septembre 28, 2022

Argo

De : Ben Affleck

Avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin

Année: 2012

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma.

Avis:

Les américains ont ce penchant de glorifier toute leur histoire avec des films grandiloquents qui ont souvent coûté une blinde et qui n’apporte pas vraiment d’eau au moulin. Les exemples sont légions et il n’est pas besoin d’en faire étalage ici. Néanmoins, certains artistes s’amusent à égratigner l’image de la Sainte Amérique avec des films qui font grincer des dents, comme Michael Moore ou encore Sacha Baron Cohen. Le plus étonnant, c’est lorsque la critique provient d’un acteur qui s’est souvent fait les dents sur des blockbusters et qui a envie de tourner un film pour faire réagir sur un fait historique passé sous silence mais d’une importance capitale. Ben Affleck, en 2012, décide d’adapter l’histoire d’Argo, un faux film qui a permis de délivrer six ressortissants américains d’Iran, alors en pleine révolution. Et derrière cette success story qui pourrait mettre en avant des dirigeants américains courageux et volontaires, Ben Affleck va détourner tout ça en un thriller politique malin, qui tire à boulets rouges sur des politiques pas si exemplaires que cela.

Dès le début du film, on nous explique en dessin animé comment l’Angleterre et les Etats-Unis ont mis à mal un pays à cause d’une seule chose, l’argent et le pétrole. On nous raconte comment l’Iran s’est fait voler son pétrole, puis à commencer à reprendre le contrôle de son pays grâce à un président laïc et modéré qui voulait rendre le pétrole à son peuple. Très rapidement, on nous explique aussi que les anglais et les américains ont réalisé un coup d’état, plaçant à la tête du gouvernement un homme excentrique qui va permettre aux deux pays de retrouver la manne pétrolière dans ce pays. Et petit à petit de voir comment l’état s’est dégradé, faisant intervenir des hommes politiques de plus en plus durs et de plus en plus intégristes. Rien qu’avec cette introduction, Ben Affleck démontre les dérives de son pays, qui veut faire main basse sur des choses qui ne lui appartiennent pas. On sent que cela est très ciblé, et même si le film ne se concentre pas vraiment sur la critique même d’un gouvernement qui s’octroie des droits, on peut y déceler une certaine colère. D’autant plus que durant le métrage, et l’opération Argo, le film va montrer des hommes politiques complètement perdus, qui ne voient en ce sauvetage qu’un moyen de faire parler d’eux. Là encore, le réalisateur/acteur n’y va pas avec le dos de la cuillère, au détour d’une phrase lancée par Bryan Cranston, qui demande à annuler l’opération, de peur de subir une honte nationale si la mission échoue. On préfère sacrifier sept vies plutôt que de se prendre un revers.

Si Argo est un gros pamphlet contre le gouvernement américain, il est aussi et surtout une histoire incroyable et vraie sur une affaire qui a été classée secret défense jusqu’en 2008. Sur le papier, on pourrait croire à un film d’espionnage et géopolitique un peu pénible, voire redondant, mais c’est là tout le génie de Ben Affleck qui arrive à transmettre une âme à son film, mais aussi et surtout une tension permanente. Le film n’est pas chiant comme peut l’être un biopic sur un homme politique précis. Le réalisateur arrive à insuffler une pression constante sur ses personnages et surtout sur la réussite de cette mission. Entre des préparations parfois difficiles, un pays au bord de l’implosion, un scénario de film complètement débile, des passages obligés à l’aéroport avant d’embarquer, le film se repose vraiment sur une tension palpable et qui ne cesse de monter crescendo, jusque dans l’avion lors du décollage à la fin. Si cela est rendu possible, c’est parce que le rythme du film est bon, Ben Affleck prenant son temps pour présenter les personnages et distiller quelques indices sur la condition du pays, les recherches faites sur les exilés et la volonté de certaines forces de l’ordre de ne rien laisser passer. Le ton est âpre, la vision de l’Iran à cette époque est complexe, et le réalisateur s’en sort à merveille, fournissant un film riche et surtout très intéressant.

Intéressant aussi dans l’évolution des personnages et le jeu des acteurs. En effet, on ne va pas trop s’appesantir sur certains protagonistes qui ralentiraient le rythme comme celui de Bryan Cranston, pourtant élément important de l’histoire, qui va souvent la mise à Ben Affleck plus d’une fois, mais d’autres personnages sont plus attachants, à l’image du héros, dont on aura quelques prémices de la vie familiale et d’une psychologie presque sans faille. Ben Affleck est excellent, comme les six acteurs campant les réfugiés, donnant une pression supplémentaire au spectateur qui ne souhaite qu’une chose, que tout cela se termine bien. Pourquoi? Parce finalement, ce n’est pas la faute des six personnages si l’Iran est en crise, mais bel et bien à un gouvernement puéril et qui n’assume pas ses responsabilités. Il est donc injuste de voir ces gens-là mourir pour des fautes qu’ils n’ont pas commises et la mise en scène rend ces personnes sympathiques, ou tout du moins très banales, comme nous tous. D’autant plus que les iraniens sont à cran et ont une forte tendance à devenir très agressifs, ce qui fait que l’on ne peut que craindre pour les personnages américains. Le film apporte aussi une nuance sur le pays iranien, les montrant assez agressifs, mais finalement assez inoffensifs, comme ce plan sur une fausse fusillade pour faire peur au pays de l’oncle Sam. Encore une fois, Ben Affleck démontre une belle humanité et délivre un film qui n’est pas du tout manichéen, bien au contraire. Enfin, on peut aussi voir dans ce film toute la difficulté de faire un vrai film avec un producteur tout simplement génial en la personne d’Alan Arkin et d’un John Goodman survolté jouant un spécialiste du maquillage. Les deux personnages apportent une bouffé d’air frais, permettant au spectateur de sortir deux secondes de cette tension qui survole tout le film.

Au final, Argo est une belle réussite. Il s’agit d’un thriller politique passionnant sur une histoire vraie qui l’est tout autant. Démontant la politique américaine, sa couardise et mettant en avant plusieurs thématiques intéressantes comme les rapports entre l’Orient et l’Occident, la difficulté de produire un film, même faux, ou encore une histoire trop méconnue de certains pays injustement mis au ban, Ben Affleck livre un pamphlet impeccable, doté en prime d’une mise en scène classieuse et d’une reconstitution propre, donnant fortement envie de ressortir les vinyles des années 70. Bref, Argo est un très bon film.

Note: 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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