mai 17, 2021

Dementia

De : John Parker

Avec Adrienne Barrett, Bruno Ve Sota, Ed McMahon, Richard Baron

Année : 1955

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Le cauchemar éveillé d’une femme gagnée par la folie.

Avis :

Tout cinéaste a des œuvres qui l’ont marqué. Si certains ont su trouver leur voie et leur patte graphique, on retrouve bien souvent des bribes d’autres œuvres plus anciennes et que ce soit dans le cinéma, la littérature ou encore la peinture. Une personne comme Guillermo Del Toro par exemple, sera marquée à vie par les écrits de Lovecraft ou par la vision étrange d’un Bunuel. Et ce qui est intéressant pour le spectateur, c’est de découvrir ces œuvres qui ont imprégné les rétines de nos réalisateurs favoris. C’est pour cela qu’aujourd’hui, on se penche un petit peu sur le cas Dementia, un film en noir et blanc et muet de 1955, réalisé par John Parker. D’une durée très courte, puisque le film ne dure que 56 minutes, Dementia aura marqué son lot de réalisateurs cultes comme Alfred Hitchcock, Jean Cocteau ou encore David Lynch. Sorte de film d’horreur qui s’inspire du film noir pour instaurer une ambiance délétère et malsaine, Dementia emporte son spectateur dans un cauchemar éveillé qui, plus de soixante ans plus tard, reste intact.

Le film est assez intéressant à voir aujourd’hui car il emprunte tous ses codes au film noir. Un genre malheureusement tomber en désuétude et qui garde pourtant un charme certain. Les décors sont sublimes et le noir et blanc va permettre d’accentuer certains éclairages, donnant une sensation d’évoluer dans une ville étrange, entre rêve et réalité. Les décors sont ceux qui ont servi au film La Soif du Mal, ce qui rajoute un sentiment d’être vraiment dans un film noir. Mais ces codes assez précis vont être détournés pour plonger le spectateur dans un film étrange et relativement malsain. En effet, à partir du moment où l’héroïne va partir se balader dans les rues de la ville, on va avoir droit à une faune violente, folle et marginale. Entre un homme qui bat sa femme, des sans-abris alcooliques qui essayent de forcer la jeune femme à boire, des flics au sourire libidineux ou encore des marchandes de fleurs au regard fou, on nage en plein cauchemar et les noir et blanc n’est pas là pour nous rassurer. En fait, on a vraiment la sensation d’être dans l’antichambre des enfers et que cette jeune femme va se faire bringuebaler dans tous les sens.

Sans rajouter des mots, John Parker va jouer avec ces situations et montrer ce que l’humanité a de pire, comme l’égoïsme lorsque l’homme s’achète une fleur pour lui et non pas pour la femme qui l’accompagne. Ou encore l’alcoolisme, le refus des responsabilités, l’abus de pouvoir, ou encore la violence avec cet homme qui tabasse sa femme et qui se fait arrêter par un policier sans que cela lui fasse quelque chose. Le réalisateur dépeint une société en perdition, qui colle toujours à l’actualité contemporaine et qui pourrait avoir sa place aujourd’hui, peut-être même plus qu’à l’époque. Le plus étrange dans tout ça, c’est que lorsque toute cette société est présentée, on a vraiment l’impression d’être dans la vraie vie et non pas dans un cauchemar. Le film brouillera constamment les pistes par ses images, mais aussi avec sa musique lancinante, qui trouverait sa place dans un film gothique des années 30. Ce qui est intéressant aussi, c’est de voir l’évolution du personnage principal, cette jeune femme égarée qui suit un home riche, certainement dans l’espoir de coucher avec lui. Durant son road trip mouvementé, elle va alors se souvenir de son père, qui la frappait, de sa mère qui trompait son père et on ne saura jamais si elle fait un rêve, ou si elle rêve dans son rêve. L’intelligence de John Parker est donc de ne rien dire, ne rien dévoiler pour que l’on se fasse son propre film.

Malheureusement, tout le film n’est pas parfait, et si certains passages valent le détour, comme le coup de la main coupée ou encore des personnages noirs qui se posent comme spectateur des scènes atroces, Dementia, malgré sa faible durée, est long. Il est surtout long dans son dernier tiers, lorsque la jeune femme essaye de fuir la police et tombe dans un cabaret de jazz. Cette scène, assez anodine, va durer plus de dix minutes et ne va faire que montrer un groupe qui joue et la jeune femme qui danse, comme hypnotisée. En fait, on comprend que le film veuille nous montrer que c’est l’enfer et qu’elle vient de se faire piéger, mais c’est beaucoup trop long et cela manque vraiment de rythme. Il est dommage que cette partie-là, qui heureusement se termine en apothéose avec une flopée de mains qui se dirigent vers la gorge de la pauvre femme, dure si longtemps et ne soit pas plus efficace, ou tout du moins plus explicite, car concrètement, elle n’apporte pas grand-chose à l’édifice. Enfin, il faut vraiment s’accrocher avec Dementia car il est loin des canons horrifiques actuels. Le film prend son temps, laisse le spectateur analyser ce qu’il voit et malheureusement, les quelques effets d’angoisse sont plus désuets.

Au final, Dementia est un film très intéressant dans sa démarche et très sombre dans ce qu’il nous montre. Malgré son grand âge, le film dépeint une société glauque et égoïste qui reste toujours d’actualité aujourd’hui. Avec sa montée crescendo de l’angoisse et son imagerie éthérée, le film demeure un ovni intelligent et l’on comprend aisément pourquoi il fascine autant de réalisateurs comme David Lynch. Flop lors de sa sortie en salles, mal exploité à l’international, fort heureusement remis au goût du jour pour les plus curieux, Dementia est un film à voir pour tous les curieux du genre et ceux qui veulent connaître les bases de certains cinéastes cultes.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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