octobre 18, 2021

Escape This

Auteurs : Stéphane Betbeder et Federico Pietrobon

Editeur : Glénat

Genre : Horreur, Thriller

Résumé :

Quatre individus sans lien apparent, disséminés de par le monde, se retrouvent mystérieusement projetés dans la même pièce. Ici, les règles du jeu sont simples : ils ont une heure pour trouver comment en sortir. Sinon ils meurent. Bien qu’ils ne se connaissent pas, les prisonniers vont devoir mettre leurs ressources en commun pour résoudre les énigmes mortelles de cette escape room infernale et découvrir le lien qui les unit…

Avis :

Le concept d’escape game ou d’escape room est un phénomène particulièrement plébiscité pour immerger les participants dans une atmosphère réaliste. Qu’il s’agisse d’une chasse au trésor ou d’investigations pour résoudre un crime, l’esprit d’équipe est une donnée récurrente dans ce type d’activité. Cela explique sans doute l’engouement pour s’y adonner à titre privé ou professionnel. Dans le domaine horrifique, nombre d’épisodes de Saw empruntent l’idée d’un escape game pour faire progresser les victimes dans un environnement clos et piégé. Plus récemment, l’immonde Escape Room essayait d’exploiter le filon d’une bien piètre manière. L’initiative est peut-être louable, mais loin de se révéler probante.

Escape This marque le coup d’envoi, avec Winter Station, de la nouvelle fournée de la collection Flesh and Bones. Si les a priori ont la dent dure, l’intrigue du comics se veut curieuse au possible. D’emblée, la disparité des situations et des intervenants concourt à brouiller les pistes. Il est difficile de trouver une occurrence entre ces destins qui n’avaient rien pour s’entrecroiser. A fortiori lorsque le commencement du récit expose leur trépas. Mais les protagonistes sont-ils réellement morts ou soumis aux sombres manipulations d’une présence invisible ? Là est l’intérêt principal de l’histoire. Tandis que les personnages doivent résoudre des énigmes, le lecteur a la tâche de démêler le vrai du faux.

Le fait de présenter une fin tragique pour chacun en guise d’entame, puis de les enclaver dans un cadre surréaliste a de quoi déstabiliser. Le paradoxe qui en découle laisse à penser qu’ils ont survécu puisqu’ils risquent de mourir. De même, l’instinct de survie et les dangers qui se succèdent semblent confirmer ce constat. Toutefois, cette logique de façade se révèle confuse, voire incohérente, pour bien appréhender ce qui s’ensuit. Il est vrai que l’on apprécie une progression qui joue sur une horreur toute psychologique. L’évocation d’un passif individuel et un fil rouge narratif aux antipodes ajoute au mystère initial. En cela, Escape This fonctionne, ne serait-ce que pour entretenir correctement son suspense.

Bien qu’elle peine à se définir dans un premier temps, la thématique de l’escape game semble s’affirmer au gré des pages. Il est vrai que l’ambiance rappelle Cube ou The Killing Room, le ton claustrophobique atténué. De même, le sujet peut renvoyer à une sorte de voyeurisme cher aux émissions de télé-réalité. Pourtant, cet aspect ne sera jamais évoqué, encore moins exploité. L’organisation des pièces n’a de cohérence que dans sa montée graduelle de l’horreur et non dans sa structure architecturale. Cela demeure très abstrait, pour ne pas dire métaphorique dans ce qu’elle sous-tend. De ce point de vue, cette approche est similaire aux aboutissants : absconse et un rien frustrante.

Car si les clefs de la liberté sont fournies au compte-gouttes pour chaque épreuve surmontée, le lecteur va rester en retrait de révélations progressives qui ajoutent à la confusion générale. En lieu et place de proposer une explication crédible, à tout le moins censée justifier des tenants nébuleux, l’histoire sombre dans une compréhension douteuse et pseudo-fantastique qui offre peu de réponses, voire aucune sans un minimum de recul et d’interprétation. Ce type de réflexion n’est pas un mal, mais, dans le cas présent, elle suscite des incohérences et des prétextes poussifs pour parvenir à des conséquences sans grande importance. À ce titre, le dénouement génère son lot de contradictions et d’interrogations.

Ce qui s’annonçait comme un habile mélange entre thriller psychologique et horreur débouche finalement sur une intrigue bancale. On apprécie la complexité sous-jacente, ainsi que cette ambiance teintée de mystères en tout genre. La tension et le suspense sont également présents. Néanmoins, il est à regretter que cette progression tortueuse et ambivalente s’essaye à contenter tous les publics (et toutes les théories envisageables) par des moitiés de réponses qui entraînent plus de questions qu’elles n’en résolvent. De plus, les propos avancés génèrent leur lot d’incohérences et la conception assez dogmatique d’une réalité incertaine. Paradoxal ? Pourtant, le terme caractérise le mieux un comics prometteur, mais perfectible. De la clarté et une maîtrise plus appuyée des aboutissants en auraient fait un titre foncièrement réussi et original.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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