août 10, 2022

Les Pierres de Pouvoir – David Gemmell

Auteur : David Gemmell

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantasy

Résumé :

La terreur et le chaos frappent le royaume de Bretagne. Le roi a été assassiné par des traîtres et l’Épée de pouvoir a disparu. Les armées d’invasion se fraient un chemin sanglant à travers le pays, guidées par la Reine Sorcière et un seigneur mort-vivant. Le seul espoir repose sur le jeune Thuro. Le sang des rois coule dans ses veines. L’épée légendaire lui revient de droit. Bientôt, tous le connaîtront sous le nom d’Uther Pendragon. Il tentera alors d’instaurer la paix dans son royaume, malgré des menaces toujours plus puissantes.

Avis :

Si on octroie souvent la Fantasy à J.R.R. Tolkien, il ne fut pas le seul à contribuer au développement de ce genre. Débutant sa carrière dans les années 80, David Gemmell est rapidement devenu un phénomène dans le monde entier. A un tel point que pendant près de dix ans, un prix à son nom était décerné pour mettre en avant la littérature Fantasy. Parmi ses romans les plus notoires, on peut citer Légende ou Druss la Légende et Waylander. Mais l’écrivain n’a pas seulement écrit dans un seul et unique cycle (celui que l’on appelle Drennaï), puisqu’il a aussi repris à son compte la légende arthurienne pour en faire un diptyque, Les Pierres de Pouvoir. S’articulant autour de deux romans, Le Fantôme du Roi et La Dernière Epée de Pouvoir, cette intégrale permet, si besoin l’en était, de prouver tout le talent de conteur de son écrivain.

Le premier roman va parler de Thuro, un jeune homme fragile et malade qui va perdre son père, le roi, au cours d’une chasse gardée, trahi par les siens. Aux portes de l’agonie, il est récupéré par Culain, un Dieu devenu mortel, et Laitha, une jeune chasseuse pleine de fougue. Subissant un entrainement harassant afin de se muscler et de reprendre le trône, Thuro va devenir le célèbre Uther Pendragon. Ce premier roman utilise alors à son compte la mythologie des chevaliers de la table ronde, en mettant en avant des éléments connus, comme Uther et quelques acolytes, puis il va évoquer la terrible guerre qui va faire rage pour récupérer l’épée de Cunobelin, ou Excalibur pour les moins dégourdis. Ce premier roman évoque bien entendu plein de thèmes, dont le premier est le courage et la loyauté.

David Gemmell a toujours eu quelques thèmes récurrents dans son œuvre, et on retrouve ici cela. Thuro va faire confiance à un homme qui fut un Dieu et qui manipule des pierres de pouvoir afin de se téléporter, de se soigner, et de partir dans des contrées obscures. S’amusant à mélanger la légende avec des éléments fantasy de son cru, l’auteur va jouer avec nos nerfs et la géopolitique d’une époque révolue. Ainsi, Saxons, Jutes et Romains se côtoient autour d’une guerre explosive, alimentée par une ancienne déesse qui poursuit des rêves de jeunesse éternelle. Là aussi, le thème de la peur de mourir est bien exploité, avec notamment Culain, qui fut un Dieu, mais qui devient humain par lassitude, et Goroien, qui elle ne veut pas mourir, quitte à sacrifier des femmes enceintes pour ne pas s’éteindre.

Une mort qui devient obsession et qui risque de tomber sur n’importe quel personnage. On connait le côté surprenant de l’auteur, n’hésitant pas à tuer des protagonistes importants pour mieux nous surprendre. Cependant, ici, même les personnages secondaires seront relativement épargnés, et c’est tant mieux, car ils possèdent tous des caractéristiques attachantes, les rendant importants pour nous, et pour le héros. Que ce soit Prasamaccus et son esprit vif malgré sa jambe boiteuse, Victorinus et sa stratégie ou encore Gwalchmai et son impulsivité, chaque personnage a le mérite d’exister et d’avoir une fonction particulière et importante. Jusqu’au final, qui arrive un peu vite, mais qui délivre une belle porte ouverte pour la suite.

Une suite qui d’ailleurs, reprendra un peu les mêmes sentiers que le précédent roman. Exit Thuro, qui est désormais Uther le roi du sang, et bienvenue à Cormac, un jeune homme mis au rebus de sa société, et élevé par un vieux manchot. On apprendra vite que Cormac est le fils de Uther, et qu’il est né dans des conditions difficiles. Ce roman explore alors l’arrivée de Wotan, un Dieu maudit qui dévaste tout sur son passage et qui souhaite envahir le Bretagne. Deux chemins vont alors se faire, celui de Uther, piégé dans son château et qui va cacher son épée, et celui de Cormac, qui va s’entrainer pour devenir un prince redouté et redoutable. David Gemmell fait un peu dans la redite, mais il arrive à manier d’autres thèmes, comme l’amour.

Ici, l’amour prend bien des aspects. De la relation simple et sensuelle entre Cormac et Anduine, à celle maudite entre Laitha, qui deviendra Morgane, et Culain, qui deviendra Lancelot, l’auteur va montrer que l’amour peut faire dépasser les frontières entre la vie et la mort, mais peut aussi soulever des montagnes quand il est sincère et bon. A contrario, il peut coûter des vies, voire des destinées quand il est trahi, la faute à des sentiments mal perçus ou des erreurs de jeunesse. Dans ce deuxième tome, l’auteur n’hésite pas alors à tuer ses personnages par loyauté, mais aussi et surtout amour, créant dès lors des moments de grâce étonnants, voire même touchants, mélangeant même cela avec une relation père/fille de la plus belle des manières.

Et cela sans oublier les batailles épiques qui vont avec. Dans les deux romans, David Gemmell parle de combats qui vont déclencher des cataclysmes. On retrouve les formations romaines, qui vont tout détruire sur leur passage, grâce à leur stratégie, mais on aura droit aussi à des duels sublimes, notamment entre Culain et Gilgamesh, où les deux dieux se battront jusqu’à la mort, dans un ballet hypnotique. L’écrivain arrive à rendre cela grâcieux et beau, avec des descriptions assez justes, ne sombrant jamais dans la démonstration ou le trop-plein.

Au final, Les Pierres de Pouvoir, qui comprend les deux romans Le Fantôme du Roi et La Dernière Epée de Pouvoir, est une belle réussite pour David Gemmell. Fidèle à lui-même, l’auteur délivre deux œuvres assez courtes et percutantes, qui explorent des thèmes qui lui sont chers comme l’amour, la loyauté ou encore la présence de divinités qui n’en font qu’à leur tête. Bien écrit, fluide et sans temps mort, on peut dire que nous faisons face à un bon page turner efficace, et qui revisite avec une certaine imagination la légende arthurienne.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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