janvier 21, 2022

Uncut Gems

De : Benny et Josh Safdie

Avec Adam Sandler, Julia Fox, Idina Menzel, Lakeith Stanfield

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller, Drame

Résumé :

Un propriétaire de bijouterie, au sein de Diamond District à New York, et revendeur à ses heures perdues, voit sa vie bouleversée lorsque sa marchandise est volée.

Avis :

Adam Sandler est un acteur un peu particulier. Très prolifique, quasiment adulé aux States, le comédien tourne pourtant des comédies relativement ringardes, souvent vulgaires, dans lesquelles il se ridiculise plus qu’autre chose. Des films comme Mi-Temps au Mitard, Click : Télécommandez votre Vie ou encore Jack et Julie sont là pour attester des mauvais choix de carrière de l’acteur. Pour autant, il arrive à avoir un excellent capital sympathie et reste à ce jour un acteur que l’on prend plaisir à retrouver, même si c’est pour des navets parfois imbuvables. A l’aube de ses cinquante ans, l’acteur décide alors de changer de cap et de tourner dans des films plus dramatiques, plus personnels, et c’est ainsi qu’on le retrouve chez Noah Baumbach pour The Meyerowitz Stories ou encore chez les frères Safdie pour Uncut Gems, un thriller noir teinté de drame qui prend place dans la jungle urbaine de New York. Disponible directement sur Netflix, soi-disant ayant secoué les Etats-Unis lors de sa sortie, le dernier né des frères Safdie est un film coup de poing, épuisant, très intéressant, mais pas dénué de défauts. Retour sur un film qui aurait mérité une diffusion sur grand écran, et pas uniquement sur une plateforme de streaming…

Le film débute en Ethiopie, dans une mine où des hommes noirs travaillent au service d’asiatiques pour extraire des pierres précieuses. Deux ans plus tard, une opale noire est envoyée à un propriétaire de bijouterie un peu filou, qui pense en tirer un énorme prix lors d’une vente aux enchères. Dès les premiers instants, les réalisateurs décident de nous plonger dans un chaos bourré de bruits et sueurs. En partant de cette mine où un homme se casse la jambe, créant une émeute, aux rues bruyantes de New York, les frères Safdie, dès le départ, créent un film épuisant, où le brouhaha sera notre compagnon de route. Dès le départ, on sera épuisé par une cacophonie constante, entre les rues bondées, les appels téléphoniques, les négociations et les personnages qui parlent tous en même temps. L’ensemble est bien évidemment chapeauté par une bande originale électro synthwave entêtante qui rend l’ensemble presque insupportable, afin de mieux nous plonger dans un chaos urbain éreintant et qui effacent toutes les personnalités. Et c’est à partir de là, dès cette ouverture quasi explosive, que le film ne va plus nous lâcher, mettant tous nos sens en éveil pour suivre cet homme, Howard, patron de bijouterie qui possède un bagou hors-normes et qui ne va faire que jouer avec l’argent, n’ayant qu’une seule obsession, la possession et la richesse.

A travers ce personnage, les deux réalisateurs vont mettre en avant des thématiques riches et denses, qui bouffent littéralement tout être humain. Howard est un homme d’affaires, un peu loser sur les bords, mais qui essayent, avec son bagou, d’embobiner les gens pour être toujours gagnant alors qu’il perd à chaque fois. Son obsession de la richesse va lui faire prendre des risques, quitte à tout perdre, même sa vie, pour quelques billets verts et surtout, une grande renommée. Car son magasin n’a pas forcément pignon sur rue, ses associés ne sont qu’une bande de bras cassés, et les magouilles exaspèrent les gens avec qui il veut travailler. Howard est aussi obséder par la possession. Il veut avoir des objets originaux, il veut avoir plusieurs femmes, il veut l’amour de ses enfants tout en restant un éternel gamin qui a besoin de se faire remarquer. Egoïste tout en voulant être paternel, frivole alors qu’il aimerait bien avoir de la culture ailleurs que dans la religion juive et le basket, Howard est un homme détestable. Et ce qui aurait pu être un atout pour le film, présentant finalement un homme malheureux qui subit de plein fouet une descente aux enfers, va devenir un malus pour le métrage. En effet, en voulant à chaque fois placer ce personnage sur le devant de la scène pour des coups foireux, on se prend à le détester de plus ne plus, malgré la figure paternaliste, malgré ce côté loser magnifique qui défie des hommes dangereux. On ne ressentira aucune empathie pour lui, ni pour les personnages secondaires qui sont tous, soit intéressés, soit réellement mauvais, pervertis par l’argent et cette volonté dévorante de tout avoir à la place de l’autre.

Fort heureusement, le film gagne quasiment tous ses galons avec sa mise en scène. Les deux réalisateurs vont tout faire pour profiter de cet étouffement que ressent le spectateur en mettant en avant des séquences très tendues lors de scènes finalement assez anodines. On pense immédiatement à cette fin percutante, où l’on va se laisser prendre au jeu des paris et finalement assister à un match de basket avec une douce frénésie. On pense aussi à une scène dans une voiture où l’on craint pour la vie de ce bijoutier, père de famille, mine de rien, mais qui défie plusieurs personnes à la fois, alors que ses enfants sont juste dans la salle à côté. Ces séquences sont bien fichues et constituent un noyau dur au sein du métrage, qui va constamment jouer avec nos nerfs, les phases de silence étant rares, comme les moments de sommeil de son personnage principal. On vit carrément la vie de cet homme d’affaire qui va embarquer sa famille dans une histoire rocambolesque, tout ça pour ne pas perdre la face, alors qu’il est en train de tout perdre et d’embarquer de nombreuses personnes dans sa dérive. Uncut Gems est vraiment un film qui vaut le coup pour son ambiance anxiogène, étouffante, et pour sa mise en scène immersive, nous plaçant au plus proche de cet homme en perdition. Adam Sandler, qui était prévu dès le départ du projet en 2009, mais qui n’a accepté qu’en 2017 le rôle, est assez incroyable dans la peau de cet homme. L’acteur prouve, si besoin l’en est, qu’il peut tout jouer, et qu’il peut en faire des caisses tout en restant dans un rôle dramatique, voire tragique. Il est épaulé par des seconds rôles efficaces, notamment Lakeith Stanfield, qui joue un rôle trouble, ou encore Julia Fox, dont c’est le deuxième film, et qui est parfaite en maîtresse sexy.

Au final, Uncut Gems est un film déroutant qui fait le pari d’une ambiance épuisante et d’une mise en scène immersive pour plonger le spectateur dans un enfer urbain proche de la réalité. En nous mettant au plus proche de ces vendeurs et autres magouilleurs brassant de grosses sommes d’argent, les frères Safdie nous amène au plus près d’un univers fou, bruyant et harassant. Le problème va tout simplement venir des personnages qui ne manquent pas forcément d’épaisseur, mais qui sont tous plus ou moins mauvais, obsédé par un besoin matériel, que ce soit pour se démarquer ou tout simplement pour se rassurer. Il en résulte donc une expérience cinématographique étrange, fatigante et pourtant réussie, laissant le spectateur K.O. face à tant d’agressivité sonore et d’inhumanité, où les objets règnent finalement en maître sur les hommes.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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