septembre 28, 2020

Le Baron Noir – Volume 1864 – Olivier Gechter

Auteur : Olivier Gechter

Editeur : Mnémos Editions

Genre : Steampunk

Résumé :

Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation. Dans la nuit rôde un héros en armure… Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer les nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous oeuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Avis :

Se lancer dans un récit steampunk, c’est revisiter l’histoire telle qu’on la connaît en la saupoudrant d’une bonne dose d’humour, d’étonnantes inventions et de personnages décalés. Le genre est particulièrement amateur du XIXe siècle et du début du XXe. Preuve en est avec des titres emblématiques, comme Le Paris des merveilles ou encore La Trilogie de la Lune. Sous forme de nouvelles ou de romans courts, la réappropriation d’un univers ou d’une période donnée tient sa richesse d’une découverte progressive au fil des intrigues. Ce qui distingue ces formats du roman classique. En effet, ces derniers présentent une densité de texte notable, parfois au détriment du rythme.

En l’occurrence, Le Baron noir : Volume 1864 s’avance comme un recueil de trois histoires qui mettent en avant un justicier d’un autre temps. De prime abord, l’angle de traitement rappelle La Ligue des héros. Toutefois, des références bien différentes s’imposent avec plus d’évidence. L’une des principales originalités des récits est de s’inspirer librement du mythe du super-héros pour développer son propos et le transposer dans une atmosphère steampunk. Alors, quand un riche nanti décide de jouer les justiciers masqués (et en armure), il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec des figures iconiques ancrées dans l’imaginaire collectif.

À bien des égards, Antoine Lefort évoque Bruce Wayne. Outre l’aisance sociale et l’entreprise familiale, les deux hommes bénéficient de l’assistance bienveillante d’un majordome. Ils sont également intéressés par les dernières innovations technologiques pour les accompagner dans leur combat contre le crime. On peut aussi s’attarder sur des aptitudes physiques hors-normes soutenues par leur équipement. En ce qui concerne les antagonistes, Bel Ange demeure l’archétype de la femme indépendante dont les motivations sont floues. Ajoutons à cela, une combinaison de cuir, un fouet, une agilité exceptionnelle et une sensualité déstabilisante pour qu’elle devienne la « Catwoman » de notre Baron noir.

Malgré cet aspect référentiel, les trois histoires ne manquent pourtant pas d’identité ni de suite dans les idées. Il est vrai que la tonalité générale reste foncièrement manichéenne. Néanmoins, l’ambiance propre à la Première révolution industrielle se veut immersive. Et cela découle de ce formidable mélange entre fiction et réalité. On songe à la présence plus ou moins importante de figures connues. Certes, il peut paraître commun, voire facile, d’inviter Victor Hugo ou Jules Verne entre ces lignes. Les personnages sont toutefois bien campés et se retrouvent en bonne compagnie. On remarque aussi l’irruption de figures politiques (Louis-Napoléon Bonaparte), scientifiques (Louis-Guillaume Perreaux) et des pionniers dans leur domaine (Clément Ader pour l’aviation).

Pour l’ensemble des trois récits, il émane une certaine propension à dépeindre l’aspect technique et technologique. Sans être rébarbatif ni abscons, ce choix apporte une dimension singulière aux affrontements. L’usage des différentes inventions permet de varier les combats ou l’exploration de l’environnement sur le plan horizontal ou vertical. Là encore, on peut noter des allusions qui, cette fois-ci, peuvent renvoyer à Iron Man. Au-delà du surnom de « l’homme de fer », les déplacements et la personnalité (aux antipodes de la psyché névrosée de Bruce Wayne) se rapprochent sensiblement de Tony Stark, eu égard à son assurance ou à sa nonchalance en certaines circonstances.

Au final, Le Baron noir : Volume 1864 est un ouvrage entraînant qui entremêle de fort belle manière steampunk et récits de super-héros. Loin d’être incompatibles, les deux genres présentent un mélange original, et ce, en partie grâce à un habile détournement de la période historique visée. Auréolées d’un sens de l’humour subtil, les trois intrigues se démarquent autant par leur dynamisme que par la légèreté du ton employé. Au même titre que le style, la narration se révèle fluide et cohérente dans l’évolution des récits et des personnages. Il en ressort une incursion probante de ce Paris fantasmé de fort belle manière. À noter que les coupures de journaux en guise d’intermèdes aiment à flouer davantage la distinction entre réalité et fiction. Une très bonne surprise.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.