janvier 28, 2022

Auprès de Moi Toujours

Titre Original : Never Let Me Go

De : Mark Romanek

Avec Carey Mulligan, Keira Knightley, Andrew Garfield, Charlotte Rampling

Année : 2011

Pays : Angleterre, Etats-Unis

Genre : Drame, Romance, Science-Fiction

Résumé :

Depuis l’enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d’une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu’à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu’ils ont vécu jusqu’à présent.

Avis :

Ecrivain d’origine japonaise, Kazuo Ishiguro fait partie des auteurs britanniques les plus influents de ces dernières années. Il fait partie de la shortlist des 50 plus grands écrivains britanniques de tous les temps selon le Times et certaines de ses histoires ont été adaptées au cinéma. On peut citer le film dont on va parler à travers ces lignes, mais on peut aussi évoquer Les Vestiges du Jour de James Ivory. Avec son roman Auprès de Moi Toujours, l’auteur a voulu parler de la vie et de la mort en incluant une pointe de science-fiction, où la médecine créerait des clones destinés à donner leurs organes vitaux aux humains. Il n’en fallait pas plus pour qu’un film voit le jour, sous la houlette de Mark Romanek (Photo Obsession), avec un casting en or massif (Carey Mulligan, Keira Knightley et Andrew Garfield). Néanmoins, le film vaut-il réellement le coup ?

Clones

L’histoire se déroule en premier lieu à la fin des années 60. On va suivre trois jeunes enfants qui vivent au sein d’une école aux règles strictes. Ces enfants ont des comportements étranges et une surveillante va découvrir qu’ils ne sont que des clones programmés à donner leurs organes vitaux lorsqu’ils auront dans les vingt ans. Après une longue ellipse temporelle, on retrouve ce trio à l’âge fatidique, où ils vont devoir devenir des donneurs. Avant cela, ils profitent de leur jeunesse et tentent de trouver leurs originaux, ou une façon de retarder l’échéance afin de vivre plus longtemps. Et visiblement, seul un amour véritable permet d’obtenir une prolongation de quelques années. A partir de ce pitch, Mark Romanek va tisser une romance en forme de triangle amoureux, où les thèmes de la vie, de la mort et de l’amour seront centraux.

Le film joue énormément sur la corde sensible, mettant en avant trois personnages qui ont soif de vie, et qui doivent se faire à leur condition. Bien évidemment, la première chose qui frappe va être le sentiment amoureux qui émane de chacun des personnages. Chacun aura un rôle fort à jouer dans une relation qui pourrait devenir toxique. Ici, Kathy est à la recherche de l’excitation et tente de comprendre pourquoi elle n’arrive pas à assouvir ses pulsions avec quelqu’un. Il faut dire que Ruth lui a piqué Tommy dès leur enfance, et elle a du mal à gérer cette frustration. Ruth est plus frivole mais cache un mal-être profond, n’arrivant pas à oublier sa condition de clone et voyant que Tommy est attiré depuis le début par Kathy. Tommy d’ailleurs, est tiraillé par ses sentiments, ne voulant blesser personne, mais faisant finalement du mal à ses deux amies.

A la vie, à la mort

En plus de cette relation tumultueuse qui flirte parfois avec la guimauve trop sucrée, le film apporte tout de même une jolie réflexion sur la vie et sur le fait que nous sommes tous programmés pour mourir un jour ou l’autre. Sauf qu’ici, les jeunes gens vont mourir plus tôt, pour permettre à d’autres de vivre plus longtemps. De ce fait, leur soif de vie est encore plus prégnante, et leur recherche de longévité par l’amour va devenir touchante. Le réalisateur aborde tout cela de trois façons différentes. Ruth est très fataliste et supporte déjà mal les premiers prélèvements. Elle désire alors faire une dernière sortie avec ses deux amies, donnant lieu à un moment d’évasion assez bucolique. Tommy déclare enfin sa flamme à Kathy, et ils vont tout faire pour avoir une prolongation, rêve inespéré qui restera à l’état de fantasme, avec une révélation nihiliste pour eux.

Quant à Kathy, elle a fait le choix d’être accompagnatrice, ce qui lui donne une espérance de vie plus grande, suivant de près les clones donneurs et signant les papiers lors de leur décès. Un rôle ingrat qui va lui permettre de dire adieu à ses amies, avant de devenir à son tour donneur. Le film se veut alors très philosophique sur sa façon de voir la vie, son déroulement et le rapport que l’on peut avoir avec. Une vie qui est truffée de peurs en tout genre, mais pour laquelle on a un amour infini. D’ailleurs, peut-on vivre sans amour ? C’est la question globale du film qui donne une réponse évidente, notamment lors de la mort de Ruth, qui préfère accepter son sort et partir, plutôt que de vivre sans amour.

Pathos quand tu nous tiens

Ce thème principal est bien abordé, mais le cinéaste joue beaucoup trop sur la corde sensible et va livrer le tout avec un peu trop de pathos. La mise en scène flirte souvent avec le mauvais goût. Si on est dans quelque chose de très sobre, on est aussi dans un contemplatif qui cherche à faire pleurer le spectateur. Outre la musique blindée de violons, on aura droit à des plans fixes sur des moments clés qui ne servent qu’à appuyer un sentiment de tristesse, comme la mort de Ruth par exemple, sur sa table d’opération. Certains plans restent aussi très intrigants, à l’image de ce plastique accroché à des fils barbelés, à la fin, alors que l’on a les dernières pensées de Kathy. La palette colorimétrique est aussi assez fade, malgré une volonté de donner une identité aux trois parties. Bref, tout cela reste assez surfait.

Au final, Auprès de Moi Toujours est un drame SF assez intimiste qui aurait pu être très intéressant s’il ne surfait pas sur une surenchère de bons sentiments et une volonté de toucher à tout prix, quitte à être presque grossier dans sa mise en scène. Mark Romanek arrive à trouver un juste milieu précaire, où les thèmes sont bien abordés, mais où il manque une tonalité plus touchante pour que le film soit plus marquant. En l’état, c’est sympathique, mais ça reste trop sirupeux pour convaincre totalement. Reste le casting, impressionnant et impeccable. Ce qui est déjà pas mal !

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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