décembre 10, 2022

Tess

De : Roman Polanski

Avec Natassja Kinski, Peter Firth, Leigh Lawson, John Collin

Année : 1979

Pays : Angleterre, France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Dans l’Angleterre du 19ème siècle, un paysan du Dorset, John Durbeyfield, découvre par hasard qu’il est le dernier descendant d’une grande famille d’aristocrates. Motivé par le profit qu’il pourrait tirer de cette noblesse perdue, Durbeyfield envoie sa fille aînée, Tess, se réclamer de cette parenté chez la riche famille des d’Urberville. Le jeune Alec d’Urberville, charmé par la beauté de sa « délicieuse cousine », accepte de l’employer et met tout en œuvre pour la séduire. Tess finit par céder aux avances d’Alec et, enceinte, retourne chez ses parents où elle donne naissance à un enfant qui meurt peu de temps après.
Fuyant son destin, Tess s’enfuit de son village et trouve un emploi dans une ferme où personne ne connaît son malheur. Elle y rencontre son véritable amour : un fils de pasteur nommé Angel Clare. Ce dernier, croyant que Tess est une jeune paysanne innocente, tombe éperdument amoureux d’elle et, malgré l’abîme social qui les sépare, la demande en mariage.

Avis :

En 1979, cela fait dix ans que Sharon Tate est morte assassinée et l’histoire veut que peu avant son départ pour les Etats-Unis, Sharon Tate avait laissé le roman de Thomas Hardy, « Tess d’Urberville« , à son mari avec une petite note, « – Cela ferait un bon film ». Alors en mémoire pour sa femme, après avoir réussi à monter le projet, et accessoirement, au vu de l’ampleur dantesque du tournage, ce qui en a fait le film le plus cher du cinéma français à son époque, environ cinquante millions de francs, après le générique de début, « Tess » sera dédié à sa femme, avec un petit et très touchant « To Sharon ».

Après un huis-clos en appartement, Roman Polanski se lance dans un projet démesuré, l’adaptation de « Tess d’Urberville« , un roman de Thomas Hardy, qui peint le destin tragique d’une jeune femme. Grand, romanesque, amoureux et dramatique, « Tess » est comme un tableau dont le peintre magnifie chacune des scènes qu’il met en couleur. Spectacle de presque trois heures, si parfoi, le film peut devenir un peu long dans sa dernière partie, il n’en restera pas moins que l’ensemble est ô combien sublime et l’émotion face à ces destins brisés est bien au rendez-vous.

Un après-midi comme un autre, un paysan, John Durbeyfield, découvre via le pasteur du village qu’il le descend d’une famille d’aristocrates, dont l’une des branches, les Urberville, ont une très belle situation. Pauvre, endetté, Monsieur Durbeyfield envoie alors sa fille Tess auprès de cette famille afin de se présenter et de les informer de ce lien de parenté. Sur place, Tess fait la rencontre d’Alexander, un cousin éloigné et ce dernier tombe d’emblée sous le charme de la jeune femme. Cette rencontre va changer bien des destins…

Me lançant dans une rétro sur les films qui ont eu le César du meilleur film, j’ai bien dû y passer sur ce film de Roman Polanski et ce fut un moment de cinéma quasi-parfait. Un moment de cinéma certes un peu long dans sa dernière partie, mais surtout un moment de cinéma délicat, soigné, injuste, c’est sûr, mais tellement émouvant et tellement prenant, avec ses destins tragiques, ses amours brisés par convenance et orgueil. Bref, un moment de cinéma démesuré, une fresque qui nous offre une plongée magnifique dans l’Angleterre du XIXe siècle.

« Tess » est un grand film d’amour. Vous savez ce genre de film d’amour qu’on a déjà vu, avec ces sentiments contrariés, et surtout le destin qui met en place des trajectoires évidemment tragiques pour ses personnages. D’ailleurs, en un sens, on pourrait dire de l’histoire de « Tess » qu’elle est totalement dans le cliché de l’histoire d’amour tragique et chez d’autres cinéastes, cette même histoire aurait pu laisser de marbre, ou même ennuyer grandement. Mais voilà, c’est là que fait la différence d’avoir un grand réalisateur qui tient les commandes, car malgré ses clichés, « Tess » n’est absolument pas cliché et Roman Polanski nous livre un film tout bonnement fabuleux. Un film dont chaque recoin y est sublime. Un film qui mélange parfaitement cette histoire d’amour, avec tous les sujets que le film aborde de près comme de loin.

Certes « Tess« , c’est en priorité une histoire d’amour qu’on sait d’avance brisée, comme s’il ne pouvait en être autrement, mais derrière ça, « Tess » est aussi un film qui parle de l’Angleterre de cette époque-là. « Tess » est un film qui parle des différentes classes sociales, avec d’un côté la bourgeoisie, et de l’autre, les pauvres, les paysans. Puis derrière ça encore, « Tess » est un film qui parle d’une jeune femme droite, intègre, quelque peu naïve, mais pleine de vie et surtout très attachante.

« Tess » suit donc cette fille de ferme, qui va d’épreuve en épreuve avec force et courage, et l’on se laisse totalement embarquer, avec l’espoir vain que tout ceci se finisse bien. Cette jeune femme est d’ailleurs incarnée par la brillante Nastassja Kinski qui crève tout simplement l’écran. Magnifiquement filmée, magnifiquement dirigée, il n’y a pas un plan, une scène, une séquence, où Roman Polanski ne la magnifie pas. Le réalisateur l’a très bien entourée avec d’un côté un très bon Leigh Lawson, qui sera irritant à souhait, et de l’autre un Peter Firth, superbe et bouleversant.

L’autre grand, très grand, atout de « Tess« , c’est sa mise en scène, et la plongée renversante dans l’Angleterre du XIXe siècle que Roman Polanski met en place. Accompagné par une BO superbe signée Philippe Sarde, « Tess » est un film aussi romanesque qu’il est majestueux. On pourrait reprocher à l’ensemble d’être un peu trop classique, mais le tout reste très beau, entre sa photographie incroyable, et un enchaînement de scènes qui sont marquantes. De plus, il y a une grâce qui s’échappe de l’ensemble, et même si à la fin, les trois heures commencent à se faire sentir, Roman Polanski réussit à nous tenir jusqu’au bout et finalement, nous toucher, voire plus, avec ce final qui résonne comme une fatalité. Bref, c’est beau, triste certes, injuste évidemment, mais tellement beau en même temps.

Magnifique de bout en bout, tragique et romantique, élégant et majestueux, cette fresque amoureuse dans l’Angleterre du XIXe siècle se pose comme l’un des plus beaux films de Roman Polanski. Un film que je place aux côtés de « La jeune fille et la mort« , « Le pianiste« , « Rosemary’s Baby« , ou encore « La Vénus à la fourrure« . « Tess » est un film qui m’a fait passer par tout un tas d’émotions, et qui m’a offert un couple de cinéma magnifique, Nastassja Kinski et Peter Firth. Bref, finalement le seul petit regret que je peux avoir, c’est de ne pas m’y être arrêté plus tôt.

Note : 17/20

Par Cinéted

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