octobre 24, 2020

Lux Aeterna

De : Gaspar Noé

Avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Abbey Lee, Claude-Emmanuelle Gajan Maull

Année : 2020

Pays : France

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Charlotte Gainsbourg accepte de jouer une sorcière jetée au bûcher dans le premier film réalisé par Beatrice Dalle. Or l’organisation anarchique, les problèmes techniques et les dérapages psychotiques plongent peu à peu le tournage dans un chaos de pure lumière.

Avis :

Après son récent et apprécié Climax, Gaspar Noé est de retour avec sa nouvelle production : Lux Aeterna. Un moyen-métrage de 50 minutes dans lequel il réunit deux étoiles féminines du cinéma français : Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg. A travers cette nouvelle création, le cinéaste controversé signe une plongée crasseuse dans les tréfonds d’un tournage qui dérape. Béatrice Dalle incarne une réalisatrice dépassée par les événements, tandis que Charlotte Gainsbourg campe une actrice malmenée. Les deux comédiennes incarnent leur propre rôle dans cette fiction qui frôle le documentaire revisité.

Un Gaspar Noé étonnement sage

Lux Aeterna surprend par rapport aux longs-métrages du cinéaste. Lui qui a l’habitude d’étirer à outrance ses films, et souvent ses séquences chocs, demeure ici relativement sage. Son format de 50 minutes l’oblige à aller légèrement plus vite, ce qui crée ce rendu qui pourrait pratiquement s’apparenter à une longue bande-annonce d’un véritable long-métrage sur le sujet. Et ce n’est pas forcément désagréable ou un défaut de conception, bien au contraire. Parce que Gaspar Noé avait finalement matière à proposer une histoire plus longue. Il avait suffisamment à raconter pour étirer dans le temps et dans la longueur Lux Aeterna. Le choix de faire un film de 50 minutes pourrait limite être interprété comme un nouveau trait de provocation du réalisateur de Irréversible. Comme s’il se moquait de son public, et du cinéma français en prouvant qu’un moyen-métrage peut facilement avoir l’impact d’un long-métrage.

Lux Aeterna regroupe les traits de caractère de son créateur. Le film utilise tous les poncifs du cinéaste, où il s’amuse avec ses propres mimiques, son propre style et ses signatures personnelles. L’histoire s’ouvre sur une discussion entre les deux interprètes principales. Dialogue en roue libre, le plus naturel possible, qui laisse une grande place à l’improvisation. Puis s’en suit de longs travellings sur fond de néons verts dans les recoins les plus glauques du plateau de tournage. Caméra en apesanteur, qui vole d’une pièce à l’autre, comme Enter the Void le faisait en son temps. Il déambule ainsi dans les couloirs sombres de ses décors crasseux, à la manière de Climax et de sa terrible descente aux enfers. En ça, la nouvelle proposition de Gaspar Noé respire le cinéma de Gaspar Noé. L’artiste provocateur use également beaucoup du split screen. Une technique plutôt rarement utilisée, qu’il manie avec maestria pour proposer des angles variés, et ainsi différentes interprétations de ce qu’il raconte. En ça, il met en exergue l’hypocrisie de son milieu professionnel et toutes ses félonies les plus abusives et dérangeantes. Puis vient alors la dernière partie, qui transpire l’agressivité du réalisateur.

A déconseiller aux épileptiques

Gaspar Noé débute son film avec une citation de Dostoïevski pour prévenir les épileptiques de ce qui les attend. Parce que Lux Aeterna est définitivement à enlever des mains des épileptiques, qui tomberont assurément dans une crise violente. Quand on disait plus haut que Gaspar Noé est relativement sage dans son nouveau film, la dernière partie vient contredire cette affirmation. Parce que le réalisateur de Love décide de faire sombrer son spectateur dans un trip violent et ultra stylisé. A grand coup de stroboscopes, de lumières vives, de sons graves et aigus, il place son public dans une transe profonde. Une défonce intense qui provoque des sensations variées et contradictoires. Frissons d’angoisse et de plaisir, sueurs froides, chaleur, transpiration, voire nausées pour les plus fragiles, il confronte l’auditoire à l’extase visuelle et sensorielle de 10 minutes de trip mégalomaniaque géniale, simple et diablement efficace.

La conclusion d’une lente montée en pression parfaitement agencée, qui méritait presque un développement plus abouti. Et dans tout ceci, les deux interprètes parviennent à parfaitement s’adapter au cinéma si particulier de Gaspar Noé. Tout comme nous.

Note : 16/20

Par Aubin

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