mai 24, 2022

A l’Ombre de Filles – Le Chant Comme Porte de Sortie

De : Etienne Comar

Avec Alex Lutz, Agnès Jaoui, Hafsia Herzi, Veerle Baetens

Année : 2022

Pays : France, Belgique

Genre : Comédie

Résumé :

Luc est un chanteur lyrique renommé. En pleine crise personnelle, il accepte d’animer un atelier de chant dans un centre de détention pour femmes. Il se trouve vite confronté aux tempéraments difficiles des détenues. Entre bonne conscience et quête personnelle, Luc va alors tenter d’offrir à ces femmes un semblant de liberté.

Avis :

Diplômé de la Fémis en 1992, Etienne Comar s’est tout d’abord dirigé vers la production. Dans de grandes maisons ou en indépendant, il crée par deux fois ses propres maisons de productions, Etienne Comar se bâtit une jolie filmographie, où se côtoient des noms comme Andrzej Zulawski, Maurice Pialat, Philippe Le Guay, René Manzor, Guillaume Nicloux, Xavier Beauvois ou encore Maïwenn et Agnès Varda, pour ne citer qu’eux. À partir des années 2010, sa carrière prend un autre tournant, car en plus de la production, Etienne Comar passe à l’écriture et il le fait avec succès. C’est à lui qu’on doit le scénario de « Des hommes et des dieux » ou « Mon Roi » et « Les saveurs du Palais« . Puis enfin, une dernière étape attend Etienne Comar en 2017, puisqu’il va écrire, produire et réaliser son premier film, le sympathique « Django« , film qui célébrait Django Reinhardt.

Tourné pendant le premier confinement, « A l’ombre des filles » est le second film d’Etienne Comar, et déjà avec ce second métrage, le réalisateur laisse transparaître un thème qui lui est cher, la musique, car après le musicien Django Reinhardt, Etienne Comar s’arrête sur le chant, et comment celui-ci peut guérir des maux, ou du moins libérer. Joli film au demeurant, « A l’ombre des filles » tient une bonne idée de départ, mais un comme sur le premier métrage de Comar, ce dernier souffre d’un académisme qui fait que même si l’ensemble est plutôt bien fait, et qu’il est tenu par de bons comédiens, jamais on n’arrive à être pleinement emporté et touché. Dommage.

Luc est un chanteur lyrique qui a bien du mal à se remettre de la mort de sa mère. En dépression, cela fait sept mois qu’il n’arrive plus à chanter. Pour pallier à cela, Luc accepte d’animer un atelier de chant pour des femmes en prison. Une fois sur place, très vit Luc se voit confronter à la violence de ces femmes et derrière ça, à leur désespoir. Petit à petit, il va devoir gagner leur confiance et à travers le chant, il espère leur offrir un peu de liberté.

Pour un premier film, « Django » fut un joli moment tout en musique, en décor et en immersion. Si le film avait ses défauts, il faisait quelques promesses quant à la suite pour son réalisateur et au-delà de ça, il avait piqué la curiosité avec l’envie de voir où Etienne Comar allait bien pouvoir nous emmener avec un second métrage. Et nous y voilà, cinq ans après « Django« , Etienne Comar est de retour dans les salles et cette fois-ci, il nous entraîne en milieu carcéral, pour y parler musique et libération des âmes.

Dans les faits, « A l’ombre des filles » est un film qui peut être joli, et qui se laisse suivre avec intérêt. Il faut dire que l’idée est bonne et bien développée, et elle peut être très intéressante. Le scénario nous offre un personnage détruit, qui malgré sa détresse, fait don de lui-même pour aider son prochain. « A l’ombre des filles« , avec sa trame, laissait imaginer un film qui parlerait de la reconstruction de soi à travers la musique et l’altruisme. On imagine aisément qu’il parlerait des femmes en prison et des conditions de vie de ces dernières, peut-être même de leur parcours, à travers de jolies confidences, et des langues qui se délient petit à petit, grâce à une relation de confiance qui se construit, entre le professeur et ses élèves. Et dans un sens, le nouveau film d’Etienne Comar nous offre un peu de ça.

Mais voilà, dans cette phrase, le plus important si l’on peut dire ça ainsi, c’est le « un peu », et c’est ce « un peu » qui abîme le film. Non pas que le film soit irregardable, non, « A l’ombre des filles » est un film qui se laisse suivre, mais jamais il n’arrive à passionner ou même nous toucher. Les idées sont bonnes et elles convergent toutes dans la même direction et pourtant, l’ensemble laisse la sensation d’être effleuré, comme si Etienne Comar n’osait pas aller chercher et explorer ses personnages. Derrière cette idée du chant en prison, le metteur en scène avait un sujet, les femmes en prison, et le regard d’un homme totalement extérieur à ce milieu, mais il ne fait pas grand-chose de ceci.

Certes, il installe une jolie relation entre le professeur et une de ses élèves, ce qui approfondit l’espace de quelques scènes l’intrigue, mais sur un film d’une heure quarante-cinq, ça n’est pas assez et ça nous laisse clairement sur notre envie d’aller plus loin à la découverte de chacune de ces femmes. Ainsi, à la place de découvrir ces femmes et ce milieu, le film enchaîne les scènes de cours de chant, pose deux/trois réflexions autour de son personnage principal, mais finalement, ça ne va jamais plus loin que ça. Reste alors une bonne ambiance, et une bonne alchimie entre les personnages, qui fait que malgré le sentiment de ne pas aller au bout des choses, « A l’ombre des filles » se laisse regarder sans ennui.

En parlant d’alchimie, Etienne Comar a réuni pour son film un joli casting partagé entre comédiens connus et jeunes découvertes pleines de talent. « A l’ombre des filles« , c’est tout d’abord un excellent Alex Lutz qui révèle encore une fois une très belle facette de son talent, en étant ici parfaitement crédible en professeur de chant et « ancien » chanteur lyrique. Si l’on apprécie les rôles tenus par Veerle Baetens (« Alabama Monroe« ) ou Fatima Berriah qui est une jolie révélation, il est vrai parmi ces détenues, le film fait une jolie part au personnage incarné par Agnès Jaoui. Une Agnès Jaoui épatante totalement renfermée sur elle-même. Après, comme je le disais plus haut, l’intrigue autour des détenues ne développe qu’un rôle, et si ça manque d’émotion, on aurait vraiment aimé que le film s’arrête bien plus sur les autres détenues, qui finalement, laissent le sentiment d’être là pour divertir et plaisanter.

Du côté de la mise en scène, on remarque le choix intéressant d’un format 4/3, ce qui transmet de suite le sentiment d’étouffement de ces personnages, et de l’endroit où se déroule l’action. Avec ce film, Etienne Comar capture de jolis moments dans ses cours de chant, avec comme je le disais, une bonne alchimie qui est juste entre ses personnages. Mais après, le film en lui-même manque de prise de risque, le réalisateur, comme pour « Django« , se contente de faire un joli film qui finalement plaira à tous, même si ça manque d’émotion, de vie, de délicatesse ou de clash.

Ce second film pour Etienne Comar demeure un métrage qui se laisse gentiment regarder. L’ensemble est bien fait, et même si ça manque de beaucoup d’éléments et qu’il y a un certain académisme qui s’échappe de cette « … ombre des filles« , on se laisse entraîner dans cette histoire de reconstruction de soi. Ce deuxième film ne marquera peut-être pas les esprits, mais il peut joliment habiller une soirée.

Note : 11/20

Par Cinéted

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