décembre 3, 2021

La Danse du Mal

Auteur : Michel Benoît

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

A Rome, ils sont trois moines qui étudient l’origine du christianisme et la naissance de l’islam. Quand Georges, catholique syriaque, disparaît, son ami le frère Nil s’engage dans un voyage périlleux au cœur du désert syrien pour retrouver un dangereux manuscrit du Coran. Depuis son bureau de l’ancienne Inquisition, un prélat aussi discret que redoutable est décidé à s’en emparer pour lutter contre la poussée musulmane. Nil échappera-t-il aux djihadistes acharnés à détruire ce manuscrit ? à l’émissaire du Vatican lancé à ses trousses ? Sauvera-t-il Sara, la belle Juive au passé ténébreux ?

Avis :

Se pencher sur l’histoire des religions est un des aspects fondamentaux du thriller ésotérique. Mettre en exergue les manipulations et les détournements des préceptes originels permet de tisser des intrigues audacieuses, quitte à susciter la polémique de détracteurs et d’extrémistes. Dans une certaine mesure, les spécialistes avancent des arguments plausibles pour lutter contre l’obscurantisme de certains croyants, toutes confessions confondues. Déjà auteur du sympathique Le Secret du treizième apôtre, Michel Benoît (à bien distinguer de son homonyme responsable des enquêtes du commissaire Merle) revient au roman après avoir écrit différents essais, comme Prisonnier de Dieu.

La Danse du mal se penche sur l’origine de l’islam et, par extension, celle des deux autres grands monothéismes : le christianisme et le judaïsme. Au vu de la teneur du livre, nul doute que l’idée initiale de remettre en cause les fondements du Coran est sujette à de vives controverses. Mais n’est-ce pas là l’objet d’un tel ouvrage, même sous couvert de la fiction ? On part donc d’un postulat où le Coran trouve sa source dans le courant nazôréen. La remise en question ne se focalise pas uniquement sur la délivrance du texte sacré par Dieu à Mahomet. Ce dernier s’avance alors entre ces lignes comme un personnage historique anecdotique auréolé d’un mythe qui le dépasse.

Un tel discours a de quoi faire grincer des dents pour de nombreux croyants, sans pour autant se montrer intégriste. L’idée de base n’est pas sans rappeler La Porte du messie de Philip Le Roy. On dispose d’une base solide et intrigante pour fournir un récit maîtrisé et engageant, synonyme de remise en cause des convictions. Soit dit en passant, la religion s’appuie sur le doute. Une croyance tient d’un cheminement personnel, d’une incertitude que l’on accepte en tant que source d’espérance. Chose que de nombreux religieux ont oubliée. En l’occurrence, La Danse du mal retranscrit assez bien cet aveuglement dogmatique qui, de leur point de vue, ne peut souffrir d’un questionnement.

Le présent ouvrage possède donc tous les ingrédients pour fournir un roman de qualité, à la fois distrayant et porteur d’une réflexion sur la place de la religion dans le contexte actuel. Cependant, le récit présente de nombreux écueils au fil de sa progression. Cela commence par une documentation superficielle, voire absente. On a beau arguer des révélations fracassantes sur l’origine de l’islam, les tournures stylistiques ressassent des faits similaires. Le fond historique reste beaucoup trop ténu pour étayer les propos. Il faut se contenter de dires, de rumeurs qui ne trouvent (presque) aucun écho au gré des siècles qui ont modelé l’histoire des religions.

Certains éléments sont également tendancieux quant aux relations qui lient religion et régime politique. L’illustration la plus représentative demeure la période du 3e Reich. Si l’on n’ignore pas des accointances entre le Vatican et les nazis, les faits sont survolés. Il en découle des approximations où il est facile d’amalgamer certains évènements sans avoir certaines connaissances préalables pour démêler le vrai du faux. Preuve en est avec cette confusion entre idéologie raciste et préceptes islamistes qui trouvent ici une continuité pour le moins douteuse. Le principal argument pour la justifier étant la persécution des chrétiens d’Orient et les Juifs.

Les raccourcis narratifs se multiplient et occultent le contexte pour présenter une vision manichéenne, voire partiale. On ne sombre pas pour autant dans un pamphlet incendiaire à l’égard des musulmans. Le constat est assez basique. Avec une candeur proche de la naïveté, l’auteur s’appesantit sur des questions stériles. En somme : « Pourquoi sont-ils aussi méchants ? ». Ce qui traduit parfaitement l’aspect binaire et partisan du discours sous-jacent. À cela s’ajoute une construction percluse de poncifs éculés, une évolution sans surprise et des personnages prétextes. Le cadre et les situations font l’objet de descriptions succinctes, également peu évocatrices d’une ambiance ou d’un lieu donné.

Ce qui s’avançait au départ comme une intéressante incursion dans les origines de l’islam débouche finalement sur un récit sommaire. Là où Le Secret du treizième apôtre proposait des pistes d’exploration pertinentes et crédibles, La Danse du mal se contente d’exacerber les divergences qui opposent les religions. Au-delà de la tonalité discutable qui en émane, l’histoire demeure prévisible au possible, faite de péripéties attendues et de protagonistes surfaits. Les nombreuses approximations obligent à combler les manquements de l’auteur par ses propres connaissances pour bien distinguer la vérité du fantasme. Un thriller ésotérique qui joue la carte de la controverse sans fournir des arguments probants et avérés. Une déception qui montre un essoufflement du genre.

Note : 07/20

Par Dante

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