novembre 30, 2021

Tout s’est Bien Passé – Finir Digne

De : François Ozon

Avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC.
Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir.
Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Avis :

Au sein du cinéma français actuel, peu de réalisateurs ont su s’installer comme François Ozon a pu le faire. Bourreau de travail, passionné et imprévisible, cela fait plus de trente ans maintenant que François Ozon ne cesse d’agrandir sa filmographie. Passant d’un style à l’autre, d’un drame à l’autre, d’une comédie à l’autre, la filmographie de François Ozon est l’une des plus riches qu’on trouve en ce moment, et au-delà de ça, entre « 8 Femmes« , « 5×2« , « Été 85« , « Dans la maison« , « Le temps qui reste« , « Sous le sable« , « Une nouvelle amie« , « Frantz« , « Grâce à Dieu« , et j’en oublie, la filmographie de François Ozon se pose comme l’une des plus belles.

Une fois passée cette introduction qui manque cruellement d’objectivité tant j’aime le cinéma de François Ozon, revenons à notre Ozon annuel, qui après la comédie dramatique et ensoleillée qu’est « Été 85« , le réalisateur français revient cette fois avec un drame teinté de comédie. Un drame tiré d’une histoire vraie, celle d’une amie, Emmanuèle Bernheim qui fut confrontée à un choix extrême. Ainsi, pour son vingtième long-métrage, François Ozon a décidé d’aborder un sujet brûlant, celui de la fin de vie, et au-delà de ça, le choix de cette fin de vie. Entre finesse, sobriété, comédie et émotion, sans jugement aucun, François Ozon livre là un joli film. Un film peut-être pas aussi renversant et bouleversant comme on aurait pu s’y attendre, mais un film simple, joli, et surtout tenu par des acteurs flamboyants.

Emmanuèle, romancière à succès, a une vie bien remplie. Un matin, Emmanuèle est appelée à se rendre au chevet de son père, qui vient de faire un AVC. Cet accident vasculaire cérébral a laissé le vieil homme très diminué. Lui qui aimait la vie, lui amateur d’art, lui fantasque, se retrouve aujourd’hui paralysé d’un côté, ayant même du mal à parler. Pour lui, la vie dans cet état ne vaut pas d’être vécue. Alors un matin, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Pour Emmanuèle, c’est un choc, et avec sa sœur Pascale, elles vont se retrouver face à un choix, accepter d’aider leur père, ou le faire changer d’avis.

Un peu plus d’un an après son incursion dans les années 80, François Ozon est de retour et cette fois-ci, il a choisi notre époque pour aborder un sujet des plus brûlants, le droit de mourir dans la dignité, droit qui est toujours « refusé » dans notre beau pays.

Faire un film avec ce sujet-là n’est pas une mince affaire, car les pièges y sont nombreux. Le film pourrait s’engouffrer dans le pathos d’un côté, ou alors, à force de vouloir éviter le dit pathos, le film pourrait aussi pencher dans le sens inverse et offrir un récit dénué d’émotion. Le piège du « plombant » pouvait aussi s’inviter, tout comme celui du parti-pris bien trop marqué, biaisant à cette occasion l’idée de son sujet. Il y a un peu de tout ça dans le nouveau film de François Ozon, mais là où d’autres se serait cassés les dents, le metteur en scène français arrive avec beaucoup de simplicité et surtout de sobriété à éviter tout ceci, pour nous livrer un joli film, qui tout en se faisant politique, demeure avant tout un film d’amour et d’acceptation. Certes, je dois bien avouer que je reste quelque peu déçu de ne pas avoir été autant touché et bousculé que ce à quoi je m’attendais, cependant, malgré ce manque d’émotion (et attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas d’émotion dans ce film, non, je dis juste que j’aurais aimé la petite étincelle de plus, qui aurait emmené le film autre part), « Tout s’est bien passé » s’est posé comme un joli moment de cinéma.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce joli et bon moment. Écrit par François Ozon lui-même, « Tout s’est bien passé » est un film qui tient un bon scénario. Un scénario solide, qui arrive bien à parler de son sujet, des démarches, des risques, de la paperasse, et au-delà de ça, de ce choix, la réflexion qui est faite autour, puis l’acceptation de ce choix, qui peut ne pas convenir à l’entourage, mais qui pour une question d’amour s’accepte. Évitant de tomber dans un drame plombant, François Ozon parsème son film, et notamment ses dialogues, d’humour et de sarcasme qui sont toujours bien placés. Étrangement, on sourit très souvent devant « Tout s’est bien passé« . Des sourires qui sont bien souvent amenés par un André Dussollier bluffant et incroyable. Un André Dussollier qui, au crépuscule de la vie de son personnage, se trouve être plein de vie justement.

Du côté de la mise en scène, François Ozon livre un film pudique, qui ne cesse de sonner comme juste. Oscillant entre le drame et la comédie, le réalisateur évite le pathos, et nous entraîne dans un quotidien très sombre qu’il teinte de lumière. Jamais Ozon ne tombe dans la caricature et jamais il ne tombe dans le plombant, et si ce choix est résolument une qualité, il peut être aussi un petit défaut pour ce film-là, car « Tout s’est bien passé » donne l’impression de se brider. L’ensemble reste très beau et bien fait, mais il lui manque aussi un petit quelque chose pour pleinement nous tenir, nous emporter et nous bousculer.

« Tout s’est bien passé« , comme je le disais plus haut, est un film qui est brillamment tenu par André Dussollier, et bien sûr, le reste du casting est tout aussi bon et beau. Cela faisait des années que François Ozon avait envie de travailler avec Sophie Marceau et pour l’occasion, après l’avoir courtisé, elle a accepté ce rôle et pour son retour sur les écrans après trois ans d’absence, la comédienne trouve un bien joli rôle pour lequel elle est très juste. Une justesse qu’on retrouve aussi chez Géraldine Pailhas qui tient le rôle de l’autre sœur. Pour le reste, de manière plus ou moins développé, Ozon livre un casting royal où l’on y croise Charlotte Rampling, Eric Caravaca, Grégory Gadebois, Hanna Schygulla ou encore Annie Mercier.

Vingtième film pour François Ozon, « Tout s’est bien passé » est un bon film. Un film qui parle bien de son sujet et surtout de l’acceptation de cette décision. Ne tombant jamais dans le larmoyant ou le jugement, François Ozon livre un film sobre, équilibré, et aussi drôle qu’il sait se faire touchant. Il y a un soupçon de déception, car avec un sujet pareil et ce sens du casting, on aurait adoré le voir entrer dans le panthéon des plus beaux Ozon, mais même s’il lui manquera ce petit truc en plus, « Tout s’est bien passé » nous fait passer un joli moment de cinéma, et au-delà de ça, ce serait bien qu’il ouvre un débat.

Note : 13/20

Par Cinéted

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