novembre 30, 2021

Le Bureau des Affaires Occultes – Eric Fouassier

Auteur : Eric Fouassier

Editeur : Albin Michel

Genre : Policier

Résumé :

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Avis :

Le polar historique est un genre particulièrement exigeant où il est nécessaire de concilier une narration dynamique à un contexte réaliste. Aussi, la rigueur est de mise en de telles circonstances. Ce type de projet peut donc se révéler à double tranchant si le sujet ou les fondamentaux ne sont guère maîtrisés. L’on compte de nombreux spécialistes dans le domaine, y compris dans l’hexagone. En règle générale, les auteurs focalisent leur œuvre sur une période spécifique. Cela permet ainsi de déployer l’étendue de leurs connaissances pour une saga littéraire, à tout le moins un projet qui tient à ancrer la fiction dans une époque donnée. Éric Fouassier se montre davantage éclectique dans l’écriture de ses livres.

Avant de s’immerger dans le Paris des années 1830, il s’est insinué, entre autres, dans la France du VIe et XVIe siècle. Il s’est même essayé au thriller contemporain avec les enquêtes du commissaire Cloux. Le Bureau des affaires occultes ne constitue donc pas forcément une continuité dans son œuvre, mais un nouvel exercice littéraire qui vient grossir l’étendue de ses talents d’érudit. En l’occurrence, ce roman nous plonge dans une période trouble de l’histoire de France. À savoir, l’instauration de la Monarchie de juillet. Dès lors, on devine une situation houleuse où les enjeux politiques suggèrent des implications et des méfaits à l’aune d’une criminalité omniprésente.

En cela, le contexte est retranscrit avec justesse. Cela tient autant à l’évocation de célèbres évènements jusqu’à la découverte d’anecdotes méconnues. Avec un équilibre évident pour ne pas supplanter l’intrigue elle-même, on a droit à une reconstitution exhaustive de la période afin de mieux appréhender l’affaire en question. Par ailleurs, ce procédé rend l’atmosphère du récit d’autant plus réaliste et immersive qu’il concourt à ressusciter cette époque par l’entremise de la plume. Personnages historiques et fictifs se côtoient avec un parfait amalgame des faits romancés et avérés afin de ne distinguer aucune scission au fil des chapitres. L’auteur dépeint des portraits méticuleux et sensibles qui suggèrent, selon l’intéressé, l’empathie ou l’antipathie.

Certes, il s’agit d’un élément indissociable de tout polar historique, mais il est toujours bon de mettre en avant une telle qualité. Si elle va de soi, elle n’est pas forcément inhérente à chaque roman. En ce sens, on apprécie également cette appropriation de la capitale française. On songe à ces artères lugubres et miséreuses, les hôtels particuliers des nantis, ainsi qu’à ces rues célèbres et d’autres qui ont désormais disparu. Il s’en dégage une véritable cohérence géographique et architecturale qui incite le lecteur à en apprendre davantage. Cela vaut aussi pour des éléments indissociables de l’intrigue tels que les mœurs au XIXe siècle, les agissements des criminels ou même la question de la corruption au sein des forces de l’ordre.

En ce qui concerne l’enquête en elle-même, elle présente deux points de vue distincts qui se recoupent tôt ou tard. Là encore, l’ensemble fait preuve d’une attention toute scrupuleuse pour dépeindre certaines méthodes d’investigation de l’époque et des courants émergents fondés sur l’esprit de déduction. Certains éléments s’orientent vers une connotation irrationnelle, même si celle-ci trouve rapidement des pistes de réflexion cartésiennes. On notera également la propension du protagoniste, Valentin Verne, pour des techniques axées sur les sciences, s’appuyant sur un pragmatisme de circonstances. À certains égards, son caractère et ses réactions ne sont pas sans rappeler un certain Nicolas Le Floch.

Au final, Le Bureau des affaires occultes constitue un excellent ouvrage historique doublé d’un polar entraînant, au suspense permanent. Éric Fouassier s’approprie le Paris des années 1830 avec brio, donnant corps à une période tourmentée ; tant d’un point de vue politique que sociétal. La qualité du récit est à l’aune de descriptions fouillées sans pour autant sombrer dans la redite ou des longueurs dispensables. Avec un personnage principal attachant, des investigations intrigantes et une mise en contexte rigoureuse, l’auteur offre une incursion convaincante, voire incontournable pour les amateurs du genre. Une figure littéraire à surveiller qui, de par son érudition et son talent de conteur, peut s’avancer comme l’héritier de Jean-François Parot. Rien que ça !

Note : 17/20

Par Dante

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