décembre 6, 2021

Nerve

De : Henry Joost et Ariel Schulman

Avec Emma Roberts, Dave Franco, Emily Meade, Miles Heizer

Année: 2016

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

En participant à Nerve, un jeu qui diffuse en direct sur Internet des défis filmés, Vee et Ian décident de s’associer pour relever des challenges de plus en plus risqués et gagner toujours plus d’argent.
Mais bientôt les deux « Joueurs » s’aperçoivent que leurs moindres mouvements sont manipulés par une communauté anonyme de « Voyeurs ». Le jeu vire au cauchemar. Impossible d’arrêter…

Avis:

Internet et ses dérives, voilà un sujet qui intéresse de plus en plus les scénaristes et réalisateurs. Il faut dire qu’avec le médium de l’ordinateur, on a de quoi faire des films intéressants. A l’instar d’un Searching – Portée Disparue qui se passe exclusivement via des écrans d’ordinateurs ou de téléphones, on retrouve pas mal de films traitant d’internet, du dark web, ou encore des réseaux sociaux. De leur fabrication avec The Social Network à Unfriended et sa sorcière machiavélique, on a de quoi faire. Adapté du roman Addict de Jeanne Ryan, Nerve veut appuyer très fort sur les dérives des jeux sur les réseaux sociaux. Des jeux dangereux qui ne sont là que pour caresser l’égo de certaines personnes vulnérables en manque de reconnaissance.

Ian (Dave Franco) und Vee (Emma Roberts)

Confiant le projet aux réalisateurs de Paranormal Activity 3 et Paranormal Activity 4 car ils ont réalisé un documentaire sur les dérives du web avec Catfish, Nerve se veut résolument moderne, voire même anticipatif, sur un jeu qui va enlever toutes les limites de notre société. Un jeu qui va rendre accro les jeunes et les moins jeunes, donnant des défis toujours plus dangereux pour quelques dollars en plus. Essayant sans arrêt de nous interroger sur les excès du web et sur la recherche de reconnaissance perpétuelle, Nerve se perd dans une seconde moitié pénible et improbable, qui va tellement loin dans le délire et la volonté du twist à tout prix, qu’il en perd toute sa saveur.

Ice Bucket Challenge

Dans ce film, on nous propose de suivre Vee, une jeune fille introvertie qui prend des photos pour le blog de son lycée. Sa meilleure amie est une addict à Nerve, un jeu où l’on peut prendre la place de voyeur, moyennant quinze dollars les vingt-quatre heures, ou alors joueur, gratuitement, et acceptant des défis de plus en plus osés pour gagner de plus en plus d’argent et de followers. Gênée par son amie, Vee décide de montrer de quoi elle est capable et s’inscrit donc sur Nerve. Elle devient alors accro à cet argent facile et va rencontrer Ian avec qui elle va partager des défis du jeu. Le concept de départ est très intéressant et peut faire penser à tous les défis débiles que l’on retrouve sur le web. D’ailleurs, les deux réalisateurs ont fouiné les réseaux sociaux à la recherche de défis pour alimenter leur film. On retrouve donc des moments gênants, dégradants, ou même dangereux.

Le démarrage est très intéressant dans la présentation des personnages et du jeu en lui-même. Véritable phénomène de société, il va permettre à certaines personnes de se réaliser et de trouver des ressources qu’ils pensaient ne pas avoir. Vee devient alors une jeune femme qui ose se faire un tatouage, qui va faire confiance à l’inconnu et qui va même se convaincre qu’elle peut être populaire sans avoir à montrer son cul, comme sa meilleure amie. Le jeu peut se voir comme une grande cour de récréation lorsque les protagonistes rentrent dans un magasin de luxe pour essayer des vêtements hors de prix, ou encore lorsqu’ils s’enfuient de ce magasin en sous-vêtements. Il y a une réelle intention de montrer que, petit à petit, on peut gagner en notoriété en faisant n’importe quoi, et que cet apport d’adrénaline peut révéler bien des caractères.

