décembre 1, 2021

Companeros – Dans l’Enfer Uruguayen

Titre Original : La Noche de 12 Anos

De : Alvaro Brechner

Avec Antonio de la Torre, Chino Darin, Alfonso Tort, Soledad Villamil

Année : 2019

Pays : Uruguay, Espagne, France, Argentine

Genre : Biopic, Aventure, Drame

Résumé :

1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie.
Le film raconte les 12 années d’emprisonnement vécues par trois des figures les plus célèbres de l’Uruguay contemporaine – dont son ancien président José « Pepe » Mujica.

Avis :

Réalisateur uruguayen, Álvaro Brechner n’est pas connu chez nous et pourtant, il est un poids lourd du cinéma uruguayen. Un poids lourd qui n’a pas une grande carrière derrière lui. Outre les différents courts-métrages et autres documentaires qu’il a fait, au niveau de la fiction, Álvaro Brechner présente là son troisième film et chacun de ses films furent de petits événements qui ont été, du moins pour ses deux premiers, jusqu’aux Oscar du meilleur film étranger, ce qui n’est pas rien, il faut l’avouer.

Quatre ans après sa comédie « Mr Kaplan« , encore inédit chez nous, Álvaro Brechner revient avec un pur drame comme on en voit que trop peu. Un drame fort et bouleversant, tiré de faits réels, qui prendra son spectateur aux tripes de sa première à sa dernière scène. « Compañeros » est un film viscéral et terriblement humain à la fois. C’est un film qui de par sa puissance se conjugue à l’intime, dans le sens où le réalisateur nous immerge totalement dans l’enfer qu’ont pu vivre ces trois personnages, nous bousculant au plus haut point et l’on en ressort ému, avec la sensation d’avoir vu l’un des plus grands films de l’année !

1973, l’Uruguay sombre dans la dictature militaire. Tous les opposants au régime, quand ils ne sont pas tués, sont arrêtés et ne sont pas considérés comme des prisonniers politiques, mais comme des otages. Parmi toutes les personnes arrêtées, nous allons suivre le destin de trois hommes. Jetés dans de petites cellules, ils n’ont ni le droit de parler, ni le droit de se voir, ni le droit d’être défendu évidemment. Cachés, déplacés, torturés, leur enfer va durer pas loin de treize ans.

Que dire du nouveau film d’Álvaro Brechner si ce n’est qu’il est la claque affolante que je n’attendais pas. Quand on regarde comme ça, sur le papier, il est vrai que « Compañeros » est un film qui aurait pu se confondre avec n’importe quel autre film qui baignerait dans un univers carcéral. Alors bien sûr, il y a bien l’aspect politique et historique qui entrait en ligne de compte, mais en aucun cas, « Compañeros » ne laissait transparaître l’expérience de cinéma qu’Álvaro Brechner était sur le point d’offrir. D’ailleurs, c’est même pour ce genre de pépite que j’aime le cinéma.

Partant donc sur une trame simple, si l’on peut dire ainsi, Álvaro Brechner va donc faire défiler tous les pronostics et nous entraîne avec terreur et lumière dans l’enfer de trois hommes. Un enfer où peu d’espoir est permis et où chaque moment moins dur que les autres va être une véritable envolée de douceur, d’espoir et surtout d’émotion. Avec sa mise en scène étouffante au possible qui nous enferme littéralement auprès de ses personnages au point de nous mettre parfois très mal à l’aise, Álvaro Brechner signe un film d’une très grande humanité. Un film entièrement basé sur l’humain, l’être humain, dans ce qu’il a de plus beau, de plus fort, mais aussi de plus noir et de plus injuste. Une injustice qui, dans les mains d’Álvaro Brechner, offre un film qui est aussi terriblement émotionnel. On pourrait presque caricaturer cette pensée en disant que « Compañeros » est à fleur de peau, tant le réalisateur arrive à nous faire ressentir la moindre des émotions qui traversent ces personnages. Je n’aurais jamais cru que la découverte, la vision d’un paysage l’espace de quelques instants, ou encore qu’un petit « frappement » de main contre un mur, procure autant d’émotions. Un simple claquement de doigts devient ici presque jouissif et apaisant et c’est là, dans ce petit détail, parmi tant d’autres de cet acabit, qu’on voit un grand film et un grand réalisateur.

Film de genre dans sa mise en scène et dans son parti pris, qui ne peut laisser personne indifférent, Álvaro Brechner va, à travers l’histoire de ces trois hommes, aborder tout un tas de thèmes. « Compañeros« , c’est un film qui aborde énormément la résistance dans tous les sens du terme. La résistance envers un régime injuste, ici la dictature militaire dans laquelle sombre le pays, mais aussi la résistance du corps et surtout de l’esprit, face au temps qui passe, à travers un calvaire qui va se prolonger au point d’enrailler presque tout espoir. D’ailleurs, « Compañeros » est un film qui nous tient en haleine du début à la fin, osant même aller crescendo dans sa tension, sans jamais tomber dans quelque chose qui serait en trop, sans jamais tomber dans un artifice, une gratuité, ou encore une surenchère. Álvaro Brechner est habité par son projet et il sait parfaitement doser cette intrigue, aussi bien dans son écriture, que dans sa mise en scène.

Si les intentions et la mise en scène d’Alvaro Brechner sont parfaites, « Compañeros« , c’est aussi trois acteurs fabuleux. Trois acteurs qui se complètent parfaitement les uns des autres et il serait cruel d’en citer un plus que l’autre, tant chacun livre une composition parfaite. Antonio de la Torre, Chino Darín et Alfonso Tort sont tout simplement immenses dans ce film, arrivant à nous communiquer des émotions et des sensations qu’on n’a pas l’habitude de ressentir en salle. On se passionne pour chacun d’eux, on craint pour chacun d’eux, et ne connaissant pas leurs histoires, on suit ce film avec beaucoup trop de tension, ce qui paradoxalement, fait un bien fou.

D’une puissance folle, sombre et lumineux à la fois, terrible, cruel et en même temps d’une très grande humanité, porté par des acteurs au sommet et une mise en abîme des plus viscérales, pour son troisième film, Álvaro Brechner nous livre là un très grand film qui malheureusement ne fera pas les entrées qui lui sont méritées, la faute à une distribution pas terrible et c’est vraiment dommage. Immanquable donc, « Compañeros » est assurément dans ce qui se fait de mieux en ce début 2019 !

Note : 20/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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