avril 13, 2024

Don’t Knock Twice

Résumé :

Pour sauver sa fille éloignée, une mère rongée par la culpabilité doit découvrir une vérité effrayante derrière le conte urbain d’une sorcière vindicative et démoniaque.

Avis :

Déjà responsable de l’intrigant et non moins perfectible The Machine, Caradog W. James a exploré les ficelles de l’épouvante avec Baba Yaga en 2016. Issu du folklore russe, le mythe connaît plusieurs déclinaisons. En l’occurrence, la version retenue est la sorcière ravisseuse et dévoreuse d’enfants. L’idée initiale est travaillée pour coller aux standards des légendes urbaines. Tout un programme qui s’est soldé par un résultat final en demi-teinte où les bonnes intentions côtoyaient des clichés assez grotesques. Il paraissait improbable de voir le projet s’étendre jusqu’au développement d’un jeu vidéo. C’est pourtant le studio gallois Wales Interactive (The Bunker, Late Shift…) qui s’y attelle pour un bilan navrant en tout point.

On part déjà d’un très mauvais postulat quand on considère de nombreuses incohérences scénaristiques au regard du long-métrage. Ce genre d’adaptation ne nécessite pas forcément d’être raccord avec son modèle, sauf quand il s’en arroge l’intrigue, les personnages et le contexte. Ici, on incarne Jess qui recherche sa fille Chloé. Cette dernière a disparu… chez elle ! Si le film était convenu, il avait au moins le bon sens de ne pas nous infliger des idées à l’emporte-pièce pour justifier son propos. La taille du cadre s’y prête peut-être mieux, mais Jess part retrouver Chloé dans la maison de Baba Yaga. Elle ne parcourt pas inutilement les couloirs de sa propre demeure.

Les joueurs qui ne sont pas familiers du métrage ou même de la légende pâtiront d’un manque de repères évidents. Les notes et les extraits de journaux sont épars et peinent à imposer une ligne directrice claire. L’absence totale de mise en scène et de backgrounds n’aide pas à se sentir impliqué. Et c’est bien là tout le problème. Il ne suffit pas de plonger un manoir dans une obscurité quasi permanente pour effrayer. Et ce ne sont pas les jumpscares faciles qui inverseront la tendance. Des bruits étranges, des claquements de portes et des apparitions aussi furtives que tardives de Baba Yaga contribuent à atténuer grandement le semblant d’atmosphère instauré.

Ambiance qui se situe à mi-chemin entre une ghost-story classique et les films d’épouvante asiatique. D’ailleurs, la silhouette filiforme et les longs cheveux noirs du spectre le rapprochent de Kayako (The Grudge) ou de Sadako (Ring). Le principe est attrayant sur le papier. À l’écran, le résultat est beaucoup moins probant. Mais pire que tout, Baba Yaga n’est en rien une menace pour le joueur. Celui-ci se contente d’explorer les pièces et les couloirs sans craindre la mort. Quel intérêt y a-t-il à susciter une pseudo-angoisse si elle ne porte à aucune conséquence ? L’approche est foncièrement contradictoire au regard des références en matière de survival horror.

Au niveau du gameplay, on nous impose une maniabilité rigide à souhait. Les déplacements sont mous, même en « sprintant ». Certaines manipulations demandent parfois de réitérer l’action pour la réaliser correctement. Quant à la possibilité de se mettre à genou, non seulement on ne dispose d’aucune cachette, mais cela n’a aucune utilité. L’ouverture des portes est laborieuse, aussi agaçante que cette propension à arpenter des corridors vide et sans âme. Le level design ne propose rien d’original ou de malsain. Sur ce plan, on pourrait néanmoins évoquer les tableaux qui ornent certains murs, mais leur inspiration est clairement un pillage en règle des œuvres de Layers of Fear.

Si le film était assez linéaire et prévisible, le jeu est ultra-dirigiste. On ne risque à aucun moment de s’égarer, sauf à cause de l’obscurité. Toujours est-il que certains passages se bloquent sans une certaine action effectuée. L’on progresse et l’on constate avec étonnement que d’autres lieux, déjà visités, sont désormais inaccessibles. Il faut donc arpenter un chemin tout tracé pour revenir en arrière et continuer à avancer, car les allers-retours sont nombreux. Quant à la complexité des énigmes, elle frôle le néant, parfois l’absurde. Certaines portes peuvent être fracturés à la hache, mais pas d’autres. La récolte de reliques est également ridicule, surtout quand on considère que l’on est chez soi. La bougie, elle, ne diminue jamais et s’éteint seulement avec de rares courants d’air. Là encore, il y avait matière à travailler sur l’angoisse.

Étant donné que les développeurs ne font pas les choses à moitié, la durée de vie est anémique. Comptez environ deux heures (au maximum) pour en faire le tour et lire les quelques textes disponibles sur des tables de billard, des lits et des commodes. Amusant quand on constate qu’un journal intime peut être présent en plusieurs endroits différents. Et ce n’est pas la recherche des poupées gigognes, assimilées à des items secrets, qui rehaussent l’intérêt. La rejouabilité est inexistante et se paye le luxe d’un final alambiqué trop avare en explications pour contenter le joueur. On expédie le tout à la va-vite sans même prendre la peine de conclure correctement l’intrigue. Pour cela, il aurait fallu un minimum d’implications.

Au final, Don’t Knock Twice est une pure escroquerie. Non satisfait de bafouer le mythe de Baba Yaga et l’histoire de base, le titre de Wales Interactive se pare d’une progression où le terme linéaire tient de l’euphémisme. Le peu d’interactions sollicitées de la part du joueur suffit à amoindrir le climat délétère qui émane du jeu, tout comme l’incohérence de son évolution. Ambiance vite remisée à des considérations sans importance puisque la sorcière ne constitue aucune menace. De plus, les archaïsmes du gameplay couplé à un moteur graphique daté n’aident pas à rattraper une durée de vie scandaleuse. Si le film n’était déjà pas exempt de reproches, son pendant vidéoludique est un ratage total.

Note : 05/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=OsEjGqJ8fpM[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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