décembre 9, 2021

Réincarnation

Titre Original : Rinne

De : Takashi Shimizu

Avec Yûka, Karina, Kippei Shiina, Tetta Sugimoto

Année : 2005

Pays : Japon

Genre : Horreur

Résumé :

Il y a 35 ans, un massacre est commis dans un paisible hôtel de tourisme… Pris d’une crise de folie, un professeur d’université se livre à un véritable carnage, faisant 11 victimes parmi les clients et le personnel de l’hôtel et assassinant toute sa famille, tout en enregistrant ses meurtres à l’aide d’une caméra vidéo.
Aujourd’hui, le réalisateur Matsumura s’apprête à porter ce fait-divers à l’écran sous le titre Réminiscence. Il choisit la jeune actrice Nagisa Sugiura pour en tenir le rôle principal. Alors que le tournage approche, Nagisa est la proie de rêves atroces et d’hallucinations morbides. C’est alors que Matsumura annonce à son équipe son intention de tourner son film sur les lieux mêmes du massacre…

Avis :

Aux côtés d’Hideo Nakata, Takashi Shimizu est une figure emblématique du cinéma d’horreur nippon. Avec la saga The Grudge, le réalisateur est parvenu à populariser un style à part entière au niveau international. Telle la malédiction qu’il dépeint continuellement à travers ces métrages, l’homme a toutes les peines du monde à se dépêtrer de cette image. Pour preuve, il est même en charge du remake américain de son œuvre phare et de sa suite directe. Avec Reincarnation, il assume son statut, non sans fatalisme dans ce que l’on peut considérer comme une critique de son propre travail. Une production qui fait office de pied de nez à l’industrie cinématographique ?

On part alors sur un postulat conventionnel en la présence d’un massacre ayant eu lieu dans un hôtel. Après avoir défrayé la chronique voilà quelques années, un réalisateur veut tourner un long-métrage à partir de ce fait divers. Certes, le concept du film dans le film n’est pas nouveau. Toutefois, il offre une mise en abîme pertinente sur le milieu du cinéma tout en manipulant le prisme de la réalité. Sa malléabilité tient autant à ce qui se trouve devant et derrière l’objectif. Où se situe la fiction ? Que suggèrent les images ? En cela, l’approche est intéressante à appréhender ; qu’il s’agisse de la caméra amateur du tueur, l’angle critique de celle d’Ikuo Matsumura ou encore le travail de Takashi Shimizu lui-même.

On assiste alors à une mise en abîme graduelle où les différentes strates narratives s’enfoncent toujours un peu plus profondément dans le sordide. Le traitement crée ainsi un cycle où les tenants rejoignent les aboutissants. Encore une fois, ce point est plutôt bien amené. Bien plus qu’une découverte de l’envers du décor, le procédé propose une nouvelle technique d’immersion, censée interpeller, à défaut d’effrayer, le public. Cependant, Reincarnation souffre de défauts particulièrement gênants dans sa progression. À commencer par de gros problèmes de rythme. On alterne entre la mise en place de la production en studio, l’exploration de l’hôtel où le massacre a eu lieu et les phases d’investigations afférentes.

Victimes de « visions » et de cauchemars, les protagonistes peinent à convaincre par leur comportement. D’aucuns le définirait apathique à certains égards. La montée graduelle de la tension distille avec maladresse lesdites révélations. Entre des fantômes errants, des disparitions inopinées et des manifestations attendues, on ressasse des subterfuges éculés sans jamais y trouver un nouveau souffle. Et ce n’est pas cet amalgame de réalités, coincées entre le passé et le présent, qui inversera la donne. Ces incursions demeurent confuses et s’appuient uniquement sur des repères géographiques, non temporels, pour exposer les séquences en question.

En ce qui concerne le scénario en lui-même, on dénombre plusieurs approximations. Outre le fait d’afficher une jeune fille aux longs cheveux noirs, l’histoire s’empêtre dans son propre discours, sous couvert de cryptomnésie et de réincarnation pour le moins vaseuses. Ce ne sont pas les concepts qui sont à remettre en cause, mais plutôt leur interprétation au fil des images. Il se pose alors un très gros souci qui annihile le prétexte même du film. Comment des âmes en peine peuvent-elles hanter le lieu de leur trépas et être responsables de la disparition d’intervenants dont ils sont censés être la réincarnation ? Soit l’âme est en errance, soit elle se réincarne. On ne peut pas assimiler les deux !

Au final, Reincarnation part d’un principe séduisant. Les thématiques abordées demeurent intéressantes, comme le phénomène de cryptomnésie ou le concept de film dans le film. Toutefois, Takashi Shimizu ne maîtrise pas toutes les subtilités évoquées. Il en découle des invraisemblances qui finissent par déboucher sur des incohérences flagrantes. Sous prétexte d’une circonspection de façade, le dénouement est évasif au possible. Il mélange cahin-caha des aboutissants censés fournir un twist surprenant. Dans un traitement lénifiant et chaotique, Reincarnation perd alors le semblant de crédibilité qu’il avait su glaner jusqu’alors. Mention spéciale aux images de synthèse ridicules en fin de parcours où le grotesque s’ajoute à la palette de tares d’un métrage conventionnel et improbable dans son développement.

Note : 08/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.