décembre 10, 2022

La Tête de Maman

De : Carine Tardieu

Avec Karin Viard, Chloé Coulloud, Kad Merad, Pascal Elbé

Année : 2007

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Y’a 20 ans de ça, quelques années avant ma naissance, Maman a aimé un gars.
Y’a 20 ans de ça, ils ont été séparés et ce con-là, quand il est parti, il a emporté avec lui le sourire de ma mère.
Faut que je le retrouve, faut qu’il le lui rende. Sinon, moi, je meurs.
Lulu, 15 ans.

Avis :

Jeune réalisatrice d’une trentaine d’année au moment de la sortie de ce film, Carine Tardieu est une passionnée de cinéma et de littérature. Très tôt, elle se découvre des envies de cinéma, adolescente, elle passait tous ses week-ends en salle avec son père. Après des études de cinéma à Paris, Carine Tardieu commence à travailler sur des tournages en tant qu’assistante réalisatrice et scénariste. Au début des années 2000, elle se lance dans la réalisation de courts-métrages et ses films vont rencontrer de jolis succès dans différents festivals. C’est avec son deuxième court qu’elle va alors se faire remarquer par le producteur Christophe Rossignon qui va alors lui produire son premier long.

Ce premier long, c’est « La tête de Maman » et d’emblée Carine Tardieu fait preuve d’une très belle sensibilité. Si le film a ses défauts, comme parfois des traits de personnages mal grossis, « La tête de Maman » demeure néanmoins un très beau film, qui nous emporte avec sourire et émotions dans une histoire peu conventionnelle, posée quelque part entre le drame, une vision sur l’adolescence, le romantisme et la noirceur. Très court, ce premier film fait à peine une heure et demi, « La tête de Maman« , en plus d’être une belle surprise, s’est aussi posé comme un moment de cinéma qui m’a fait du bien. Bref, comme je le disais, ce premier essai est une jolie, très jolie, réussite.

Lulu a quinze ans et la jeune fille n’a pas les mêmes préoccupations que les autres jeunes de son âge. Ce qui intéresse Lulu, c’est ce qui se passe dans la tête de sa mère, Juliette, la quarantaine bien dépassée, et elle a l’air en permanence en dépression, ou du moins elle a l’air ailleurs, comme éteinte. Lulu ne peut imaginer que sa mère ait pu un jour rire et profiter de la vie. Puis un jour, elle découvre par hasard dans sa cave une vieille photo où sa mère sourit comme elle ne l’avait jamais vu. Dès lors, Lulu va creuser le passé de sa mère pour la découvrir.

Pour ce premier film, Carine Tardieu a convoqué et conjugué ce qui se trouvait déjà dans ses deux courts-métrages, et pour peindre ses personnages, la réalisatrice a puisé en plus de ça dans son histoire personnelle. Ainsi, avec tout ceci, « La tête de Maman » se trouve être un film subtil et surtout qui tient beaucoup de délicatesse. Touchant, émouvant même, l’histoire de cette jeune fille (assez insupportable au demeurant) qui part à la découverte de sa mère est belle. Carine Tardieu, aidée de Michel Leclerc (« Le nom des gens« ) au scénario, a écrit une belle intrigue qui ne cesse de sortir des conventions et des sentiers qu’on a l’habitude de voir. À chaque fois que le film pourrait aller dans une direction qu’on aurait pu aisément qualifier de cliché ou de déjà vu, Tardieu et Leclerc trouvent toujours quelque chose pour sortir de ça et proposer une jolie et tendre vision de cette histoire.

Alors bien sûr, comme je le disais, tout n’est pas parfait non plus. Si le scénario est très riche en sujets, et convoque en son sein plusieurs thèmes et ficelles scénaristiques, la famille, l’amour, le passé et comment celui-ci, même des années après, peut encore influer sur le présent, l’amour bien sûr, passé, présent ou retrouvé, la maladie, les concessions dans un couple, le soutien dans un couple, les générations qui se font écho, ou encore l’adolescence, et tout ce que cette difficile et essentielle période d’une vie implique. Et d’ailleurs, c’est de ce côté-là que le portrait que dresse Carine Tardieu a quelques faiblesses. Si l’on peut saluer le naturel de Chloé Coulloud dans la peau de Lulu, adolescente rebelle, bagarreuse et sensible, il est vrai que l’idée de basculer dans une voix off pour évoquer les pensées de la jeune fille peut parfois vite se faire agaçante, tant la jeune fille peut aussi se faire ingrate. Certes, c’est l’adolescence qui veut ceci, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle l’âge ingrat, mais il est vrai que face à toute la sensibilité du film, des émotions et des sentiments, cette voix off, parfois mal placée, casse un peu le décor.

Heureusement, ce n’est qu’un petit élément qui n’abîme pas l’essentiel du film de Carine Tardieu qui nous réserve alors beaucoup d’autres belles choses. « La tête de Maman » est un film qui, dans sa réalisation, fait preuve d’une jolie envie de cinéma, la jeune cinéaste conjuguant des genres, mélangeant des idées, proposant des séquences bien fichues, notamment toutes celles où la jeune adolescente s’imagine le pourquoi de l’état de sa mère. Parfois, « La tête de Maman » peut rappeler, dans une certaine mesure, certaines séquences d’un Jean-Pierre Jeunet, quand d’autres fois, le film pourrait avoir les atours d’un André Téchiné. Puis la conjugaison de tout cela démontre un bel œil pour cette jeune cinéaste qui depuis a su se trouver un univers tout en émotion (émotion qui tient son sommet dans ce film, dans un silence sublime entre deux personnages qui vont se croiser sur le palier d’une porte).

Puis le dernier élément, et pas des moindre, qui fait la réussite de ce film, c’est son casting. Un casting assez étonnant, où chaque comédien (même pour les personnages parfois agaçants) trouve un joli rôle. Ici, on citera évidemment Karin Viard dans la peau de cette mère de famille éteinte, qui reprend peu à peu, alors même qu’une maladie gagne du terrain. On citera Pascal Elbé qui tient là un superbe rôle, même si le scénario a tendance à quelque peu l’expédier. Idem, on citera Kad Merad magnifiquement touchant et très sombre dans la peau d’un amant et amour de jeunesse qui réapparaît. Puis derrière et devant eux, malgré une voix off ingrate et tête à claques, il y a la jeune et talentueuse Chloé Coulloud qui tient un beau rôle et entre guillemets porte une grande partie du film sur ses épaules.

Ce premier essai pour Carine Tardieu, même s’il a ses maladresses et ses défauts, se pose avant tout comme une bien belle réussite. Lumineux et sombre à la fois, parfois drôle, parfois cruel, mais en permanence touchant et sensible, « La tête de Maman » a su m’emporter de bout en bout et au-delà de ça, il installe un peu plus sa cinéaste comme une réalisatrice de talent qui mériterait plus de lumière.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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