juin 22, 2021

Antichrist

De : Lars Von Trier

Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, Storm Acheche Sahistrom

Année : 2009

Pays : France, Italie, Pologne, Danemark, Suède, Allemagne

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Un couple en deuil se retire à  » Eden « , un chalet isolé dans la forêt, où ils espèrent guérir leurs cœurs et sauver leur mariage. Mais la nature reprend ses droits et les choses vont de mal en pis…

Avis :

Dans la famille des cinéastes à l’univers singulier, aujourd’hui, on s’arrête sur Lars Von Trier, réalisateur danois qui s’est taillé au fil des années une sacrée réputation. Lars Von Trier est un cinéaste qui ne mâche pas son cinéma et qui a l’habitude de malmener son spectateur. Les années 2000 n’ont pas été belles pour Lars Von Trier, aussi bien dans sa vie personnelle avec dépression et alcoolisme, que dans son cinéma, qui a été malmené autant que le metteur en scène nous a malmenés. Si Von Trier a rencontré le succès au début des années 2000 avec le sublime et choquant « Dancer in the Dark« , qui remporta la Palme d’Or, ses autres films ont connu moins de succès. « Dogville » et Manderlay« , films conceptuels, n’ont pas réussi à pleinement convaincre, au point que Von Trier laissa tomber son projet de trilogie. Quant à « Le Direktør« , une comédie sur l’entreprise, il est l’un des seuls films qui personnellement m’a mis en colère. C’est dire.

Pour conclure ses années 2000, Lars Von Trier revenait une dernière fois, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le metteur en scène, qui à l’époque enchaînait des heures sombres dans sa vie, n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Film polémique, horrible et insoutenable, expérience atroce de cinéma, « Antichrist » aura fait couler beaucoup d’encre. Pour ma part, je me souviens encore de cette séance de cinéma et du sentiment terrifiant de malaise que j’avais pu ressentir pendant toute la projection et bien plus encore, car d’une certaine façon, « Antichrist » me poursuit encore aujourd’hui, laissant derrière lui un souvenir vivace. Un souvenir vivace, mais aussi ambigu, ne sachant pas, ou plus, si j’avais apprécié l’expérience. Alors pour me refaire un avis, je me suis replongé avec perte et fracas dans le sulfureux, horrifique et terrifiant « Antichrist » de Lars Von Trier.

Un couple vient de perdre leur petit garçon. Désespéré, abattu par la douleur, le couple décide de se retirer dans leur chalet, perdu en pleine forêt. L’homme étant thérapeute, il décide de prendre sa femme comme patiente, afin de l’aider à affronter le deuil et cette terrible épreuve.

Il y a des films qui ne laissent pas indemne, des films qui sont de telles expériences qu’ils vont vous marquer, en bon comme en mauvais, et il est clair qu’ »Antichrist » de Lars Von Trier fait partie de ceux-là.

Il est très difficile de poser des mots sur « Antichrist« , tant le film de Lars Von Trier est singulier et au-delà de ça, tant on peut avoir tendance à s’y perdre. Comme on le sait tous, « Antichrist » est sombre, dur, violent et désespéré. « Antichrist » tient une imagerie aussi marquante qu’elle est terrifiante. « Antichrist » tient aussi une imagerie bourrée de symboliques, d’allusions, et autres plans majestueux. Et enfin, « Antichrist » est un film difficilement saisissable, tant il est sujet à interprétations. Qu’a voulu raconter Lars Von Trier avec cette histoire de deuil ? La réponse est peu évidente, et surtout, il peut varier au fil des spectateurs. Certains y verront un trip mégalo, glauque, qui n’ira nulle part, quand d’autres pourront y voir un petit chef-d’œuvre, qui est une odyssée sur le travail de deuil. Pour ma part, je me placerais entre les deux, dans le sens où si « Antichrist » a su m’impressionner, et j’ai apprécié le fait d’être secoué, il n’en reste pas moins que l’ensemble, pour ce qu’il raconte, est plutôt alambiqué et pompeux.

La première chose qui frappe très fort avec le film de Lars Von Trier, c’est son visuel. Un visuel incroyable, dingue, un visuel majestueux, peuplé de scènes assez incroyables. D’ailleurs, le film est lui-même est d’une beauté magnétique, qui a cette tendance à captiver tous nos sens. Trip noir, trip sombre, trip glauque, cru et cruel, « Antichrist« , dans son imagerie et ses idées, qu’on les apprécie ou non, est une très belle leçon de cinéma. Le film est une odyssée esthétique très poussée, et même si je dois bien avouer que je m’y perds, que tout n’est pas compréhensible au premier comme au deuxième abord (et que je n’ai pas franchement envie de m’y replonger une troisième), « Antichrist » demeure une grande claque et une expérience de cinéma peu commune.

« Antichrist » est sombre, abordant le deuil. Un deuil qui dérivera jusqu’à une folie d’une très grande cruauté. Si l’ambiance d’ »Antichrist » était étouffante, poussant au malaise à tout instant, pour ne part dire plus, ce n’était pas là où j’ai eu le plus de « mal » avec ce film. Non, là où « Antichrist » coince, si je peux dire ça ainsi, c’est du côté de son scénario. Comme je le disais, « Antichrist » est sujet à interprétations et peut-être que je fais fausse route dans ce que j’en ai compris, mais au final, pour ce que j’en ai compris, la façon que peut avoir Lars Von Trier de raconter cette histoire est bien trop alambiquée pour « pas grand-chose » finalement. « Antichrist« , derrière le travail de deuil, et derrière la dépression, est un film qui parle de sentiments, notamment de douleurs, regrets et du sentiment de culpabilité. Comment peut-on passer au-dessus de la mort d’un enfant, surtout dans les conditions vécues à ce moment-là ? Et plus que les deux premiers sentiments évoqués, « Antichrist » va pousser à l’extrême le sentiment de culpabilité, au point de pousser ses personnages dans des retranchements terribles. Cette histoire est très simple finalement, pour aller jusqu’à sa conclusion, il faut alors se subir des délires, ses dérives, ses allusions et autres trips symboliques glauques et en plus de laisser un sentiment d’égo-trip pompeux, c’est assez épuisant. Mais en même temps, c’est ce que Lars Von Trier veut faire, donc en un sens, l’expérience est réussie, mais à quel prix…

Cette expérience sera aussi réussie du côté de ses personnages et ses acteurs, qui arrivent à rendre des personnages assez agaçants, et en même temps, à force de douleur, malgré toute la cruauté que le film et cette histoire peuvent faire preuve, ces personnages sont aussi touchants au final. On notera que « Antichrist » est uniquement tenu par Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe, et les deux acteurs sont brillants.

« Antichrist » est donc un film terriblement singulier. C’est un film terrible dans bien des sens. C’est un film intense, qui marque puissamment. Inégal et pompeux d’un côté, épuisant tant il est désespéré et sombre, et même s’il n’entrera jamais dans ceux que je préfère de son réalisateur, il demeure une expérience que j’ai plus ou moins apprécié et accroché. Son intrigue est très alambiquée pour « pas grand-chose » et pourtant, elle me touche malgré tout ce que Lars a pu y ajouter par-dessus. Puis il y a ce choc esthétique, ce voyage fou et majestueusement sombre. Bref, « Antichrist » est une expérience qui, après treize ans et deux visionnages, me laisse toujours autant partagé. « Antichrist » est à ne pas mettre sous tous les yeux et il se diffusera sur chacun de manière très différente, donc à vous de voir.

Note : 12/20

Par Cinéted

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