Les dérives du web

Si le départ est plutôt intriguant et intéressant, les deux réalisateurs vont tomber dans des travers improbables et c’est bien dommage. Très rapidement, on va voir que les défis deviennent de plus en plus risqués et sans intérêt. Une personne normale abandonnerait rapidement lorsqu’il faut conduire une moto les yeux bandés à plus de cent kilomètres/heure. Mais le film va toujours plus loin. Les défis deviennent ridicules, les vérités éclatent par jalousie, mais les personnages se réconcilient rapidement pour déjouer un plan machiavélique qui se joue autour du jeu. Dès lors, Nerve part en eau de boudin, empilant les incohérences et les facilités. Le meilleur copain qui maîtrise le dark web, la meilleure copine qui se rend compte de sa bêtise et qui pardonne tout, et la morale finale dite par l’héroïne qui pointe du doigt l’implication de tous les voyeurs dans les dérives mortelles de ce jeu.

Car oui, derrière les défis qui commencent par embrasser un inconnu, on se retrouver avec un règlement de compte à l’arme à feu, encouragé par des milliers de personnes masquées. Pourquoi? Comment? On n’aura jamais les réponses et le film de prendre des allures de teenage movie racoleur et moraliste. Il n’y avait pas besoin d’arriver à des extrêmes comme ça pour dénoncer les dérives immondes d’un lieu de liberté absolue. Il n’y avait pas besoin de créer un retournement de situation improbable et ridicule pour susciter de la réflexion chez le spectateur. Le film veut se croire plus malin que nous, mais il accouche d’un ridicule pet en guise de twist final qui démontre la non-maîtrise des deux réalisateurs dans le scénario. Voulant toujours faire plus tape à l’œil, plus « moderne », le film se fourvoie complètement sur sa dernière partie.

Néon

Néanmoins, difficile de reprocher à Nerve son ambition visuelle. Les deux réalisateurs accouchent d’un joli film qui baigne dans une aura superficielle qui sied parfaitement au sujet abordé. Les tons qui oscillent constamment entre les violets et les jaunes, lumière de néon dans une ville plongée en pleine nuit, donnent un véritable cachet au film. Tout comme certains plans qui s’appuient sur des lignes de fuite pour donner une belle perspective. Le seul reproche que l’on pourrait faire au métrage, c’est son approche du vertige qui est mal foutu et son absence quasi-totale d’évènements tragiques, alors même que certains défis sont irréalistes. Mais d’un point de vue technique, le film se défend bien.

Tout comme il affiche un joli casting. Emma Roberts et Dave Franco sont pile la bonne cible pour ce genre de métrage. Jouant des ados sur la fin, abordant l’âge adulte avec une certaine insouciance, ils fonctionnent bien. Même leur duo est plutôt bon et ne semble pas trop factice, au contraire des défis relevés. Mais on n’a jamais peur pour eux. Le film manque cruellement d’émotions et d’éléments qui nous feraient craindre pour eux. Là encore, c’est bien trop gentillet. Et les personnages secondaires sont insipides. Machine Gun Kelly joue le débile, comme bien souvent, et le reste du casting coche les cases du cahier des charges, avec le meilleur ami gentil et protecteur, la meilleure amie garce et sans gêne ou encore la mère de famille inquiète mais inexistante.

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Au final, Nerve est un film qui n’est pas foncièrement mauvais. C’est un métrage qui part d’une bonne intention et d’une bonne idée, celle de critiquer les défis débiles que l’on voit défiler sur les réseaux sociaux et qui sont de plus en plus dangereux. Malheureusement, le traitement va tellement loin qu’il en devient improbable et frôle constamment le ridicule. La mise en scène sauve un peu la mise, même si elle se fait tape à l’œil pour pas grand-chose. Bref, Nerve est un film qui manque de cynisme quant à ces défis et qui manque dès lors de mordant, pour mieux décrier ce phénomène nauséabond.

Note: 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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