland Portiche poursuit son odyssée à travers le temps et l’espace, mais sans réelle portée. Cela se ressent dans cette volonté de communiquer avec des extraterrestres et de tenter de réparer les bévues scientifiques des protagonistes. L’ensemble est fastidieux à plus d’un titre ; des explications de départ initiales jusqu’à des considérations spatio-temporelles qui lorgnent dangereusement vers de la mauvaise science-fiction. Il en ressort un troisième tome qui présente toutes les difficultés du monde à justifier de son intérêt. Seul le rapprochement entre science et religion demeure appréciable, même si cela reste insuffisant pour fournir un roman de qualité.

Note : 10/20

Par Dante

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