novembre 28, 2021

La 9ème Vie de Louis Drax

Titre Original : The 9th Life of Louis Drax

De: Alexandre Aja

Avec Jamie Dornan, Sarah Gadon, Aaron Paul, Aiden Longworth

Année : 2015

Pays : Etats-Unis, Canada, Angleterre

Genre : Thriller

Résumé :

Le jour de son neuvième anniversaire, Louis Drax frôle la mort dans un accident. Bien décidé à connaitre les circonstances, le docteur Allan Pascal plonge dans une enquête qui va l’amener aux frontières du réel et du fantastique.

Avis :

S’il y a bien un thème très difficile à prendre à bras le corps au cinéma, c’est le rapport entre l’enfance et la maladie. Rares sont les films qui arrivent à trouver un juste milieu pour ne pas tomber dans le pathos ou le larmoyant, et il semblerait que les seuls à avoir tenu des propos d’une grande beauté et d’une justesse extrême sont Guillermo Del Toro avec Le Labyrinthe de Pan (même s’il n’y a pas de maladie mais plutôt l’horreur de la guerre) et Juan Antonio Bayona avec Quelques Minutes Après Minuit. Et il est assez étonnant de voir qu’Alexandre Aja décide de porter un projet similaire, plutôt éloigné de son univers de base, à savoir l’horreur gore et viscérale. Cependant, le réalisateur français a déjà montré une volonté de changer de registre après Piranha 3D, en adaptant Horns de Joe Hill, le fils de Stephen King. Et si le film a moyennement convaincu les foules, on ressentait une certaine émotion grâce à des choix intéressants de mise en scène et une histoire loufoque plutôt sympathique. Avec La 9ème Vie de Louis Drax, il adapte là aussi un roman, mais il délaisse le côté fantastique pur pour une histoire plus touchante, plus profonde, mais qui semble déjà-vu.

D’ailleurs, la comparaison avec le dernier film de Bayona semble cohérente, puisque les deux films, même s’ils sont très différents dans le fond, proposent une vision similaire d’un enfant essayant d’échapper à un malheur dans leur vie. En effet, si dans Quelques Minutes Après Minuit, le jeune garçon souhaite éluder le cancer de sa maman, dans le nouveau film d’Alexandre Aja, Louis Drax, neuf ans, refuse de sortir de son coma pour une bonne raison. Et pour les aider dans le cheminement de leurs réflexions, on retrouve un monstre pour les guider. Du coup, on se retrouve avec des films dont les enjeux sont différents, mais dont la forme demeure relativement similaire. Et c’est peut-être là que le film d’Alexandre Aja prend du plomb dans l’aile. Le première chose qui choque quand on regarde La 9ème Vie de Louis Drax, c’est une réalisation un peu plate et décousue. Le début est assez cut, les plans se succèdent sans trop de cohérence, privilégiant des vues aériennes avec des moments plus intimistes, voire drôles, sur les accidents de la vie du petit Louis, et on se demande bien dans quel métrage on a mis les pieds. La photographie est aussi étrange, notamment lors des discussions entre Sarah Gadon et Jamie Dornan autour de l’hôpital. Voulant donner un ton onirique à son film, le réalisateur français force sur les éclairages, tant et si bien que l’on a parfois l’impression d’un mauvais dosage, flirtant avec les productions à l’eau de rose. Alors oui, par moments c’est beau, mais ce n’est pas aussi réfléchi que sur A Monster Calls.

Cependant, le film d’Aja gagne en profondeur par la suite et devient plus intéressant. On se retrouve face à un médecin volontaire mais qui tombe sous le charme de la maman désemparée et le mélo prend plutôt bien, notamment grâce à la prestation des acteurs. Sarah Gadon est sublime et joue parfaitement son rôle de femme fatale. Jamie Dornan, pourtant insipide au possible dans les 50 Nuances de Grey, tient parfaitement la baraque dans ce film où il joue un médecin volontaire et un peu crédule. Enfin, Aaron Paul est certainement le personnage le plus touchant du métrage, jouant tout en subtilité un père dont on ne sait pas grand-chose mais qui montre tout l’amour de son fils en un seul regard. Des prestations qui permettent de s’immiscer un peu plus profondément dans cette histoire, même si elle reste très conventionnelle. On pourra aussi y déceler une lutte contre les a priori, puisque dans le métrage, les gens ne sont pas forcément ceux que l’on croit, comme cette maman qui semble si parfaite, ou encore ce papa boxeur que l’on veut à tout prix montrer impulsif.

L’histoire demeure conventionnelle car les plus aguerris à ce genre de métrage grilleront le twist final au bout de seulement une demi-heure. En fait, certains passages du film sont assez troublants et manquent parfois de finesse pour chambouler tout le monde sur la fin. Du coup, les soupçons se confirment assez vite et on connaîtra rapidement les tenants et les aboutissants du film. Fort heureusement, ce qui nous tiendra en haleine, c’est l’évolution des relations entre les personnages. Et bien évidemment la résolution pour savoir si on a raison ou non. Alexandre Aja manie assez bien sa barque pour accrocher le spectateur, même si on peut lui reprocher un manque d’émotion et surtout de marque artistique. C’est-à-dire que le film manque de magie, manque d’intensité dans les sentiments et du coup, c’est moins poignant que pour le film de Bayona. Alors certes, c’est certainement un peu plus pudique, mais il manque un petit truc en plus. Et c’est pareil pour le monstre, dont on connaîtra rapidement l’identité et qui ne sera qu’intéressant lors de sa découverte par le médecin, au détour d’une scène horrifique, montrant que le français devrait rapidement retourner dans l’horreur, car il y excelle.

Au final, La 9ème Vie de Louis Drax, le dernier Aja en date, qui fut injustement privé de salles en France, n’est pas si mal que ça même s’il souffre de la comparaison avec le dernier film de Bayona. Le réalisateur français livre un joli film qui prend des allures de thriller mais qui manque d’émotions et surtout, d’intelligence dans la gestion du secret qui se grille assez rapidement. Il n’en demeure pas moins une jolie surprise grâce à la prestation juste des acteurs et à une histoire qui maintient l’attention du spectateur grâce à une gestion intéressante du suspens. Bref, si ce n’est certainement pas le meilleur film du cinéaste, La 9ème Vie de Louis Drax est une jolie fable noire qui subit un triste sort à cause de sa privation de salles.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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