mai 25, 2024

Azul

Titre Original : Azul Oscuro Casi Negro

De : Daniel Sanchez Arevalo

Avec Quim Gutierrez, Marta Etura, Antonio de la Torre, Hector Colomé

Année : 2007

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Jorge, malgré un master de gestion, a dû reprendre le travail de concierge de son père handicapé et s’occuper de lui à plein temps. Son frère ainé, Antonio, est en prison. Natalia, la fille qu’il aime depuis l’enfance, est revenue vivre dans l’immeuble. Son meilleur ami, Israël, passe son temps sur le toit à espionner les voisins découvrant ainsi que son propre père fréquente le salon de massages coquins d’en face. Tout bascule pour Jorge quand Antonio, sorti de prison, lui demande un étrange service : mettre enceinte, à sa place, Paula, sa petite amie restée en prison…

Avis :

Réalisateur espagnol inconnu chez nous, Daniel Sánchez Arévalo est bien plus connu dans son pays. Très souvent nommé aux Goya, l’équivalent de nos Césars, Daniel Sánchez Arévalo s’est tout d’abord fait une jolie réputation dans le domaine du court-métrage, puisqu’avant de réaliser « Azul« , il avait déjà fait cinq courts et depuis ce premier long, le réalisateur alterne entre courts et longs métrages au point d’avoir même plus de courts que de longs à son actif.

« Azul » est un film qui m’intéressait pour deux raisons. La première raison est purement promotionnelle, puisque sur son affiche, on pouvait y lire, « Le réalisateur espagnol le plus prometteur depuis Almodovar » et pour être fan d’Almodovar, je me devais de voir ce film, surtout que celui-ci est tenu par une ribambelle d’acteurs espagnols que j’admire. La deuxième est que son synopsis était pour le moins très intriguant, pour ne pas dire farfelu et j’étais curieux de savoir ce que l’on pouvait faire avec un pitch pareil… Et le résultat donne naissance à une comédie dramatique somme toute sympathique, mais quelque peu bancale aussi.

Jorge est gardien d’immeuble, un job qu’il déteste, mais qu’il a été obligé de prendre pour aider son père devenu handicapé. Pour passer le temps, Jorge traîne avec son meilleur ami, Israël, dont la passion est d’observer les gens avec des jumelles, caché sur le toit de l’immeuble de Jorge. C’est d’ailleurs là qu’il va faire une drôle de découverte… Jorge a un frère aîné, Antonio, qui est en prison. Antonio est fou amoureux de Paula, une jeune femme elle aussi en prison. La femme est maltraitée par les autres détenues. Pour aider la femme de sa vie, Antonio va alors demander un étrange service à son frère, mettre Paula enceinte pour que cette dernière soit transférée au service maternité…

Étrange scénario que voilà, j’en conviens. Un scénario qu’on pourrait même qualifier de risqué, tant il peut aisément, on l’imagine, tomber dans la farce qui n’a pas vraiment de sens (et encore, je ne vous ai pas tout dit de ce scénario) et malgré la curiosité, c’était aussi la crainte que j’avais en découvrant le film de Daniel Sánchez Arévalo. Mais aussi final, malgré une intrigue vraiment tirée par les cheveux, « Azul » est un film qui se laisse regarder avec un certain petit goût de malice dans la bouche.

Certes l’intrigue comme ça, ne tient pas vraiment la route. Certes, le film enchaîne plusieurs situations dont on peut aisément contester la légitimité. Et certes encore, « Azul » a des problèmes de rythme. Avec un pitch osé comme celui-là, « Azul » enchaîne dans un sens, les maladresses d’un premier film. Parfois, ce n’est pas toujours subtil, d’autres fois l’intrigue s’alourdit pour pas-grand-chose et d’autres fois encore, Daniel Sánchez Arévalo n’est pas toujours juste dans tous les sujets qu’il veut aborder. Mais malgré toutes ces maladresses et ces imperfections, « Azul » est un premier film qui, sur son ensemble, fonctionne plutôt bien. « Azul« , c’est un film qui donne un ton particulier et intéressant. C’est un film qui ne choisit pas entre la comédie et le drame, Daniel Sánchez Arévalo mélange les deux genres, quitte à parfois se planter et on peut dire que si parfois c’est un peu confus, la plupart du temps, ça marche, c’est intriguant et surtout ça donne envie d’aller plus loin. Daniel Sánchez Arévalo nous donne l’envie de savoir comment cette histoire, qui ne tient pas la route, va bien pouvoir se finir.

Alors bien sûr, un ton ne fait pas un film, il faut plus, et « Azul » a ces petits éléments en plus, qui fait que sans vraiment non plus arriver à camoufler les faiblesses du film, on apprécie, on s’accroche aux personnages et l’on passe un chouette petit moment.

Parmi les éléments qu’il a en plus, « Azul » peut se vanter d’avoir des personnages qui sont tous intéressants et malgré le côté tiré par les cheveux, ils se retrouvent dans des situations souvent intéressantes. On sera touché par certains de ces personnages et notamment tout le portrait qui est fait du personnage principal, sorte de fils courage qui passe à côté de sa vie.

En abordant les personnages, il faut aussi laisser à « Azul » d’avoir un sacré bon casting, entre Quim Gutiérrez qui est une jolie révélation, Antonio de la Torre qui en impose comme d’habitude, Marta Etura qui porte un peu de douceur, Raúl Arévalo qui apporte une once de comique, franchement son histoire à lui, est complètement tordue entre jouissive et malsaine ou encore Manuel Moron, bouleversant dans le rôle du père handicapé. Bref, Daniel Sánchez Arévalo dirige tout ce petit moment sans fausse note.

Enfin, et c’est peut-être le plus important dans ce film, si l’intrigue est farfelue, cette intrigue est surtout un prétexte pour aborder tout un tas de sujets qui vont de l’intéressant au sublime. « Azul« , c’est un film qui parle de la famille, de la dévotion, du don de soi. C’est un film parle de la solitude aussi, malgré l’entourage. C’est un film qui aborde la société en général, le regard de l’autre, et l’envie de s’en sortir, de s’en extirper. C’est un film qui aborde de manière plus générale l’homme en lui-même, ce qu’il pense de lui, comment il se voit, ce qu’il est et qui il est. C’est un film qui questionne évidemment la sexualité, le sexe, et même l’homosexualité. Le film de Daniel Sánchez Arévalo est riche et le réalisateur parle avec autant de justesse que de maladresse de tous ces sujets-là. Et c’est aussi à travers ces sujets et la façon d’en parler que l’on peut y trouver un semblant d’Almodovar dans ce cinéma.

Bancal, étrange, risqué, pas toujours juste, ce premier film pour Daniel Sánchez Arévalo est certes inégal, mais il est aussi loin d’être inintéressant. Si « Azul » est loin d’être extraordinaire, il demeure un bon petit moment de cinéma, qu’on découvre avec étonnement parfois, rires et émotions à d’autres instants. Un film devant lequel on peut aussi ajouter une pincée d’agacement. Mais si l’on fait la somme de ses défauts et ses qualités, cette première incursion dans le cinéma de Daniel Sánchez Arévalo mérite son coup d’œil.

Note : 13/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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