juin 22, 2021

Un Nom Pour un Autre

Titre Original : The Namesake

De : Mira Nair

Avec Kal Penn, Irrfan Khan, Linus Roache, Tabu

Année : 2007

Pays : Etats-Unis

Genre : Romance

Résumé :

Peu de temps après leur mariage arrangé, Ashoke et Ashima quittent Calcutta pour New York. Etrangers l’un à l’autre comme à ce nouveau pays, ils s’efforcent de s’adapter. Ashima donne bientôt naissance à un fils qu’Ashoke baptise du nom du célèbre auteur russe, Gogol.
Jeune Américain de la première génération, Gogol doit se forger sa propre identité entre ses racines bengalies et sa nationalité américaine. Attiré par le mode de vie qui fait son quotidien, il rejette ses origines et fréquente une jeune Américaine. De leur côté, Ashoke et Ashima s’accrochent à leurs traditions…
Pour Gogol, chaque situation provoque un choc entre les deux cultures dont il est issu, mais au-delà de ce que cela engendre de drôle ou de douloureux, le jeune homme finira par dépasser tout ce qui sépare pour découvrir ce qui réunit…

Avis :

Réalisatrice indienne, Mira Nair s’est imposée dans le paysage du cinéma international. Oscillant entre le cinéma indépendant indien et des projets plus gros en Amérique, Mira Nair s’est bâtie une filmographie aussi belle que culturellement intéressante, questionnant bien souvent les racines, la culture, les traditions, l’immigration ou encore l’intégration.

Parmi la quinzaine de films que la réalisatrice a tournée, il en est un qui cristallise quelque peu toutes ces interrogations. Ce film, c’est « Un nom pour un autre« . Adaptation de « The Namesake » de Jhumpa Lahiri, « Un nom pour un autre » est sûrement le film le plus personnel de sa cinéaste, car à travers les écrits de Jhumpa Lahiri, Mira Nair s’y est beaucoup retrouvée et il était évident que ce soit la réalisatrice qui s’en empare. D’autant plus que Mira Nair livre là l’un de ses plus beaux films. C’est entre deux mondes et deux cultures que Mira Nair pose donc sa caméra. Entre Calcutta et New York, Mira Nair questionne l’appartenance et l’identité, tiraillé entre deux cultures fortes. Beau, tendre, juste et sensible, « Un nom pour un autre » est un joli bout de cinéma qui vient embellir la filmographie de Mira Nair, une fois de plus.

Calcutta dans les années 70, Ashoke et Ashima viennent de se marier. Mariage arrangé par leur parent, les deux jeunes gens, peu après, quittent l’Inde pour s’établir en Amérique, près de New York, car en Amérique, tout est possible, et surtout, les deux jeunes mariés veulent donner une autre chance que celle qu’ils ont eu à leurs futurs enfants. Peu de temps après leur arrivée, naît un petit garçon, que les deux parents vont appeler Gogol. Gogol va grandir en Amérique et ainsi devenir un américain, mais il va aussi devoir composer avec la culture de ses parents, avec ses origines. Deux cultures à l’opposé l’une de l’autre, qui vont s’entrechoquer, se regarder, et s’accepter, pour composer un seul et même jeune homme.

Septième film de Mira Nair, « Un nom pour un autre » est un très joli film. Comment faire quand on est né quelque part et nourri de son quotidien, et qu’en arrière, il y a tout un héritage et une culture à accepter ? Voilà de quoi va parler le film de Mira Nair et autant dire que la metteuse en scène va très bien en parler, posant les justes interrogations, trouvant les mots et les scènes ou faire passer le plus de sentiments contraires et le plus d’émotions possible.

La question de l’héritage et le déracinement a toujours, de près ou de loin, nourri le cinéma de Mira Nair, mais jamais il n’aura été approché de cette manière-là. « Un nom pour un autre« , c’est un voyage intérieur. Un voyage à travers les sentiments contradictoires d’un jeune homme qui veut tout et rien à la fois. Un voyage peuplé de regrets, de remords, mais aussi d’hommages, de cultures et de découvertes. Doté d’un très beau scénario, Mira Nair nous entraîne dans une intrigue dense où transmissions et traditions s’entrechoquent avec culture et identité. Une intrigue faite de petits morceaux de vie, de petits choix ou rejets, qui au fur à mesure que son récit se développe, approfondit ces personnages, devenant de belles sources d’émotions. Tiraillé entre ces cultures, tiraillé entre plusieurs sentiments contradictoires, il est difficile de se découvrir et de s’accepter. D’accepter qui l’on est. Alors pour cela, on s’évade, on rejette, on fait des erreurs, on apprend, et finalement, peut-être qu’un jour, on se découvre et ça, c’est ce qu’a parfaitement réussi à raconter Mira Nair à travers une trentaine d’années de vie.

« Un nom pour un autre« , c’est aussi un voyage visuel. Un voyage qui fait des allers-retours entre les rues de Calcutta, les bords du Gange et les tours de New York et la campagne américaine. Mira Nair a parfaitement su orchestrer ce voyage, dotant son film d’un bon rythme, qui fait osciller cette intrigue entre drame, culture, et parfois quelques petites pointes de comédie. Puis au-delà de ça, « Un nom pour un autre » arrive tout le temps à flirter avec l’émotion, nous offrant un film très humain, où règne une certaine forme de justesse et de sensibilité dans les sentiments que Mira Nair met en images.

Mira Nair évitera aussi tous les clichés qu’on pourrait imaginer, aussi bien dans son intrigue que dans la façon qu’elle aura de raconter cette intrigue. Son film est alors un vrai plaisir à suivre, d’autant plus qu’il est très bien filmé et génialement parcouru d’une BO qui conjugue très bien les cultures.

Enfin, et comme toujours, Mira Nair a très bien choisi ses comédiens, entre vétérans et jeunes découvertes. Si la réalisatrice nous offre un Irrfan Khan bouleversant de tendresse, et de bons petits rôles pour Jacinda Barrett et Brooke Smith (oui, elle a vraiment un petit rôle, mais j’adore cette actrice), « Un nom pour un autre » repose surtout sur deux acteurs, qui sont ici parfaits, qui tiennent tous deux des personnages qui doivent conjuguer avec leurs deux cultures. D’un côté, il y a Kal Penn magnifique en jeune homme perdu, partagé entre son éducation américaine, ses envies « de normalité » et tout cet héritage qu’il n’est pas prêt à accepter. Et de l’autre côté, il y a Tabu, immense actrice indienne, dont le personnage se voit se poser les mêmes questions que son fils, mais dans un sens contraire, née en Inde et déracinée sous couvert de vie meilleur. Les deux acteurs et surtout les deux personnages complètent très bien le propos et les questionnements que Mira Nair évoque avec ce film.

« Un nom pour un autre » est donc un très beau film, et à coup sûr même, l’un des plus beaux de la filmographie de Mira Nair. Chronique sociale, chronique culturelle, portrait de personnages, et portrait de famille, drame, héritage, déracinement, intégration, quête existentielle et découverte de soi-même, « Un nom pour un autre » est un très beau voyage et un petit concentré d’émotion, qui personnellement m’a beaucoup touché. Puis j’ai adoré ce voyage entre Calcutta et New York, un joli dépaysement, bourré de culture, de couleurs et de traditions. Bref, le cinéma de Mira Nair mérite qu’on s’y arrête.

Note : 16/20

Par Cinéted

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