décembre 3, 2021

Casanova et la Femme Sans Visage – Olivier Barde-Cabuçon

Auteur : Olivier Barde-Cabuçon

Editeur : Actes Sud

Genre : Policier

Résumé :

Après avoir sauvé Louis XV de la mort lors de l’attentat de Damiens, et malgré son peu de goût pour la monarchie, le jeune Volnay obtient du roi la charge de “commissaire aux morts étranges” dans la police parisienne.
Aidé d’un moine aussi savant qu’hérétique et d’une pie qui parle, Volnay apparaît comme le précurseur de la police scientifique, appelé à élucider les meurtres les plus horribles ou les plus inexpliqués de son époque.
Épris de justice, c’est aussi un homme au passé chargé de mystère, en révolte contre la société et son monarque qu’il hait profondément. Lorsque, en 1759, le cadavre d’une femme sans visage est retrouvé dans Paris, Volnay doit conduire une enquête sur le fil du rasoir avant que le meurtrier ne frappe de nouveau.
Surveillé de près par Sartine, le redoutable chef de la police qui voit d’un mauvais œil ce policier hors normes, Volnay, aidé à cette occasion par le libertin Casanova en personne et une jeune aristocrate italienne tournée vers les sciences et le progrès, remonte la piste d’un crime qui pourrait impliquer la Pompadour et Louis XV lui-même.
Mais entre des alliés incertains et des adversaires redoutables, à qui le commissaire aux morts étranges peut-il se fier ?

Avis :

Titulaire d’un master 2 en droit et en ressources humaines, Olivier Barde-Cabuçon devient juriste dans un cabinet d’avocats avant de se lancer dans son premier amour, l’écriture, en 2006. Il publie alors un roman historique, Les Adieux à l’Empire, et commence à lorgner sur le policier historique en 2010 avec Le Détective de Freud. C’est deux ans plus tard qu’il commence à se faire un nom dans le genre, avec Casanova et la Femme Sans Visage. Toujours dans le policier historique, l’écrivain va écorcher la vision de Louis XV et instaure deux personnages récurrents, le chevalier Volnay et son acolyte le moine. Nommé le commissaire aux morts étranges, Volnay va devoir résoudre des meurtres incongrus pour le compte du roi. L’auteur obtient le prix sang d’encre avec ce livre et lancera alors une franchise qui deviendra, avec le temps, un joli succès. Mais revenons sur ce premier tome.

Dans une sombre ruelle, une jeune femme est retrouvée morte, le visage arraché de façon chirurgicale. Le commissaire aux morts étranges est dépêché sur place pour retrouver des indices. Il trouve alors sur le cadavre une lettre avec un sceau royal. Volnay décide alors de prendre et de cacher cette lettre. Il va aussi faire la rencontre du célèbre Casanova, car c’est lui qui a trouvé le cadavre en pleine nuit. Dès lors, Volnay, son ami le moine, Casanova et une jeune italienne répondant au doux nom de Chiara vont mener l’enquête qui trouve des liens avec le roi Louis XV et sa femme, la Pompadour. Enquête, meurtre insolite, liaisons dangereuses au sein de la royauté, Casanova et la Femme Sans Visage prend tous les ingrédients pour un bon polar historique et c’est ce qu’il va être.

Dès le début, nous sommes plongés dans une ambiance qui oscille entre le délétère et le vivant. L’auteur va décrire Paris avec deux facettes. La première, celle de la nuit, lugubre, dangereuse, avec ce qu’il faut de filles de joie, de malandrins et autres tueurs cachés. La seconde, celle du jour, avec une ville vivante, bruyante, sale et pourtant chaleureuse. C’est dans cette cité que Volnay va devoir mener une enquête qui part dans les hautes sphères de la politique. Une enquête tortueuse, qui trouve ses lettres de noblesse dans les roublardises de la royauté, avec un roi accro au sexe, pédophile et une reine qui tente par tous les moyens de satisfaire cet ogre. Ce premier roman cache une critique acerbe de la politique et de la monarchie. Des bourgeois qui se croient tout permis, qui sont prêts à tout pour se protéger, quitte à commettre des meurtres atroces.

Mais ce n’est pas tout. Si le roman démonte, point par point, les rouages d’une politique déjà dégueulasse pour son époque, on retrouve aussi des penchants historiques inattendus, comme la présence de confréries qui veulent la mort du Roi, d’alchimistes qui alimentent les rumeurs sur la vie éternelle et la pierre philosophale, ou encore des prévots qui possèdent aussi leur petit organisme criminel. Bref, Olivier Barde-Cabuçon délivre un roman qui est très riche et qui permet à son enquête de trouver plusieurs pistes pour mieux nous cueillir sur la fin. D’ailleurs, on aura droit à des résolutions qui trouvent écho dans tous les thèmes abordés, ce qui donne une véritable cohérence. On restera cependant un peu sur notre faim quant à l’aspect pragmatique de la femme sans visage, dont la mort reste un peu tarabiscotée.

Mais l’autre puissance de ce roman réside dans ses personnages. Le chevalier Volnay est très intéressant. Mutique, rigoureux, solitaire, il cache un lourd passé en rapport avec son père et le parti dévot, ce qui aliment sa haine envers la religion. Il est un personnage atypique, qui sort des carcans des détectives que l’on peut voir, et surtout, il possède un background qui lui donne de l’épaisseur et de l’intérêt. Le moine est aussi un personnage attachant, car c’est un bon vivant qui ne croit plus en Dieu, mais qui garde la bure pour brouiller les esprits. Drôle, il est la face joyeuse de Volnay, mais aussi le scientifique en avance sur son temps. Quant à Casanova, l’auteur revisite ici son mythe, en créant un personnage qui a des fêlures, qui est aussi détestable qu’attachant.

Enfin, Chiara reste un peu en deçà des autres. C’est la jolie fille qui fait chavirer le héros, mais qui cache un secret. Elle sera le sujet de discorde entre Casanova et Volnat, chacun la désirant pour diverses raisons. Parmi les personnages secondaires, on notera des portraits au vitriol qui tirent à boulets rouges sur les puissants. Le roi est un homme sans vie, sans flamme, qui s’alimente de sexe avec des mineurs pour ne pas sombrer dans la folie. L’homme est un véritable monstre intouchable. La Pompadour est plus discrète, plus fourbe, mais elle est une femme aimante qui a ses réseaux pour survivre à la cour et maintenir son amour auprès du roi. D’autres personnages viendront compléter ce tableau assez sombre, avec la Confrérie du Serpent et ses tueurs, ou encore le parti dévot et son chef mystérieux.

Au final, Casanova et la Femme Sans Visage est un bon roman qui mélange allègrement l’histoire et le policier. Sous ses atours d’enquête presque fantastique, l’auteur délivre un pamphlet contre la royauté, mais aussi contre la religion. Olivier Barde-Cabuçon ne mâche pas ses mots et sous sa première intrigue, il offre un point de vue sans concession envers des puissants qui se sentent invincible et protégé. Plus malin que prévu, et malgré une fin un peu abrupte, ce premier roman du commissaire aux morts étranges est une belle réussite qui donne envie de se plonger dans la suite. Et en règle générale, c’est plutôt bon signe.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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