janvier 16, 2022

Shining – Animal

Avis :

Quand on est un groupe avec une identité musicale forte, on se construit indubitablement une fanbase solide qui attend avec impatience un nouvel opus. Cependant, quand ledit groupe change complètement de registre, cela va à l’encontre des attentes, et forcément, ça fait du bruit. C’est ce qui est arrivé à Shining, groupe de Métal Jazz norvégien qui a connu son apogée entre 2010 et 2015 avec Blackjazz et International Blackjazz Society. Mené par Jorgen Munkeby, Shining a su s’imposer avec un style nouveau et complexe. En 2018, avec Animal, le groupe s’est mis beaucoup de fans à dos. En effet, exit le saxophone du frontman, Animal et sa pochette colorée annonçaient le changement de cap des norvégiens, partant vers un Métal orienté Pop. Un changement radical, qui a fait fuir beaucoup de monde, mais qui a aussi fait couler beaucoup d’encre. En vain ?

Right to the point

Jorgen Munkeby avait déjà annoncé la couleur. Il a estimé avoir fait le tour de son Blackjazz et avait besoin de se recentrer sur quelque chose de plus direct et de plus simple. De plus, avec des évènements difficiles dans sa vie privée, il a fallu au frontman déverser quelques thèmes forts, et ce sera donc la fin qui découlera de tous les morceaux. Difficile dès lors de trouver de ne pas comprendre la démarche du groupe, qui veut se réunir autour de quelque chose de plus central et fédérateur. Exit les compos complexes et les dix titres qui composent cet album sont calibrés. Hormis une paire de titres qui dépassent les quatre minutes, tout le reste rentre dans un moule précis. Et cela dès le démarrage avec Take Me. Nappe de claviers, riffs puissants et entrainants, Shining offre un nouveau visage déroutant et pourtant intéressant.

Derrière se atours de Pop Rock/Métal, Jorgen Munkeby maîtrise sa palette vocale avec son timbre éraillé et fournit un passage efficace et qui va droit au but. Ici, point de solos dantesques ou de passages éthérés, on se retrouve face à un hit en puissance qui frappe fort et qui se veut très instinctif. Animal sera du même acabit, lorgnant clairement vers le Métal Alternatif et ses riffs surpuissants. Il est certain qu’ici, on est très loin des compositions complexes, pour autant, les riffs sont précis et l’ensemble marche parfaitement, nous offrant des points culminants fort plaisants. My Church délivre aussi son lot de passages iconiques, à commencer par son introduction qui tape sévère, avant d’entamer un riff syncopé très rock’n’roll qui fait son petit effet. Alors oui, on retrouve les mêmes tics que pour le premier titre, mais force est de constater que ça fonctionne tout de même.

De l’émotion

L’autre grand atout de cet album, c’est qu’il permet au groupe d’apporter un peu plus d’émotion à ses titres. Fight Song en est un exemple flagrant. Non seulement ça remue sévère, mais ne plus de ça, c’est très addictif comme son. Jorgen Munkeby en profite pour tirer le meilleur parti de sa voix et délivre une belle prestation. C’est encore plus prégnant avec When the Lights Go Out, sorte de fausse ballade qui dégomme dans les refrains. Alors oui, on est très loin de ce que Shining fournissait auparavant, mais ça reste du bel ouvrage. On retrouve de l’émotion aussi dans Hole in the Sky, en duo avec la chanteuse Linnea Dale, preuve, si besoin l’en était, de la transformation définitive du groupe norvégien pour aller vers quelque chose de plus pop, de plus coloré, de plus accessible.

En plus de l’émotion, on retrouve aussi beaucoup d’énergie dans cet album, lorgnant vers un Métal plus contemporain, un peu comme Bring me the Horizon nouvel mouture. Alors ça peut faire grincer des dents, mais des titres comme Smash it Up ! ou encore Everything Dies sont très proches d’un Metalcore, et ce n’est pas si inintéressant que ça. Au contraire, cela prouve la volonté du groupe d’aller chercher ailleurs, de prendre son public à contre-pied et de faire réfléchir sur ce qu’est le processus créatif. Surtout en fonction de ce que l’on vit et de ce que l’on cherche. On ne peut reprocher au groupe de se chercher et de voir si l’herbe est plus verte ailleurs, surtout lorsque l’on a le sentiment d’avoir fait le tour d’un genre. Même si c’est celui que les fans attendent.

Au final, Animal, le dernier album en date de Shining, est un pari réussi. Si les fans s’en sont donnés à cœur joie à détruire ce nouvel opus sans jamais vouloir le comprendre vraiment, les norvégiens n’en ont eu cure et ils ont eu raison. En tentant l’épreuve de l’album plus simple et plus concis, Shining n’a jamais eu besoin de se renier et est resté fidèle à lui-même, tout en explorant de nouvelles facettes. Non dénué de défauts, cet effort reste un moment intéressant perclus de hits en puissance.

  • Take Me
  • Animal
  • My Church
  • Fight Song
  • When the Lights Go Out
  • Smash it Up !
  • When I’m Gone
  • Everything Dies
  • End
  • Hole in the Sky

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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