septembre 28, 2022

Monsieur Lazhar

De : Philippe Falardeau

Avec Mohamed Fellag, Sophie Nélisse, Emilien Néron, Danielle Proulx

Année : 2012

Pays : Canada

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

A Montréal, Bachir Lazhar, un immigré algérien, est embauché au pied levé pour remplacer une enseignante de primaire disparue subitement. Il apprend peu à peu à connaître et à s’attacher à ses élèves malgré le fossé culturel qui se manifeste dès la première leçon. Pendant que la classe amorce un lent processus de guérison, personne à l’école ne soupçonne le passé douloureux de Bachir, qui risque l’expulsion du pays à tout moment.

Avis :

Réalisateur québécois, Philippe Falardeau, après une petite incursion en tant qu’analyste politique, s’est dirigé vers la télévision. Pendant une dizaine d’années, Philippe Falardeau s’est fait la main, aussi bien avec la caméra, que dans l’écriture, réalisant une vingtaine de courts-métrages pour des émissions télé d’un côté, ou scénarisant des documentaires de l’autre. C’est dans le documentaire que le metteur en scène commencera vraiment sa carrière de cinéaste, avant de passer à la fiction au début des années 2000. Depuis, Philippe Falardeau s’est illustré comme un réalisateur important avec des films tels que « Guibord s’en va en guerre« , « The Good Lie« , « Congorama« , ou « C’est pas moi, je le jure !« .

Pour commencer les années 2010, Philippe Falardeau se lance dans l’adaptation d’une pièce de théâtre d’Evelyne de la Chenelière avec « Monsieur Lazhar« . Abordant l’éducation sous fond de drame et d’immigration, « Monsieur Lazhar » est un film qui respire à pleins poumons la sincérité. On sent que le projet tient au cœur de son réalisateur et si l’ensemble demeure joliment fait, je dois avouer que j’en ressors avec des déceptions, car « Monsieur Lazhar« , si bienveillant soit-il, demeure terriblement commun et sans grande surprise, et malgré des thèmes forts et intéressants au demeurant, le film de Philippe Falardeau a comme un goût de déjà-vu et revu.

Bachir Lazhar est un homme d’origine marocaine qui habite depuis quelques années à Montréal. Enseignant, il apprend par le biais d’un journal qu’une des écoles de Montréal cherche un enseignant après le suicide d’une professeure. Après un entretien, M. Lazhar est embauché, et très vite l’homme va se rendre compte du fossé qu’il peut y avoir entre lui et ses jeunes élèves. Alors que la classe essaie tant bien que mal de se remettre du départ de l’enseignante, M. Lazhar, dans le privé, fait face à la justice du pays, car il est un réfugié politique, et son cas n’a pas encore été statué.

Porté par un superbe bouche-à-oreille, ayant apprécié quelques films de Philippe Falardeau, dont le génial « Guibord s’en va en guerre« , je me suis lancé plein d’espoir, de curiosité, et même d’amour déjà validé, dans « Monsieur Lazhar » et j’en ressors plus que partagé. Partagé entre un film qui tient de bons sujets et qui dégage quelque chose de vraiment sincère dans la façon qu’il peut avoir de parler du choc que peut provoquer un suicide chez les enfants, et un côté très convenu dans son ensemble, ce qui amènera le film à se faire sans surprise, et au-delà de ça, assez plat et long finalement.

Adapté d’une pièce de théâtre, « Monsieur Lazhar » est un film qui, dans son scénario, tient de très jolis arguments. Très riche, « Monsieur Lazhar » va alors mêler tout un tas de sujets en une heure et demie de film. Ainsi, à travers un drame et au travers de ses personnages, Philippe Falardeau abordera l’éducation, le système d’éducation au Canada, le choc des cultures, la souffrance et l’envie de parler du drame, notamment chez les enfants. D’ailleurs, c’est même ce qui est le plus intéressant ici, et le mieux fait.

« Monsieur Lazhar » est un film qui est parcouru par un sentiment étouffé, entre les adultes et notamment la directrice de l’établissement, qui essaie de faire oublier l’événement, ou du moins qui essaie de le faire taire et M. Lazhar qui lui, est pour la libre parole et le fait de laisser les enfants exprimer leur ressenti comme bon leur semble, au moment qu’ils choisissent. Il est aussi intéressant de voir le poids que ce suicide peut prendre, le film développant notamment deux des gamins qui ont deux sentiments opposés. Les deux gamins sont par ailleurs exceptionnels.

« Monsieur Lazhar » est aussi un film qui parlera de l’immigration au Canada et des procédures d’acceptation d’un cas de réfugié politique. Avec ces sujets, le film développera le passé de ce professeur qui doit affronter en quelque sorte le même sentiment de deuil que celui qu’affrontent ses élèves. Bref, comme je le disais, « Monsieur Lazhar » est un film bien riche, mais malheureusement, le traitement de tout cet ensemble est terriblement commun et que ce soit dans l’écriture ou dans la mise en scène, Philippe Falardeau nous offre assez peu de chose pour pleinement nous accrocher. Son film est loin d’être désagréable, il se laisse même gentiment regarder. Ses personnages sont assez touchants et assez sympathiques, et pourtant, il manque un punch, une émotion et plus largement un souffle à ce « Monsieur Lazhar » pour nous convaincre et nous marquer. Malgré toutes les bonnes intentions de son réalisateur et malgré la richesse de son scénario, « Monsieur Lazhar« , au milieu de films sur l’éducation, est un métrage qui n’arrive pas à s’élever et se faire remarquer, ce qui fera que d’ici quelque temps, je pense qu’il se fera gentiment oublier.

Ce qui développe aussi ce sentiment et cette déception, c’est la mise en scène de Falardeau. Si le cinéaste a réussi à tirer de jolies choses de ses jeunes comédiens, notamment Émilien Néron et Sophie Nélisse, « Monsieur Lazhar » est un film qui reste très plat. À aucun moment, Philippe Falardeau n’offre, dans sa mise en scène, une originalité ou quelque chose qui nous « réveillerait ».

« Monsieur Lazar » avait tout du film génial, qui saurait nous prendre et nous bouleverser. Philippe Falardeau réunit bien des ingrédients qui sont bons et de manière générale, son film se laisse regarder et l’on ne passe pas un moment désagréable devant. Malgré tout, « Monsieur Lazhar » déçoit, car si sympathique soit-il, il demeure aussi un film sans surprise, très classique, très lisse et devant lequel on reste dans l’attente qu’il nous propose quelque chose qui nous surprenne, nous touche vraiment et nous intéresse plus que ce qu’il propose. Ainsi, « Monsieur Lazhar« , malgré ses bons côtés, se pose comme une déception.

Note : 10/20

Par Cinéted

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