décembre 3, 2021

Les Lames du Cardinal – Pierre Pevel

Auteur : Pierre Pevel

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantasy

Résumé :

Paris, an de grâce 1633. Louis XIII règne sur la France et Richelieu la gouverne. Le Cardinal, l’une des personnalités les plus puissantes et les plus menacées de son temps, doit sans cesse regarder des ennemis de la Couronne. L’espionnage, l’assassinat, la guerre, tout est bon tour parvenir à leurs fins… et même la sorcellerie, qui est l’œuvre des plus fourbes adversaires du royaume : les dragons ! Ces redoutables créatures surgies de la nuit des temps ont en effet survécu et se dissimulent parmi les humains, ourdissant de sombres complots pour la reconquête du pouvoir. Déjà la cour d’Espagne est tombée entre leurs griffes… Alors, en cette nuit de printemps, Richelieu décide de jouer sa carte maîtresse. Il reçoit en secret un bretteur exceptionnel, un officier dévoué que la trahison et le déshonneur n’ont pourtant pas épargné : le capitaine La Fargue. Car l’heure est venue de reformer l’élite secrète qu’il commandait jadis, une compagnie d’aventuriers et de combattants hors du commun, rivalisant d’élégance, de courage et d’astuce, ne redoutant nul danger: les Lames du Cardinal !

Avis :

Considéré à juste titre comme l’un des auteurs majeurs de la littérature de l’imaginaire francophone, Pierre Pevel aime à mélanger les genres et s’essayer à des expériences inédites. Après les deux premiers volets du cycle d’Ambremer, l’écrivain a initié un univers hybride entre récit historique et fantasy. Si l’association peut paraître antinomique, l’amalgame entre le Paris du XVIIe siècle et un monde où les dragons existent (et prennent forme humaine) a de quoi interpeller. Pour faire simple, c’est un peu comme si l’œuvre d’Alexandre Dumas rencontre celle de Tolkien. Incompatible ? Les larmes du cardinal démontre avec brio qu’il n’en est rien. Bien au contraire…

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’exercice requiert une exactitude historique des plus rigoureuse pour rendre l’initiative crédible. C’était déjà le cas avec Le Paris des merveilles. Force est de constater que la reconstitution de la France du XVIIe est tout aussi délicate à mettre en place, a fortiori quand on s’arroge quelques libertés fantasmatiques. De la simple évocation du nom des rues à la description d’intérieurs fastueux ou d’auberges spartiates, la plume raffinée de Pierre Pevel n’a pas son pareil pour instaurer une ambiance sans pour autant négliger une progression fluide et dynamique. Chaque séquence permet aux protagonistes de bien occuper le cadre.

En ce qui concerne ceux-ci, on a droit à un large éventail de caractères fort en gueule et de personnalités charismatiques, y compris dans le camp opposé. Le nombre d’intervenants principaux, comme secondaires, est également une contrainte pour ne pas se perdre en incohérences et en intrigues secondaires anecdotiques. Là encore, le traitement est soigné où chacun occupe la place d’importance qui lui est due. Il est vrai que les ambitions initiales qui destinent à exploiter cet univers en trois romans laissent paraître cette incursion comme une grande entrée en matière. L’introduction de chaque point de vue conjuguée à la présentation des individus et à l’exposition des affaires d’État a de quoi décontenancer.

La démesure des enjeux tend parfois à multiplier les situations sous le prisme de l’affairisme et de l’espionnage. De faux-semblants en manipulations, les visées s’entrecroisent pour former un canevas complexe où le contexte d’opposition favorise les échanges tumultueux entre l’Espagne et la France. Par ailleurs, la problématique principale dissimule l’existence d’un ordre secret, la Griffe Noire, à même d’asservir l’Europe sous le joug des dragons. L’ensemble reste très bien pensé en s’inspirant de véracités historiques, d’éléments anachroniques et fantaisistes. L’alchimie fonctionne et offre l’illusion d’une réelle cohérence au fil des pages.

Il est vrai que la partie historique supplante souvent la fantasy. Mais, pour l’heure, la présence des dragons est avancée comme une donnée inconnue agissant sous couvert d’intermédiaires. Pour le reste, seules les apparitions de dragonnets, de vyvernes (allusion évidente aux wyvernes ou vouivres), ainsi qu’une bonne dose de magie draconique résument cet aspect de l’intrigue. Au demeurant, on reste ancré dans un Paris que ne renierait pas Dumas pour Les 3 mousquetaires. La comparaison peut paraître facile. Elle n’en demeure pas moins pertinente, surtout au regard de la présence du cardinal de Richelieu et de la brève irruption de monsieur de Tréville.

Au final, Les lames du cardinal représente le parfait amalgame entre fantasy et récit historique. Des personnages marquants, un contexte réaliste, une époque fascinante, une intrigue prenante, sans oublier l’incursion discrète et néanmoins omnipotente des dragons. Ce premier tome s’avance comme une franche réussite, tant il exploite avec habileté les ficelles de deux genres aux antipodes. Si ce premier volet fait la part belle à une mise en place conséquente, elle n’en reste pas moins justifiée et prometteuse pour la suite. Un récit original, ambitieux et indéniablement maîtrisé.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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