octobre 6, 2022

Otez-Moi d’un Doute

De : Carine Tardieu

Avec Cécile de France, François Damiens, Guy Marchand, André Wilms

Année : 2017

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.
Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection.
Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

Avis :

Carine Tardieu a commencé sa carrière de cinéaste dans les années 2000. Après deux courts-métrages, elle a attiré l’œil de Christophe Rossignon qui lui a produit son premier film, « La tête de Maman« . L’écriture de « La tête de Maman » s’est faite avec Michel Leclerc. Puis pour son film suivant, « Du vent dans mes mollets« , Tardieu s’est lancé dans l’adaptation du roman de Raphaële Moussafir et c’est presque en toute logique qu’elle a écrit le scénario avec cette dernière. Pour son troisième film, « Ôtez-moi d’un doute« , Carine Tardieu a alors réuni ces deux co-scénaristes pour une histoire écrite à trois mains.

Après s’être intéressée à la mère, puis à la famille en elle-même, Carine Tardieu se lance à la recherche du père avec un joli petit film. « Ôtez-moi d’un doute » est donc l’histoire d’un homme qui arrive à la cinquantaine et découvre par hasard que son père n’est pas son père biologique. Touchant, sérieux tout en se posant comme un petit vent de fraîcheur, « Ôtez-moi d’un doute » est aussi et surtout un film qui est tenu par un François Damiens étonnant dans un rôle et un jeu à contre-courant de sa filmographie. Si le film sera moins fort que « La tête de Maman » ou « Les jeunes amants« , il reste assurément un joli petit moment de cinéma qui se laisse regarder avec légèreté, sans mièvrerie et parfois même avec une certaine émotion. Bref, encore une jolie petite réussite pour Carine Tardieu.

Erwan, la cinquantaine, va être grand-père. Comme dans sa famille, il y a un gène héréditaire, il passe une batterie d’examens pour être sûr de ne pas avoir transmis le fameux gène à sa fille et c’est au cours de ces examens qu’il apprend qu’il n’y a aucune chance qu’il transmette ce gène, puisqu’il n’y a aucun point commun biologique avec son père. Cette annonce est perturbante pour le jeune quinquagénaire qui se met alors en quête de son vrai père. Après avoir engagé une détective privée, il fait donc la connaissance de Joseph, un vieil homme assez malicieux. Puis c’est aussi au même moment qu’il croise Anna, une jeune femme pétillante, qu’il aurait bien séduit, or, Anna se trouve être sa demi-sœur.

Ce que j’apprécie énormément dans le cinéma de Carine Tardieu, c’est sa sensibilité et la façon qu’elle peut avoir pour raconter des histoires sommes toutes simples, voire déjà vues, et pourtant elle arrive toujours à proposer quelque chose de touchant et de divertissant. Après le joli, mais en dessous de ses autres films, « Du vent dans mes mollets« , voilà que la réalisatrice revient avec « Ôtez-moi d’un doute« , un film qui explore la paternité sur plusieurs générations et les liens qui unissent ses parents biologiques ou non.

Joliment écrit, tenant une bonne idée, Carine Tardieu nous entraîne dans un film qui ne cesse d’offrir de petits rebondissements qui offrent toute une palette de piquant et de dynamisme. Certes, on pourrait reprocher au film de ne pas vraiment aller en profondeur, ou de possiblement se perdre avec toutes ses sous-intrigues dont certaines sonnent comme moins intéressantes que les autres (comme celle autour de la fille d’Erwan et surtout du père de son enfant), mais sur son ensemble, le film de Carine Tardieu se fait plaisant et on se laisse embarquer dans cette quête de soi, au travers de ce père retrouvé sur le tard.

Ce qui apporte énormément aussi à ce film, ce sont ces acteurs, avec comme je le disais plus haut, un François Damiens étonnant et très touchant dans la peau d’un homme taciturne, presque perdu dans sa vie. Une vie qui semble « renaître » avec l’arrivée d’André Wilms en père biologique. Wilms est tellement naturel, tellement spontané, tellement pétillant, qu’il en volerait presque la vedette à tout le monde ici, et alors que le film nous réserve encore quelques surprises dans son scénario, on ne pouvait le voir se conclure autrement, tant l’acteur et surtout le personnage, tient un rôle énorme.

Toujours du côté du scénario, plus qu’un film sur les liens du sang, « Ôtez-moi d’un doute » est un film qui est peuplé de rencontres. Des rencontres simples, dûes au hasard ou non, qui changent une vie. Puis enfin, au travers de ces rencontres, Carine Tardieu parle de choses simples comme la solitude, la vieillesse, du pardon… Bref, « Ôtez-moi d’un doute » est un film résolument riche dans ce qu’il raconte.

Une richesse qu’on ne trouve pas vraiment dans la réalisation de Carine Tardieu, qui livre un film très simple, sans prise de risque. Si le film reste divertissant et dynamique, on ne pas non plus dire que soit parcouru d’originalité. Heureusement, pour pallier à cela, l’ensemble se pose comme un petit vent de fraîcheur, Carine Tardieu fait dans la comédie dramatique, et évite tous les pièges, les clichés et les déjà-vus du genre, pour nous entraîner dans un film qui sonne juste. Juste alors même que son histoire pourrait être invraisemblable, tant ces rencontres hasardeuses tombent très bien. Puis j’en remets une couche, mais la réussite de ce film doit vraiment à ce casting en or, plein de tendresse, de justesse, d’émotions et de vérité.

Troisième film pour Carine Tardieu, « Ôtez-moi d’un doute » est un petit bout de cinéma plein de charme dans lequel on se laisse totalement entraîner. Après une très belle entrée en matière avec « La tête de Maman« , Carine Tardieu s’était un peu relâchée, mais finalement, ce n’était qu’un apprentissage pour la cinéaste, qui depuis ne cesse de prendre en ampleur et ce film en est une jolie preuve.

Note : 14/20

Par Cinéted

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