septembre 28, 2020

La Nuit a Dévoré le Monde – Martin Page

Auteur : Martin Page

Editeur : J’ai Lu

Genre : Horreur

Résumé :

Quand les hommes se transforment en zombies, et qu’un jeune écrivain se trouve seul confronté à cette violente apocalypse, il n’est finalement pas si surpris. Depuis longtemps l’homme a fait preuve de sa décadence et de sa cruauté. Aujourd’hui, un pas de plus dans l’abomination a été franchi : il est devenu un monstre anthropophage.
Face à cette nuit de cauchemar, tel Robinson sur son île, le jeune survivant s’organise. Il vit reclus dans un appartement et se croit un temps à l’abri, en dépit des attaques répétées des morts-vivants. Mais la folie de ce nouveau monde fait vaciller sa propre raison. Pour échapper au désespoir, il réapprend à vivre et à lutter. Armé d’un fusil, il découvre avec surprise qu’il peut tuer et qu’il a même un certain talent pour ça. En réinterrogeant son passé, il se livre aussi à une introspection sensible sur sa propre condition et les raisons de ses échecs passés. C’est son inadaptation à la société des hommes qui explique peut-être sa survie à cette fin du monde.

Avis :

Parmi les créatures les plus prolifiques du bestiaire horrifique, le zombie s’impose comme le leader. En effet, si le vampire n’est pas si mal placé lui aussi, le zombie tient tête à tout le monde et il suffit de voir le nombre de films ou romans qui sortent chaque année avec pour thème le mort-vivant. Il faut dire que depuis que George A. Romero a insufflé une dimension politique et humaniste aux films de zombies, notamment avec le culte La Nuit des Morts-Vivants, la thématique est récurrente et les messages sont nombreux, donnant du coup une ampleur presque intellectuelle au genre. Et certains romanciers l’ont très bien compris. On peut par exemple citer Jonathan Maberry et son Apocalypse Zombie, qui explore les affres de l’adolescence en plein monde dystopique bourré de chair putréfiée ou encore Martin Page, qui signa en 2012 La Nuit a Dévoré le Monde, un huis-clos oppressant, étudiant avec minutie la psychologie d’un homme se sentant seul sur Terre, entouré de morts-vivants. Et comme une adaptation cinématographique voit le jour, revenons un petit peu sur ce court roman (182 pages en format poche) qui semble faire l’unanimité.

L’histoire se déroule à Paris de nos jours et Antoine est un écrivain plus ou moins raté qui nage dans le roman à l’eau de rose. S’il a peu d’argent, il a des relations huppées et se retrouve dans une fête organisée par sa meilleure amie, dans un grand appartement. Ne trouvant personne avec qui discuter, tout le monde le dédaignant, il décide donc de s’enfermer dans la bibliothèque et de s’assoupir. A son réveil, l’appartement est en sang, un cadavre sans tête gît sur le sol et dehors, les combats font rage entre forces de l’ordre et zombies. Alors oui, dit comme ça, on pourrait croire à une énième adaptation d’un film de série de Z avec des morts-vivants, mais il n’en est rien. Martin Page frappe fort dès le début, puisque les personnages ne seront pas approfondis volontairement, et l’apocalypse démarre dès le départ. Le roman est raconté à la première personne, nous plongeant donc dans l’expérience d’Antoine, cet écrivain en recherche de reconnaissance mais proprement asocial. Le début est tonitruant, montrant comment le chaos s’installe et comment l’homme va faire pour survivre dans cet appartement qui n’est pas le sien.

La première volonté de ce roman, c’est d’être anti-spectaculaire. En effet, point de vagabondage dans des endroits dangereux, pas d’attaques massives de zombies, on reste dans l’esprit d’Antoine et dans cet appartement qu’il va confectionner à son image, le transformant petit à petit comme dernier vestige de l’espèce humaine. On pense immédiatement à Je Suis une Légende de Richard Matheson, et le roman de Martin Page y trouve quelques similitudes. C’est-à-dire un héros solitaire, enfermé chez lui, qui va essayer de nouer des liens avec ce qu’il a atour de lieu de vivant, comme un chat, des oiseaux ou encore un rosier. Le rythme du livre est très lent, et pourtant, il se lit très rapidement. Les chapitres sont courts, écrits comme un journal intime avec les dates, démarrant le 8 Mars pour se terminer en Août. Pendant ce temps, on va voir que le « héros » passe par tout un stade d’émotions et les thèmes brassés seront nombreux.

Nous aurons bien évidemment droit à ce sentiment de solitude, à cette pression de se croire seul au monde et dernier résidu de l’espèce humaine. Mais ce n’est pas tout. Martin Page va parler de la sensation de liberté, d’être complètement libre de toutes conventions sociales, de faire ce que l’on veut sans être jugé. Il va aussi parler de notre société de consommation, du retour de la nature, de cette vengeance putréfiée qui nous rappelle que finalement, nous ne sommes pas grand-chose. On aura aussi la notion de silence qui aura une grande importance, tout comme celle, salvatrice, de l’écriture, permettant d’oublier l’horreur extérieur et de s’inventer un nouveau monde. D’ailleurs, l’auteur va proposer quelque chose de très intéressant, en mettant en avant que dans une situation pareille, les romans classiques, terre à terre, sont les nouveaux romans fantastiques, puisque les relations humaines ont complètement changé, pour ne pas dire disparu. Bref, sur le fond, La Nuit a Dévoré le Monde est très intéressant et intelligent. Le problème va plutôt provenir de son écriture, car même si c’est fluide et bien écrit, c’est relativement dense et il ne se passe pas grand-chose. Les amateurs de zombies seront certainement déçus par le manque d’action ou de passages sanglants, mais c’est ainsi et cela change la donne. Alors oui, c’est parfois verbeux, et la première personne annihile tout effet de peur concernant Antoine, puisque s’il raconte, c’est qu’il est en vie à la fin du livre, mais globalement, c’est plutôt pas mal.

Au final, La Nuit a Dévoré le Monde est un roman assez réussi, surtout sur son fond. Profitant d’une apocalypse zombie, Martin Page va livrer une étude assez sérieuse et rigoureuse sur l’esprit humain, son évolution en cas de solitude, mais aussi sur la société actuelle, qui consomme trop, qui ne se rend plus compte de sa chance de vivre dans un endroit protégé mais fragile. Bref, il s’agit d’un court roman réussi, mais dont l’adaptation semble compliqué sans tomber dans quelque chose d’ennuyeux ou de profondément intellectuel et donc non spectaculaire. Mais ça, c’est une autre histoire.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.